Chapitre 5 - Le goût amer de l'aide

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          Son corps tout entier hurlait.

Chaque muscle semblait peser une tonne. Sa tête bourdonnait, comme si quelque chose cognait à l'intérieur pour en sortir. Ses paupières étaient lourdes, collantes. Et malgré la douleur, malgré le flou... il sentit d'abord une chose.

Le silence.

Pas celui des rues. Pas celui d'un hall d'internat après une bagarre.
Un silence chaud. Propre. Ferme. Une chambre.

Adrian ouvrit les yeux.

Lentement. Prudemment. Comme on dévisse un piège. La lumière faible de la pièce l'éblouit d'abord, puis son regard s'habitua. Il identifia immédiatement l'endroit. Une chambre d'étudiant. Mais pas la sienne. Un lit simple. Des murs pâles. Quelques livres, un sac dans un coin. Rien de personnel, mais tout sentait l'ordre, la discrétion. Et... une silhouette. Assise. Contre le mur.

Le garçon. Celui qu'il avait déjà vu dans les couloirs, toujours en retrait. Regard calme. Cheveux noirs. Yeux clairs.

Adrian sentit son estomac se nouer. Il redressa légèrement la tête — la douleur lui arracha un frisson. Il laissa échapper un souffle rauque, et aussitôt, l'autre se redressa.

— Tu es réveillé...

La voix était douce. Pas moqueuse. Pas triomphante. Juste... soulagée.

Adrian tourna lentement la tête vers lui. Ses yeux se posèrent dans les siens avec une méfiance glaciale. Il le détailla comme on jauge un inconnu : posture, distance, sortie la plus proche. Il détestait ça. Être dans un lieu inconnu. Dépendant. Et surtout : redevable.

Il tenta de se redresser, mais son flanc l'arrêta net. Une douleur sourde, brûlante, le transperça. Il serra les dents, repoussa un juron.

— Tu es dans ma chambre. Tu étais mal en point, alors je t'ai ramené ici...

Les mots lui parvenaient, clairs. Mais il ne les supportait pas. Il serra les poings. Il voulait se lever. Fuir. Effacer ça.

— Je t'ai juste aidé, précisa le garçon.

Aidé.
Le mot eut l'effet d'un coup de poing. Pas parce qu'il le rejetait. Mais parce qu'il n'avait aucune idée de ce qu'on était censé faire avec ça. Personne ne l'avait jamais aidé. Pas comme ça. Pas gratuitement.

Et lui, il n'avait jamais su demander.

— Pourquoi ? lâcha-t-il, la voix râpeuse.

Le garçon parut surpris.

— Pourquoi... ?

— Pourquoi t'as fait ça ? Tu crois que j'avais besoin de toi ?

Un silence. L'autre sembla chercher ses mots.

— Peut-être pas. Mais j'ai eu besoin de t'aider.

Pas de pitié dans le ton. Pas de leçon. Juste une réponse simple, sincère. Et c'était encore pire. Adrian détourna les yeux, frustré. Honteux, peut-être. Il aurait préféré qu'il s'enfuie. Qu'il ait peur, comme les autres. Qu'il l'ignore. Mais au lieu de ça, il était là. À une distance dangereuse.

Et il sentait son corps le trahir. Son souffle était court. Son flanc lançait. Il savait qu'il ne tiendrait pas s'il essayait de se relever.

Il détestait cette vulnérabilité. Cette exposition.
Et il détestait encore plus le regard du garçon, posé sur lui sans haine, sans peur, sans fascination malsaine. Juste là. Présent.

Il entendit un mouvement, léger. Le garçon se rapprochait.

— Tu dois avoir mal. Je peux essayer de désinfecter au moins les plaies visibles...

Adrian tourna brusquement la tête vers lui, et son regard s'embrasa.

— Me touche pas.

Le silence retomba. Épais. Chargé. Mais l'autre ne recula pas. Pas tout de suite. Il resta figé, puis hocha doucement la tête.

— D'accord. Mais... si tu changes d'avis, je suis là.

Adrian le fixa, à la fois agacé et troublé.
Quel genre de type disait ça ? Sérieusement ?

Il ferma les yeux un instant. Juste une seconde. Pour faire taire le chaos dans sa tête.

Putain... qu'est-ce que je fous ici ?

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