Le monde revenait par vagues. D'abord le bourdonnement sourd, puis la lumière crue derrière les paupières. Et enfin, la douleur —
sourde, lourde, physique.
Riley cligna des yeux. Lentement.
Le plafond était blanc. Trop lumineux. Trop net. Il mit quelques secondes à comprendre.
L'hôpital.
Ses souvenirs étaient flous, décousus. Le bâtiment désaffecté. Hoshio. La douleur. Et...
Adrian.
Son regard glissa vers la droite. Et il le vit.
Assis sur une chaise, immobile. Le dos un peu voûté. Les mains jointes. Les yeux dans le vide.
Il avait l'air épuisé.
Mais surtout... absent.
Pas endormi. Pas apaisé. Juste... loin.
Riley ne dit rien.
Il l'observa un moment, sans oser briser ce silence étrange qui semblait figer la pièce.
Puis, comme si un fil invisible avait vibré,
Adrian tourna lentement la tête.
Leurs regards se croisèrent. Et pour la première fois depuis des jours... aucun mot ne venait.
— Tu... tu m'as emmené ici ? murmura Riley.
Adrian hocha à peine la tête.
— Évidemment.
Sa voix était rauque. Fatiguée.
Presque éteinte.
Il reprit après un temps.
— T'as perdu connaissance. Tu saignais... C'était pas une option.
Il ne donna pas de détails. Pas sur le combat. Pas sur Hoshio. Pas sur sa propre réaction.
Et Riley... comprit.
Ce n'était pas encore le moment.
Un silence s'installa. Adrian le fixait, mais sans vraiment le regarder. Ses traits étaient tendus. Sa mâchoire crispée.
— Je suis désolé, finit-il par lâcher.
Pas un murmure. Pas une excuse lancée au vent.
Une déclaration amère. Froide. Chargée.
— J'ai essayé de te tenir à l'écart de tout ça. Des miens. De ce que je suis. Mais même ça... j'ai pas réussi.
Un silence.
— Et maintenant, t'es là. À cause de moi.
Il y avait de la rage dans sa voix. Mais elle n'était pas tournée vers Riley.
C'était de la haine envers lui-même.
Riley le regardait toujours, sans l'interrompre. Il aurait voulu poser mille questions. Sur Hoshio. Sur ce passé qu'il sentait peser dans chaque mot, chaque regard. Sur ce qu'il ne savait pas encore. Mais il savait que s'il posait la mauvaise question, Adrian disparaîtrait pour de bon.
Alors il dit simplement :
— J'suis là parce que j'ai fait le choix de l'être.
Adrian eut un léger rire. Sans joie.
— Regarde ce que t'es en train de choisir, Riley.
Il se leva, comme si rester assis plus longtemps devenait insupportable.
— J'peux pas rester. Pas maintenant.
Il se dirigea vers la porte, la main sur la poignée.
Puis il s'arrêta, dos tourné.
Sa voix tomba, plus basse.
— T'as pas toutes les pièces du puzzle. Et crois-moi... certaines, tu préfèrerais jamais les avoir.
Un silence lourd. Riley se redressa un peu. Son regard se fixa sur Adrian.
— Et toi... tu crois vraiment que je vais te laisser partir comme ça ?
Adrian ferma les yeux.
Un battement.
Puis il souffla :
— Tu devrais.
Il posa une main contre le mur, comme pour se soutenir.
— J'vais... j'vais dire au personnel que t'es réveillé.
Sa voix se brisa légèrement, juste une fraction. Et sans attendre de réponse, il sortit. La porte se referma. Et Riley resta là, allongé. Les paupières lourdes. Et le cœur encore plus.
Cette absence, ce silence, puis son retour... Tout ceci lui avait enfin permit de comprendre. Il le savait désormais...
Qu'il n'aimait pas juste Adrian.
Il aimait quelqu'un qu'il ne comprenait pas encore.
Mais à qui il n'était pas prêt à renoncer.
Pas même maintenant.
Les couloirs de l'hôpital résonnaient d'un silence propre. Trop propre. Tout y semblait aseptisé, lisse, contrôlé. L'exact opposé d'Adrian.
Il marchait. Lentement. Les poings dans les poches. Les épaules basses.
Pas un regard à gauche. Ni à droite.
Son corps avançait, mais sa tête était restée dans cette chambre.
Le visage de Riley... Son souffle court. La pâleur de sa peau. Et ses yeux, à peine réveillés, déjà plein de douceur.
Cette foutue douceur. Elle l'avait regardé. Encore.
Comme si rien n'avait changé.
Adrian s'arrêta près d'une fenêtre. Pas pour regarder dehors. Juste... pour respirer. Ses mains tremblaient. Il les enfonça dans ses poches, plus fort.
Un flash lui traversa l'esprit.
Le sang sur ses phalanges. La voix d'Eiger, qui criait. Le visage défait d'Hoshio. Et Riley... inconscient.
Son estomac se tordit.
— Putain...
Il serra les dents. Sa gorge se noua.
Il aurait voulu frapper quelque chose. Hurler. Disparaître. Mais il n'avait plus la force. Il posa son front contre la vitre froide. Ses pensées tournaient, de plus en plus sombres.
Il ne pouvait pas rester.
Pas parce qu'il ne voulait pas. Mais parce que s'il restait... il finirait par tout briser. Et Riley n'avait rien à faire là-dedans. Pas avec quelqu'un comme lui.
Quelqu'un qui avait...
Il ferma les yeux.
Non.
Pas maintenant.
Il rouvrit les paupières.
Son reflet dans la vitre le regardait.
Fatigué. Fermé.
Dégoûté.
Et dans ce silence d'hôpital, il murmura, pour lui seul :
— J'ai jamais voulu en arriver là...
Mais c'était trop tard.
Il tourna enfin les talons. Reprit sa marche, plus vite cette fois. Comme s'il fuyait le bruit de son propre cœur.
Et cette fois, il n'irait pas très loin.
Mais juste assez loin pour ne pas l'entendre.
Pas la voix de Riley.
Pas celle de la culpabilité.
Pas celle du passé.
Pas encore.
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SILVER
Roman d'amourEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
