Chapitre 27 : Suga et le chat

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- Hoseok-ah ! Qu'est-ce que tu fais encore là ? Ça fait dix fois que je te dis de partir ! Je vais bientôt fermer la cantine !

Elle termina de compter sa caisse alors que j'étais toujours avachi à côté d'elle, contre le comptoir de l'entrée, la tête dans les bras.

- Hoseok-ah !

Elle secoua mon bras pour me forcer à me remuer. Je levais péniblement la tête vers elle mais j'étais trop inquiet pour réussir à prononcer le moindre mot.

Elle attrapa mon visage de ses longs doigts usés, sa paume dure et cornée m'écrasant les joues. Elle me scruta un instant et finit par souffler, résignée.

- Allez va t'asseoir, je te prépare un lait chaud, ordonna-t-elle.

Je ne réfléchis même pas et me laissais tomber devant la première table qui se présenta à moi. Je l'avais déjà nettoyée et réinstallée pour demain tout à l'heure mais tant pis, je recommencerai.

Après le départ de Yoon', je n'avais cessé de tourner en rond, anxieux et indécis. J'avais vérifié mon téléphone toutes les deux minutes parce que j'en étais certain, quelque chose était anormal dans son comportement et cela me rongeais depuis le moment où je l'avais laissé partir seul.

J'essayais de me raisonner, de me dire qu'il n'allait que prendre une bière avec Soobin, que ça n'avait rien de techniquement dangereux ou tentant pour lui mais je n'avais pas aimé son regard avant de partir et encore moins sa tête en lisant les messages.

Alors j'étais resté ici. J'avais attendu là patiemment pour être plus proche de lui en cas de problème. Juste au cas où. Parce que s'il ne m'avait pas appelé jusqu'à présent, c'était bien parce qu'il n'avait pas besoin de moi et que tout se passait normalement, non ? 

Je soupirais à nouveau, scrutant mon téléphone vide de notification et mon réseau intact.

Une tasse claqua devant moi et quelques gouttes de lait s'échappèrent à côté, échouant sur le bois vernis de la table que je m'étais donné du mal à lustrer plus tôt.

- Bois et parle, ordonna sévèrement Mme Kim qui n'appréciait pas beaucoup que je me mure dans mon anxiété sans essayer de résoudre mes problèmes.

Mais je n'en avais pas l'énergie pour le moment. Je me contentais de fixer les gouttes de lait sur la table sans réagir à ses propos. Alors elle reprit :

- Raconte donc à halmeoni pourquoi tu passes ton vendredi soir dans sa cantine pour vieux.

Je rigolais.

- Mme Kim, vous n'êtes pas ma grand-mère, lui répétai-je pour la centième fois.

Depuis que ma grand-mère était partie en maison de retraite et qu'elle lui avait fait promettre de me surveiller et s'occuper de moi à sa place, elle prenait son rôle beaucoup trop au sérieux. Sans parler du fait qu'elle lui rapportait tous mes faits et gestes et que par conséquent, je recevais régulièrement des messages de ma vraie grand-mère pour m'engueuler.

- C'est le petit maigrichon pas aimable qui t'embête ? renchérit-elle. C'est parce qu'il est parti que t'es comme ça ? T'as dit des bêtises pour qu'il s'en aille si vite ?

- Non il est parti parce qu'il a pas aimé ta soupe, rétorquai-je vexé qu'elle ait remarqué à quel point il était parti rapidement.

Ça m'énervait qu'elle comprenne toujours tout et qu'elle mette toujours le doigt pile sur ce qui m'inquiétait. Je ne pouvais jamais rien lui cacher. Elle partageait d'ailleurs cette sale habitude avec ma grand-mère.

Pull & Push [sope]Où les histoires vivent. Découvrez maintenant