PDV d'Héléna
Le timbre de sa voix résonne dans la pièce. Qui d'autre si ce n'est mon frère, toujours obsédé par ses sarcasmes. Je me demande parfois comment Jennifer le supporte depuis déjà trois ans de relation. Il faut vite avouer que Jennifer s'est engouffrée dans l'amour il y a bien longtemps. Nous avons pourtant le même âge, et elle est encore si jeune.
On m'avait pourtant dit que les enfants d'aujourd'hui précipitent les choses dans leur vie... eh bien, ce n'est pas faux, puisque c'est clairement son cas. Sans oublier Éloïse, cette petite pimbêche non, je rigole. Elle n'est pas possible. Disons simplement que sa relation avec Samuel dure depuis cinq ans.
Ils s'aiment énormément, et ça, ça a le don de m'exaspérer au plus haut point. Mais peut-être suis-je réellement hypocrite et égoïste face à leur bonheur. Cependant, je sens que je risque de m'emballer d'ici peu, car nous devons parler de l'intégration de Marina dans notre groupe.
Je vais finir par me briser un os à force de me renfrogner.
Déjà que mon visage est revêche et acariâtre, je me demande à quoi je ressemblerai dans quelques minutes. De toute façon, plus rien ne me retient. Cette fille a tellement humilié ma personnalité qu'aujourd'hui elle ne me fait plus peur du tout. Je dois arrêter. J'ai compris que cela ne sert à rien d'être méchante.
En réalité, je n'ai jamais été mauvaise. J'ai toujours été réservée, renfermée sur moi-même, mais cela ne m'a jamais empêchée d'être gentille et d'aimer mon entourage.
C'est l'un de mes principes : toujours rester posée et bienveillante, peu importe la personne. Et cela ne changera pas.
J'ai décidé de laisser Marina entrer dans notre groupe, uniquement pour Olivier. Je sais que je ne pourrai jamais l'aimer autant qu'il m'aime, et je ne le veux pas non plus.
— Oui, tu as raison, on doit en parler, renchérit Jennifer en jetant un regard en coin à Olivier.
J'espère simplement qu'on ne lui reprochera rien. La coupable, c'est moi. Moi qui ne peux pas ressentir ce qu'il ressent pour moi. Mais ai-je réellement tort ?
Je ne pense pas. Pourtant, je dois me reprendre pour que tout le monde soit heureux. Je les aime tant. Je ne veux pas qu'ils souffrent à cause de moi.
— D'accord, on vous écoute, lance Olivier, visiblement confus, en regardant Richard.
C'est la première fois que je le vois aussi fragile. Oui, fragile. Il n'a jamais été ainsi, et j'ai subitement peur pour lui. Connaissant les ravages de l'amour, il doit être dévasté.
Vous allez me demander comment je le sais ?
Parce que je lis beaucoup de romans romantiques et regarde des séries, justement pour comprendre ce mot. Alors oui, je suis probablement plus informée que beaucoup en matière de relations amoureuses.
Sortant de mes pensées, je remarque que mon frère s'est levé alors que tout le monde est encore assis.
Je pensais qu'il était le plus sérieux du groupe...
— Les amis, commence mon frère en baissant la tête et en passant une main dans ses cheveux.
Non, je me suis trompée. Ce n'est définitivement pas le plus sérieux.
— Oui, on t'écoute, ajoute Jennifer.
— Je ne veux pas tourner autour du pot, dit-il soudain très sérieusement en me regardant droit dans les yeux.
Mon frère a toujours pris le dessus dans notre bande. Il est notre porte-parole attitré, celui qui nous ramène sur le droit chemin. Moi, j'ai toujours été son opposé ; ma façon de penser a souvent été critiquée.
— Je sais que rien ne va entre vous deux, dit-il en nous pointant du doigt, mais je ne voudrais pas que votre amitié soit mise en péril. Marina est de retour, et puisqu'elle est la petite amie d'Olivier, il serait préférable de lui donner une seconde chance de marcher avec nous. La division, on n'en a pas besoin. Nous sommes plus que des amis, n'est-ce pas, Héléna ?
Il me pose vraiment la question ?
Évidemment que oui. Même si l'idée de voir Marina parmi nous me met mal à l'aise, je sais qu'elle peut changer. Après tout, il n'y a rien de mal à essayer.
— Oui, je suis d'accord, Richard. Il n'y aura aucune séparation au sein de notre groupe. Vous êtes tout pour moi, dis-je sincèrement.
— Alors Marina, ça te plaît ? lance Éloïse en se levant, un sourire en coin.
— Oui, bien sûr. Je suis émerveillée. J'espère qu'on pourra bien se connaître, Héléna, en oubliant le passé.
— Pourquoi pas, rétorquai-je, un peu anxieuse.
— Pardonne-moi, Héléna, dit-elle soudain en me regardant droit dans les yeux, s'approchant de moi.
