La matinée s'était écoulée au ralenti. Une heure après l'autre, sans qu'il ne parvienne à fixer son attention sur quoi que ce soit. Les voix des professeurs résonnaient comme des échos lointains. Les pages de son cahier restaient blanches. Son stylo tournait entre ses doigts, mécaniquement.
Adrian était parti.
Et Riley ne pouvait s'empêcher d'y penser.
Encore et encore.
Il n'avait reçu aucun autre message depuis celui du matin.
Rien.
Pas un mot.
Et pourtant... Riley ne s'en inquiétait pas comme avant. Ce n'était pas une panique aveugle, c'était une inquiétude ancrée, plus silencieuse, plus lourde. Parce qu'il avait vu l'expression d'Adrian quand il était parti avec Eiger.
Et cette expression n'avait rien d'anodin.
La cloche sonna enfin.
Riley quitta la salle comme un automate, rejoignant Kyle et Nora à la sortie.
Ils s'étaient assis sur les marches du bâtiment, comme à leur habitude. Le ciel était couvert. Le genre de gris qui vous pèse sur les épaules.
— Tu tires une tête à faire peur, déclara Kyle après quelques secondes de silence.
Fais-moi plaisir et dis-moi que c'est pas encore une guerre de gangs.
Riley ne répondit pas tout de suite.
Il posa son sac à ses pieds et croisa les bras, le regard perdu.
— C'est Adrian, souffla-t-il finalement.
Nora et Kyle échangèrent un regard.
Cette fois, aucun sarcasme dans leur attitude.
— Qu'est-ce qu'il a fait ? demanda doucement Nora.
— Rien. Justement.
C'est ça qui m'inquiète.
Il leur raconta ce qu'il avait vu. Le changement subtil. La discussion avec Eiger. Le message. Le silence.
— Il m'a tenu à distance toute la journée, murmura Riley. Et j'ai eu l'impression qu'il s'en rendait même pas compte. Comme si... quelque chose de lourd l'écrasait.
Kyle grimaça.
— Peut-être qu'il prépare un braquage. Ou une reconversion dans l'élevage de cobras.
— Kyle, le coupa Nora.
— J'essaie de détendre l'ambiance, ok ?
Nora reporta son regard sur Riley.
Elle semblait réfléchir.
Puis, calmement :
— Tu crois qu'il te cache quelque chose ?
— Je le sais, répondit Riley sans détour.
Un silence.
— Et tu veux savoir quoi ? demanda Kyle. Parce que tu sais que t'as pas signé pour un truc simple, mec.
— Je sais. Mais... j'peux pas rester là à attendre. J'veux pas le forcer. Mais j'veux pas être un étranger non plus.
Nora posa une main sur son genou.
— Peut-être que le plus grand service que tu peux lui rendre... c'est de lui laisser le choix.
Lui laisser la place de venir vers toi.
Un silence.
— Je crois qu'il le fera. Mais à sa manière. À son rythme.
Riley acquiesça lentement. Il comprenait. Mais ça ne rendait pas l'attente plus facile.
La journée se termina. Et alors qu'il descendait seul les escaliers vers le hall, il sentit une présence familière dans son dos.
Il se retourna.
Adrian.
Il était là, appuyé contre le mur, les mains dans les poches, l'allure nonchalante.
Mais son regard...
Son regard trahissait tout.
— T'as survécu à la journée ? lança-t-il d'une voix tranquille.
— Contrairement à toi.
Adrian fronça les sourcils. Détaillant Riley, comme si il semblait l'analyser.
— Tu m'as pas répondu.
Un silence. Adrian avait gardé cette distance. Un regard neutre, ne trahissant aucune émotion. Mais pourtant Riley pouvait jurer y voir de l'inquiétude... Comme si sa présence était surtout pour s'assurer que tout allait bien.
Riley s'approcha.
— Toi, ça va ?
La question, simple, frappa plus fort que prévu.
Adrian détourna le regard.
— C'est rien, souffla-t-il.
Juste un truc à régler.
Un vieux truc.
Riley le fixa, cherchant à lire entre les lignes. Mais Adrian était devenu... flou. Opaque.
Comme avant.
— Tu t'éloignes, murmura Riley. Tu t'en rends compte ?
Adrian cligna des yeux.
— Quoi ?
— T'es distant. Tu me regardes pas comme d'habitude. Tu parles comme si on avait jamais rien partagé.
Un silence.
— C'est pas un reproche. C'est juste... une constatation.
Adrian baissa la tête.
Son regard se posa sur le sol, figé.
— J'ai pas remarqué.
Riley s'approcha, doucement.
— Tu veux en parler ?
Adrian ferma brièvement les yeux.
— Pas maintenant.
Un souffle.
— Tu veux m'aider. Je sais.
Mais j'ai passé ma vie à encaisser seul, Riley.
Il releva enfin les yeux.
— J'ai jamais appris à m'appuyer sur quelqu'un.
Et j'essaie, ok ?
Mais j'peux pas... pas tout de suite.
Riley posa doucement sa main contre le bras d'Adrian.
— Je suis là. Même si tu dis rien. Même si tu fais semblant.
Un sourire discret.
— Tu peux me repousser.
J'resterai pas loin.
Adrian ferma les yeux une seconde.
Puis, lentement, il leva la main et effleura la joue de Riley du bout des doigts.
Juste une caresse.
Un ancrage.
— T'as toujours été là, hein ?
— Depuis que je t'ai vu dans cette foutue ruelle, ouais.
Un silence.
— Et j'ai pas l'intention de partir.
Adrian soupira.
Pas de lassitude.
De soulagement.
— J'vais tout régler. Je te promets.
— Et moi je serai là.
Ils restèrent là encore quelques secondes. Dans ce couloir vide. Comme suspendus dans le calme avant la tempête.
Parce qu'ils savaient tous les deux que quelque chose approchait.
Et que cette fois, ils allaient devoir être vraiment prêts.
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SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
