— Elias...
Ce prénom claqua dans l'air, sec, tranchant.
Plus coupant qu'une lame.
Adrian ne répondit pas.
Il ne bougea pas.
Riley tourna la tête vers lui.
Il s'attendait à ce qu'Adrian réagisse, recule, parle, n'importe quoi.
Mais rien.
Le corps d'Adrian s'était figé.
Son regard avait cessé de cligner.
Et dans ses yeux, il n'y avait plus rien.
Juste du vide.
Comme si quelqu'un avait soufflé sur la flamme à l'intérieur.
— Elias... répéta-t-elle, avec un sourire tordu.
Mon Dieu, regarde-toi.
Tu es devenu... un homme, n'est-ce pas ?
Elle s'approcha d'un pas.
Ses talons claquaient sur l'asphalte, rythmaient le silence oppressant.
— Je savais que tu étais ici.
Je savais que tu ne pouvais pas m'échapper éternellement.
Son ton se voulait doux.
Mais tout sonnait faux.
Riley ressentit immédiatement la dissonance.
Le malaise dans la voix.
La façon dont elle regardait Adrian, comme un objet perdu, retrouvé, possédé.
Il n'avait jamais vu quelqu'un comme elle.
Et il comprit tout de suite.
C'était elle.
— Adrian, murmura-t-il, une main sur son bras.
Hé... Adrian, s'il te plaît, réponds.
Mais Adrian ne le regardait pas.
Ne le voyait pas.
Il était loin.
Son corps était ici, mais son esprit...
Non.
Il était ailleurs.
Dans un salon aux murs tachés.
Dans une cuisine où les cris résonnaient.
Dans une chambre fermée à double tour.
— Tu sais, Elias, reprit-elle, tu m'as manqué.
Malgré ce que tu as fait.
Ce que tu m'as obligé à devenir.
Elle s'arrêta à quelques pas d'eux.
— Je me disais que...
peut-être, on pouvait recommencer.
Faire table rase du passé.
Elle souriait.
Mais il n'y avait rien d'humain dans cette expression.
— Je vois que tu as trouvé un... ami.
Elle tourna enfin la tête vers Riley.
Ses yeux s'attardèrent sur lui comme une lame sur une gorge.
— C'est mignon.
Riley sentit son estomac se nouer.
Il se leva lentement, s'interposant.
— Vous devriez partir.
— Oh, tu es celui qui pense pouvoir le sauver ?
Lui donner ce qu'il n'a jamais eu ?
C'est pathétique.
Son ton avait changé.
Léger tremblement.
Quelque chose de plus nerveux.
Plus dérangé.
Adrian, toujours immobile, semblait au bord d'un gouffre.
Ses poings étaient crispés.
Mais son regard était toujours perdu.
Rien ne le ramenait.
Riley le savait.
Il fallait un électrochoc.
Mais il n'imaginait pas que ce serait elle qui le provoquerait.
Elle fit un pas de plus.
Plongea la main dans son sac.
Riley sentit le danger avant même de voir la lame.
Un éclat d'acier.
Un couteau de cuisine.
Long.
Simple.
Tranchant.
Comme celui qu'Adrian avait utilisé, des années plus tôt.
— Tu sais Elias...
Tu m'as enlevé un mari.
Tu crois que je ne ressens rien ?
Tu crois que tu peux m'arracher tout ce que j'ai sans en payer le prix ?
Elle haletait.
Riley sentit l'air se figer autour d'eux.
— Tu vas le perdre toi aussi.
Sa voix devint un râle.
Déraisonné.
— Si moi j'ai tout perdu...
alors toi aussi.
Elle leva le bras.
Trop vite.
Riley eut à peine le temps de reculer.
La lame fonçait vers lui.
Et ce fut l'instant.
Celui du déclic. Du retour.
Adrian hurla.
Et tout se passa en une seconde.
Il s'interposa. Attrapa le bras de sa mère. La lame effleura son flanc, le déchirant partiellement. Mais il ne cria pas. Juste un grognement, féroce. Animal. Comme si il n'était plus vraiment maître de lui même.
Comme si il se battait ici, mais aussi quelques années en arrière.
Il la repoussa violemment contre le mur.
La lame glissa à terre.
Elle tenta de se relever, furieuse.
Mais Adrian se pencha, entre elle et Riley.
— Arrête. C'est fini.
Sa voix n'était pas celle d'un adolescent.
Ni même d'un homme.
C'était celle de quelqu'un qui n'avait plus peur.
— Tu ne peux plus me faire taire.
Tu ne peux plus me manipuler.
Il s'approcha d'elle, chaque mot pesé.
— J'ai grandi.
Pas grâce à toi.
Malgré toi.
Elle ouvrit la bouche pour parler.
Mais Adrian la devança.
— Je ne regrette rien.
Pas un geste.
Pas un cri.
Pas même ce que j'ai fait ce jour-là.
— Elias...
— Ne m'appelle plus comme ça.
Ce nom est mort avec lui.
Un silence.
Elle le regardait. Et pour la première fois...
elle sembla hésiter.
— Tu n'as plus aucun pouvoir ici, reprit Adrian.
Ni sur moi.
Ni sur lui.
Il désigna Riley sans le regarder.
— Et la seule chose qui me hante...
c'est de ne pas t'avoir arrêté plus tôt.
Des pas.
Des voix.
Des témoins s'étaient approchés.
Un homme appela la police.
La mère d'Adrian fut encerclée.
Elle ne cria pas.
Ne résista pas.
Mais ses yeux, plantés dans ceux de son fils, promettaient encore des tempêtes.
Elle fut emmenée.
Adrian la regarda partir,
le visage fermé,
la blessure au flanc saignant à travers son sweat.
Il ne disait rien.
Mais Riley, derrière lui, avait les larmes aux yeux.
Il s'approcha.
Posa doucement la main sur son épaule.
Adrian ne bougea pas.
— C'est fini, murmura Riley.
Et pour la première fois,
Adrian le crut.
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SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