Est-elle sérieuse ? Ou est-ce une blague ? Je suis totalement surprise.
Marina vient de s'excuser, et je ne trouve aucune force pour répondre. Cela me semble si lourd à dire à mon tour, car je considère toujours que je n'ai rien fait.
Je n'ai rien fait pour la vexer... peut-être que si. Devrais-je aussi m'excuser ?
Non. Hors de question.
Mais en voyant tous les regards posés sur moi, je comprends que je n'ai pas le choix.
J'accepte de baisser les armes. Je ne veux plus de tension entre nous, ni dans le groupe.
La vérité, c'est que je suis rancunière. Voilà pourquoi il m'est difficile de m'excuser. Pourtant, si elle a pu le faire, je dois aussi le faire. Parce que moi aussi, je lui ai rendu la vie difficile par le passé.
Parmi toutes les filles qu'Olivier a fréquentées, elle est la seule à l'aimer sincèrement.
Je pose mon regard sur elle. Elle attend ma réaction depuis un moment.
Je suis trop hagarde. Je fais peur à mon entourage avec toutes ces pensées enchevêtrées dans ma tête.
Il me faut vraiment un culte pour me remettre en place.
— Je m'excuse aussi, Marina, pour tout ce que j'ai pu te dire de méchant, par le passé comme récemment. Ce n'était peut-être pas volontaire, dis-je en forçant un sourire.
Je suis pourtant sincère. Je veux réellement faire la paix.
— Je te pardonne, Héléna. Simplement parce que je t'ai fait endurer pire que ça, dit-elle en souriant, avec une expression presque horrifiée.
Cela m'arrache un petit rire. Honnêtement, je la sens sincère.
Tout le groupe éclate de rire avec nous, y compris Olivier, qui semble enfin rassuré.
Apparemment, ses menaces ont dû atteindre Marina pour qu'elle calme le jeu entre nous.
Je découvre que cette petite tigresse n'est pas si horrible qu'elle le laissait paraître. Mais je dois rester prudente. Tout peut toujours changer.
Après cette rigolade, nous passons à table. Jennifer n'a pas raté l'occasion de se faufiler en cuisine pour préparer quelque chose à grignoter. Nous sortons des cours depuis midi sans rien manger, alors ça valait le coup.
Une fois rassasiés, nous nous affalons sur les canapés. Nous adorons rester chez Olivier. Il est le seul à vivre seul, sans proches, ce qui en fait notre point de rencontre et de réconfort.
Olivier se lève et se dirige vers sa chambre, puis se retourne :
— Désolé les amis, puis-je vous emprunter Marina cinq minutes ?
— Pas de problème, elle est toute à toi, répond Éloïse, émue.
Marina se lève et le rejoint.
— Vous ne trouvez pas qu'ils forment un très beau couple, maintenant ? demande Richard en embrassant la joue de sa copine.
Pourquoi cette question ?
Avant, personne ne l'aimait. Et soudain, ils les trouvent beaux ensemble ?
J'espère qu'ils ne font pas ça pour attirer mon attention. Je comprends très bien... et cela ne signifie rien pour moi.
Olivier est mon ami. S'ils pensent que je l'aime comme il m'aime, ils se trompent. Ils savent pourtant que ce genre de relation ne représente rien pour moi.
Je les laisse jouer à leur petit jeu. Cela ne m'intéresse pas. C'est loin de mon emploi du temps. Très loin.
Mes amis sont tous malpolis. Pendant que je me perds dans mes pensées, ils en profitent pour s'embrasser sans gêne. Beurk.
J'émets un rire nerveux qui les fait sursauter.
— Quelle bande de connards vous faites, dis-je en ouvrant grand les yeux.
Ils éclatent tous de rire sans même savoir pourquoi.
Rectification immédiate : nous sommes une bande de connards, tout simplement, tant nous rions sans raison dès que nos regards se croisent.
— En fait, Marina a été transférée dans notre salle, ce qui va équilibrer les places. Elle sera à côté de moi. Vous en pensez quoi, les filles ? demande Jennifer, toujours souriante.
Elle a toujours été souriante. Je l'envie tellement, et je ne cesserai jamais de le dire.
— Oh, mais c'est chouette, tu ne trouves pas, Éloïse ? dis-je en la regardant du coin de l'œil.
— Oui, trop même, répond-elle en sifflant avec ses doigts. J'espère que cette fois tout ira bien avec Olivier. Je comprends ce qu'il traverse... et personne ne souhaiterait être à sa place, dit-elle, soudain triste.
Je pose ma main sur son épaule pour la rassurer.
Tout ira bien. Il y arrivera. Et tout finira par s'apaiser.
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Amour en philosophie ( Fin )
RomanceJe déteste ce mot, gravé dans les méninges comme une vérité universelle, parce que ma hutte, invincible, le réfute. Je le déteste parce qu'on m'a appris à le haïr, non par choix, mais par héritage : l'amour infidèle de mes parents. Je déteste ce mot...
