Chapitre 45 - Le poids d'un nom

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Ils restèrent là, côte à côte, quelques minutes encore. Ni l'un ni l'autre ne parlait.
Pas parce qu'ils n'avaient rien à dire. Mais parce que, pour la première fois depuis des jours... le silence n'était plus une menace.

Adrian avait la tête penchée contre le mur.
Ses yeux restaient ouverts, mais flous.
Comme s'il avait vidé tout ce qu'il pouvait offrir.
Comme s'il ne savait plus quoi ressentir.

Et Riley... le regardait.
Pas avec pitié. Pas avec inquiétude. Juste avec présence.

— T'as rien de plus à dire ? demanda Adrian à mi-voix.

Riley haussa doucement les épaules.

— T'as pas remarqué que j'dis déjà trop, d'habitude ?

Un mince sourire étira brièvement les lèvres d'Adrian.
Presque imperceptible.
Mais Riley le vit.

— J'arrive pas à croire que t'es encore là.

— J'suis pas aussi facile à faire fuir.

— J'ai tout balancé, Riley. J'ai tout dit.

— Et j'ai tout entendu. Et j'suis toujours là.
Donc si tu veux te débarrasser de moi... va falloir t'y prendre autrement.

Un soupir d'Adrian.
Mais plus fatigué que désespéré.

— Tu sais, j'ai pas l'habitude qu'on... reste.
Pas après ça. Pas après tout ce que je suis.

— T'as surtout pas eu la chance qu'on reste pour les bonnes raisons, Adrian.
C'est différent, ça.

Un silence doux suivit.

Et Riley demanda, presque timidement :

— Comment elle s'appelait... ta sœur ?

Adrian resta un moment sans répondre.
Mais son visage changea.
Quelque chose dans ses traits se relâcha.

— Elise.

Il murmura ce prénom comme une habitude oubliée.

— Elle avait cette façon de froncer les sourcils quand elle était concentrée.
Genre, vraiment fort. Comme si elle se battait avec son propre dessin.
Et elle chantait. Tout le temps. Même faux. Même au réveil.

Un léger rire lui échappa.

— Elle me collait. Elle me fatiguait. Elle me réveillait trop tôt.

Il marqua une pause.
Son sourire retomba doucement.

— Et j'me demande encore tous les jours si elle se souvient de moi.
Si elle me déteste.
Ou si... elle va bien.

Riley le regarda, les yeux doux.

— Un jour, tu la reverras.

Adrian hocha doucement la tête, mais son regard se perdit à nouveau.

— J'en sais rien. Peut-être qu'elle est mieux sans moi.

Le silence retomba.
Plus triste, mais toujours paisible.

Et Riley reprit :

— Adrian.

L'intéressé tourna la tête.

— C'est pas ton vrai nom, hein ?

Adrian se figea.

— Pourquoi tu veux savoir ?

— Parce que...
j'aimerais connaître la personne que t'étais avant.
Pas pour juger. Pas pour ressasser. Juste... pour savoir.

Un long silence suivit.

Adrian fixait le sol.
Ses mâchoires se crispèrent légèrement.

— J'ai passé des années à l'enterrer, ce prénom.

— Alors laisse-moi le faire revivre autrement.

Adrian cligna lentement des yeux.

Puis, enfin, il murmura :

— Elias.

Le mot flotta dans l'air.
Léger. Fragile.
Comme une poussière de souvenir.

— C'est mon vrai nom.

Il hésita.

— Mais ma sœur... elle m'appelait "Eli".

Son regard se durcit un peu.

— Mon père utilisait toujours "Elias", jamais Eli.
Il le prononçait comme une menace.

Un silence.

— J'ai fini par le détester, ce prénom. J'ai fini par me détester avec.

Riley pencha légèrement la tête.

— Elias...

Adrian sursauta presque en l'entendant.
Mais pas de la même façon.

Le prénom, dit par Riley, sonnait...
différemment.

Pas comme une sentence.
Pas comme un souvenir empoisonné.

Juste... comme une réalité qu'il pouvait peut-être apprendre à réaccepter.

Il soupira.

— Tu pourrais continuer à m'appeler Adrian, tu sais.

— Peut-être, répondit Riley. Mais j'aimerais aussi connaître Eli.
Pas pour le remplacer.
Mais pour lui dire qu'il a le droit d'exister.

Un silence.

Puis Adrian murmura :

— J'crois que j'ai jamais eu aussi peur qu'en te racontant tout ça.

— Et j'crois que j'ai jamais été aussi sûr que j'voulais pas partir.

Ils restèrent là.
Leurs épaules se frôlant.
Le cœur un peu plus léger.
Les murs un peu moins hauts.

Et dans ce couloir désert, au cœur de l'hôpital, quelque chose de fragile venait de renaître.

Pas la fin du combat. Mais la preuve qu'on pouvait être vu, entendu,
et aimé quand même.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant