Chapitre 3 - Found you

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          Riley déambulait seul, son sac toujours sur les épaules, les écouteurs enfoncés dans les oreilles mais sans musique. Il avait quitté la salle de classe dès la sonnerie, sans un mot. Trop d'agitation, trop de bruit. Il avait besoin d'air, d'espace.

La ville s'étendait devant lui, calme et presque paisible sous les premières teintes du soir. Son souffle chaud se mêlait à l'air glacé, formant un petit nuage qui se dissipait vite dans la lumière orangée des lampadaires. Il inspira longuement. Pour la première fois de la journée, il se sentait vivant.

Les vitrines encore éclairées projetaient des reflets mouvants sur le trottoir. Il aimait cette heure-là, où la ville semblait suspendue entre deux mondes : pas encore endormie, mais plus vraiment éveillée. Un instant fragile. Silencieux.

Son errance le mena jusqu'à une ruelle étroite, coincée entre deux immeubles décrépis. Il s'arrêta un instant. Hésita.

Ce n'était pas son genre. Il n'aimait pas les endroits étroits, sombres, à l'abri des regards. Mais ce soir, il se sentait étrangement téméraire. Comme si quelque chose l'y appelait.

Il s'y engagea. L'odeur y était différente — plus humide, plus âcre. Un rat détala soudain devant ses pieds, et il sursauta malgré lui. Il grimaça, secoua la tête, puis continua d'avancer, les mains au fond des poches.

Sous ses pas, une canette roula sur le bitume, projetant un écho métallique contre les murs. L'obscurité se faisait plus dense à mesure qu'il s'enfonçait. Il plissa les yeux, tendit l'oreille. Rien. Juste son souffle, et ses pas.

Et soudain, le sol lui échappa.

Il trébucha violemment, perdit l'équilibre et s'écroula à genoux, le cœur battant, les mains râpant le béton froid. Un juron lui échappa, suivi d'un souffle précipité. Son cœur battait la chamade.

Puis... un gémissement. Faible. Humain.

Il se redressa d'un bond, son regard fouillant l'ombre autour de lui. Quelqu'un était là.

Il tourna lentement la tête, et son regard accrocha une silhouette étendue contre le mur. Quelqu'un... quelqu'un de mal en point. Il s'approcha à pas prudents, tendu, les sourcils froncés. Puis il se pencha. Et se figea.

Le monde sembla soudain se contracter autour de lui. Le silence devint sourd, comme s'il n'entendait plus que sa propre respiration Ses yeux rencontrèrent un visage qu'il n'avait vu qu'à distance. Des traits qu'il avait observés, dessinés mentalement des centaines de fois, toujours de loin, toujours sans approcher.

C'était lui.
Le garçon aux cheveux d'argent.

Et il était là, devant lui, inconscient.

Riley resta figé, incapable de bouger. Il détailla la peau pâle, les mèches argentées collées à son front, les cils longs et noirs qui reposaient contre ses joues. Même blessé, il dégageait quelque chose d'irréel. Comme s'il n'appartenait pas vraiment à ce monde.

Son cœur battait trop vite.

Il ne savait pas quoi faire. S'enfuir ? Appeler quelqu'un ? Rester ? Il avait rêvé de ce moment, mille fois, mais jamais comme ça. Jamais dans cette violence, dans cette proximité brutale.

Et pourtant... il ne pouvait pas partir.

Il s'agenouilla lentement, hésitant. Il tendit la main, sans oser le toucher. Il ne connaissait toujours pas son nom. Mais il ne pouvait pas continuer à l'appeler juste "le garçon aux cheveux d'argent".

Il voulait savoir. Comprendre. Aider.
Mais par où commencer, quand la personne qui vous fascine le plus est étendue à vos pieds, inconsciente, comme tombée d'un rêve brisé ?

Il plissa les yeux pour tenter de mieux voir dans la pénombre. L'éclairage vacillant des réverbères n'aidait pas, mais même dans l'obscurité, il pouvait distinguer des hématomes sur ses mains, des ecchymoses sombres sur sa pommette, une trace de sang séché sur sa lèvre. Il préférait ne pas imaginer le reste.

