Je me réveille au son de vibrations à côté de moi et j'aperçois furtivement l'horloge.
Je sursaute. Il est déjà six heures du soir...
Je reporte mon attention sur mon portable et découvre cinq messages. Tous d'Éloïse. J'étais censée passer la prendre pour aller ensemble, mais, comme d'habitude, ce trait inhérent de ma personnalité a tout gâché.
Je me lève immédiatement et me précipite dans la salle de bain pour rafraîchir mon visage. Quinze bonnes minutes plus tard, je prends ma voiture et pars chez Olivier. Oui, j'ai mon permis depuis mes quinze ans. Illégal ? Peut-être. Mais mon père aime transgresser les lois, alors il nous avait convaincus que c'était mieux que nous ayons nos propres véhicules.
Mon âge n'affecte pas ma stature : je suis grande, mince, et plutôt sûre de moi. J'arrive devant son appartement, le cœur battant, me demandant comment ils réagiront en me voyant débarquer à cette heure. Six heures trente... en retard. Inhabituel. Ils pourraient croire que, depuis la révélation d'Olivier, je me détache d'eux. Non, je ne peux pas penser ainsi. Ces gens sont ma famille, mon univers, je les aime profondément.
Je sors de la voiture et prends l'ascenseur. En arrivant devant la porte, je remarque les messages d'Éloïse : je ne les avais pas lus, pensant que cela ne servirait à rien. Connaissant son caractère, elle devait être énervée. Elle s'énerve parfois pour rien...
J'appuie sur la sonnette. La porte s'ouvre. Éloïse me scrute, surprise. Mais sa mine se radoucit aussitôt, elle croise les bras avec sérénité, attendant manifestement une explication.
— Oh Éloïse... dis-je, les mots sortant avec difficulté.
— Oh Héléna, répète-t-elle, ses pupilles gris me scrutant intensément.
— Désolée... Je baisse le regard, incapable d'ajouter autre chose.
Elle s'avance, relève mon menton :
— Ne t'inquiète pas. Je savais que tu viendrais en retard. Après plusieurs messages sans réponse, j'ai dû téléphoner à ton frère. Il m'a dit que tu t'étais endormie. Alors je me suis dit qu'il valait mieux te laisser récupérer.
— Ah, je vois... Alors tu me laisses au seuil de la porte ? demandai-je, en lui souriant.
— Oh non, pas après ce sourire ! Allez, entre, bébé.
— D'accord... répondis-je, mi-amusée, mi-consternée.
À peine entrée, toutes les paires d'yeux se tournent vers moi. Pourquoi me regardent-ils comme si c'était la première fois ?
Je fais un câlin à chacun. Arrive le tour d'Olivier : je l'embrasse sur la joue. Il me regarde intensément. Je recule, confuse, mais un timbre de voix retentit :
— Olivier chéri, j'ai fait du thé. Tu en veux ?
Je me retourne et découvre quelqu'un que je n'avais pas encore vu depuis la rentrée. Marina Suerez.
Je n'y crois pas. Marina est de retour ? Cette fille a toujours tenté de briser notre groupe, plus précisément mon amitié avec Olivier. Elle était éprise de lui autrefois... et probablement encore. Je ne lui en veux pas pour sa relation avec Olivier, mais je ne la porte pas dans mon cœur. Elle a tenté de nous séparer, et maintenant, elle revient, probablement pour recommencer.
Elle me fixe, de haut en bas, avec un sourire narquois. Pourquoi ? Pour me narguer ? Pour montrer qu'elle est meilleure ? Elle semble oublier qu'entre elle et moi, c'est moi qui devrais avoir ce droit, après tout ce qu'elle a fait derrière mon dos.
— Oh Héléna, c'est toi ? on t'attendait tous. Comment vas‑tu ? Dit-elle, sourire morne accroché au visage.
— Oui, c'est moi, comme tes yeux peuvent le constater. Et je vais très bien. Peut-être pas toi ? répondis-je, agacée par le ton travaillé de sa voix.
Je ne lui prête plus attention et m'assois dans un fauteuil près de Jennifer, qui depuis mon arrivée est restée silencieuse.
À ma gauche, Éloïse me regarde timidement. Je brise le silence :
— Jennifer, ça va ? demandai-je, fébrile, en gardant la tête baissée.
Elle ne répond pas tout de suite. Lorsqu'elle relève mon visage, elle se lève et rejoint le fauteuil en face, près des garçons, et s'assoit auprès de mon frère, son petit ami.
Je croise le regard de mon frère et lis dans ses yeux une inquiétude subtile. Je ne dois pas brusquer les choses avec elle, mais est-ce réellement ce qu'il voulait me montrer ? Je ne sais pas...
Je comprends une chose : les problèmes ne font que commencer. Déjà que ma relation avec Olivier est fragile, maintenant, c'est au tour de Jennifer. Je suis terrifiée.
Ce sont mes amis. Je ne peux pas me permettre de les perdre juste parce que je ne partage pas leur vision des choses. Ils doivent comprendre que mes pensées sont mes choix, et qu'elles ne sont pas négociables.
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Amour en philosophie ( Fin )
RomantizmJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
