Chapitre 24 - À découvert

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          Ils avaient trouvé refuge dans une vieille remise en bois à l'écart du parc, à peine visible derrière les arbres. Personne ne viendrait là à cette heure. Personne ne viendrait les déranger.

Adrian s'était assis contre le mur, une serviette poussiéreuse nouée autour de son bras pour contenir le saignement. Le souffle encore court, le visage fermé.
Riley, à genoux face à lui, fouillait la petite trousse de secours qu'il avait toujours dans son sac, les mains tremblantes juste assez pour le trahir.

Un silence lourd s'installait peu à peu. Mais il ne dura pas.

— T'aurais dû me laisser me démerder.

La voix d'Adrian était sèche, tranchante, chargée d'une colère à peine retenue.

Riley releva les yeux, sans répondre tout de suite.

— Sérieusement. Tu devrais pas traîner là-dedans. Avec moi. Pas dans ce genre de merde.

— J'ai pas réfléchi, murmura Riley. J'ai juste agi.

— Bah justement. C'est con d'agir sans réfléchir.

Il ne criait pas. Mais chaque mot était un coup.

— J'ai assez à faire de pas me faire égorger pour pas avoir à te protéger en plus.

— Tu paniquais, Adrian.

Le ton de Riley était calme. Posé.

Adrian serra la mâchoire.

— J'panique pas.

— Si. Pas de peur. De... moi.

Un battement. Adrian détourna le regard, irrité. Le silence s'installa à nouveau, plus fragile. Riley reprit doucement, tout en sortant une compresse.

— Je t'ai trouvé parce que je voulais te parler. Te dire que... je suis désolé.

— De quoi ?

— D'avoir parlé de toi à mes amis. Je sais que t'as entendu. Ce que Nora a dit, ce que j'ai dit. Je voulais pas t'exposer. Pas te trahir. J'essayais juste de... comprendre ce que je ressens. De pas être seul avec tout ça.

Adrian tourna lentement les yeux vers lui.
Son regard était dur. Blessé. Méfiant.

— C'est pas un jeu, Riley. Ce que je cache, ce que je suis. Tu peux pas aller en parler autour, même si t'as les meilleures intentions du monde.

— Je sais. Je le sais maintenant. Et j'aurais pas dû.
Je voulais juste que quelqu'un me dise que j'étais pas en train de devenir fou.

Un silence.

Adrian baissa brièvement les yeux.
Il semblait prêt à exploser, à cracher un autre reproche... mais il ne dit rien.

Et puis, dans un souffle, presque inaudible :

— J'ai parlé à Eiger.

Riley releva les yeux.

— Quoi ?

— J'lui ai demandé conseil. Parce que j'savais plus quoi faire.

Il se passa une main dans les cheveux, l'air agacé par ses propres mots.

— Alors non. J'te ferai pas un putain de discours sur la confiance. Mais j'vais pas faire semblant de t'en vouloir pour avoir fait ce que j'ai fait moi-même.

Le silence devint autre chose. Un terrain neutre. Un espace fragile où aucun des deux ne savait vraiment comment exister... mais où ils existaient ensemble.

Riley déposa doucement la compresse sur la coupure du bras. Adrian tressaillit.

— J'essaie d'y aller doucement, murmura Riley.

— C'est pas la douleur.

— C'est quoi alors ?

Pas de réponse. Mais son regard en disait beaucoup.

Il continua à le soigner en silence. Les gestes précis. Mesurés. Lents.
Comme s'ils avaient enfin le droit de prendre leur temps.

— J'ai jamais demandé à ressentir quoi que ce soit pour toi, souffla Adrian.

Riley s'arrêta brièvement, comme figé par ces mots. Il ne savait pas comment interpréter ce sous entendu... s'il y en avait un. Il ne parvenait pas à savoir ce qu'Adrian pensait, ou voulait dire. Il était parfois aussi facile à lire qu'impossible à décrypter. 

Donc Riley essaya de ne pas trop y réfléchir. Finalement il reprit.

— Moi non plus. Mais c'est là.

— Ouais. C'est ça le problème.

— Peut-être que c'est pas un problème. Peut-être que ça dépend de ce que t'en fais.

Un rire bref, amer, échappa à Adrian.

— J'suis pas doué pour les trucs normaux, Riley.

— Alors on fait un truc anormal. À notre manière.

Adrian leva enfin les yeux vers lui.
Et ce qu'il vit dans le regard de Riley n'était pas une menace.
Pas une attente. Pas une pitié.

Juste... quelqu'un qui restait.

Un souffle. Une tension qui se relâche, imperceptiblement.

Riley rangea les compresses, essuya ses mains. Et Adrian, pour la première fois ce soir, ne détourna pas les yeux.

Il ne dit rien. Mais il resta là. À le regarder.
Pas comme on jauge un ennemi.
Mais comme on observe quelqu'un qu'on commence, lentement, à accepter.

Et dans cette remise poussiéreuse, dans cette nuit de chaos, quelque chose s'était déplacé.

Pas un aveu.
Pas un abandon.
Mais un début.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant