Chapitre 6 - Laisser faire

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          Le silence s'était réinstallé entre eux, pesant, presque lourd de non-dits.
Riley n'osait plus bouger.

Le garçon aux cheveux d'argent — il ignorait encore son nom — avait fermé les yeux, mais il n'avait rien de détendu. Sa mâchoire restait crispée, ses poings fermés, ses traits tirés par la douleur. Même blessé, même allongé, il dégageait cette tension constante, comme s'il attendait le moindre geste suspect pour frapper.

Riley hésitait.

Il avait proposé de l'aider. Il avait cru bien faire. Mais il savait aussi que trop d'insistance pouvait tout faire basculer.
Avec lui, la frontière entre prudence et intrusion semblait mince. Fragile.

— Je vais juste... chercher la trousse de secours, souffla-t-il enfin.

Aucune réponse. Pas même un hochement de tête. Mais pas de refus non plus. Il prit cela comme un signe.

Riley se leva doucement, sans geste brusque, et se dirigea vers l'armoire en coin. Il en sortit une petite boîte en plastique blanc, pas vraiment complète, mais suffisante pour nettoyer quelques plaies superficielles. Il revint, s'agenouilla à nouveau au pied du lit.

L'autre n'avait pas bougé. Il ouvrit un œil, le fixa longuement. Puis, sans un mot, il détourna à nouveau le regard.

Un silence.
Un aveu muet.

Riley déglutit, puis ouvrit la trousse, les doigts légèrement tremblants. Il sortit un coton, un peu d'antiseptique. Il aurait voulu dire quelque chose, mais rien ne lui semblait approprié. Il ne voulait pas briser cet équilibre ténu. Il s'approcha lentement, tendit la main vers le visage du garçon — mais celle-ci fut interceptée. Une poigne ferme, rapide, malgré la douleur. Les yeux cuivrés s'étaient rouverts, étincelants.

— Doucement, dit Adrian d'un ton grave. C'est pas parce que j'dis rien que tu peux faire comme chez toi.

— Je sais, répondit Riley dans un souffle. C'est juste... pour nettoyer. Rien d'autre.

Un battement. Puis, lentement, les doigts se desserrèrent. Pas un mot. Mais l'autorisation était là.

Riley se rapprocha. Il nettoya doucement une plaie à l'arcade sourcilière. Le garçon grimaça, mais ne bougea pas. Il se contentait de fixer un point invisible au plafond, les mâchoires contractées. Le coton s'imbiba de sang. Riley inspira discrètement pour garder son calme. Il changea d'angle, s'approcha de sa pommette tuméfiée. À cette distance, il distinguait chaque détail : la tension sous la peau, les cils sombres, les mèches argentées qui retombaient sur le front.

— T'as pris cher, murmura-t-il.

Un souffle bref. Peut-être un rire. Peut-être un grognement.

— Tu crois que je sais pas ?

Ce n'était pas de l'arrogance. Juste une lucidité brute.

Riley continua, nettoyant aussi délicatement que possible les plaies visibles. Il sentit le regard de l'autre se poser à nouveau sur lui. Insistant. Sondant.

— Pourquoi tu fais ça ? lâcha Adrian, soudain.

"Faire". C'était le mot qu'Adrian employait pour signifier "aider". Comme si cela le répugnait, tel une fierté mal placée. Riley releva les yeux. Leurs regards se croisèrent. Il hésita. Puis répondit, honnêtement :

— Parce que je veux pas te voir souffrir.

Adrian cligna des yeux, comme s'il n'avait pas compris. Ou plutôt... comme si cette phrase ne faisait pas partie de son monde. Il détourna le regard, lentement.

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