Il prit une inspiration tremblante, Riley ne savait plus quoi faire.

— Hey... est-ce que tu m'entends ?

Sa voix n'était qu'un souffle. Presque trop faible, trop hésitante pour briser le silence. L'autre ne répondit pas. Mais ses yeux — à peine entrouverts — n'étaient pas tout à fait vides. Ils semblaient flotter quelque part entre la conscience et l'abandon. Il luttait pour rester éveillé.

— Qu'est-ce qui t'est arrivé ? murmura Riley, inquiet.

Toujours pas de réponse.

L'angoisse le gagna. Il ne pouvait pas simplement rester là. Il fouilla précipitamment sa poche, sortit son téléphone et commença à composer le numéro des urgences.

— Tu ne peux pas rester comme ça, je vais appeler l'hôpital.

Riley crû apercevoir un mouvement de sursaut de la part du blessé mais n'y porta pas plus d'attention. Mais au moment de poser le téléphone à son oreille, une main surgit, agrippant brusquement son poignet. Il sursauta. Adrian grimaça de douleur dû à son mouvement mais soutenait son regard, le garçon le fixait à présent. Ses yeux couleur cuivre brillaient dans l'ombre, intenses, brûlants. Riley resta figé. Ce regard... il l'avait imaginé mille fois, de loin, sans jamais oser s'en approcher.

Et là, il le captait de plein fouet. Une beauté féroce, douloureuse, presque violente.

— Tu... veux pas que j'appelle l'hôpital ? devina-t-il, déstabilisé.

Le regard d'Adrian se durcit aussitôt. Il devenait tranchant, menaçant, comme s'il venait de franchir une limite invisible. Ses doigts se refermèrent plus fort sur le poignet de Riley, malgré la douleur visible sur son propre visage. Ce garçon était blessé, peut-être gravement, mais il imposait encore une force impressionnante. Même au sol. Même silencieux.

Riley ne détourna pas le regard. Pas cette fois. Il soutint ces yeux hostiles, jusqu'à ce qu'ils se calment. Juste un peu.

Il soupira, lentement, et rangea son téléphone.

— Très bien. Pas d'hôpital. Mais je te laisse pas ici.

Les doigts se desserrèrent. L'emprise se rompit.

Ce n'était pas une autorisation, mais c'était assez.

Riley glissa un bras sous les épaules du garçon, l'aida à se redresser. Il était plus léger qu'il ne l'aurait cru. Pourtant, chaque mouvement semblait lui coûter cher. Ses mâchoires étaient crispées, mais pas un gémissement ne franchit ses lèvres. Fierté. Toujours.

Le trajet jusqu'à l'internat fut long, silencieux, presque irréel. Riley soutenait l'autre comme il pouvait, sentant son poids se reposer de plus en plus sur lui. Chaque pas résonnait dans la rue, amplifiant cette sensation d'être sur le fil, entre une folie soudaine et une décision irrévocable.

Arrivés dans sa chambre, Riley l'aida à s'asseoir sur le bord du lit, puis à s'allonger.

Et là, il s'arrêta.

Il le regarda. Vraiment. De près.
Le garçon qu'il n'avait jamais pu approcher, que personne n'osait fixer plus de quelques secondes... était là, dans son lit. Blessé. Silencieux. Inerte.

Mais il n'avait rien perdu de cette aura. Même ainsi, il restait imprévisible. Incontrôlable. Indéchiffrable.

Riley le contempla un instant. Il semblait plus jeune, presque vulnérable — mais une tension dormait encore sous sa peau. Comme une bête qui, même à terre, peut encore mordre.

Il se demanda si quelqu'un, un jour, l'avait vu comme ça.
Fragile. Humain.

Et soudain, une pensée s'imposa à lui, dérangeante mais évidente :

Il dépend de moi, maintenant.

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