L'écho métallique d'un conteneur qu'on renverse vibrait encore dans l'air quand Adrian s'éloigna lentement du cœur du chantier.
Il marchait sans courir, sans précipitation, mais chaque pas le rapprochait d'une alarme intérieure.
Où est-ce qu'il est allé ?
Il jeta un regard furtif par-dessus son épaule : les autres continuaient. Rires, fracas, insultes en boucle. Aucun n'avait remarqué le changement subtil dans son attitude. Pas encore.
Il bifurqua derrière un amas de poutres rouillées, passa entre deux murs effondrés, puis tourna vivement.
Et là, dans l'ombre, Riley.
Il était resté là. Toujours debout. Toujours silencieux.
Mais son regard avait changé.
Il n'y avait plus seulement de la surprise ou de la curiosité dans ses yeux.
Il y avait une méfiance réelle. Un instinct de recul.
Adrian s'arrêta à quelques pas, les bras croisés, tendu comme un fil.
— T'as perdu la tête ? cracha-t-il, plus bas qu'un murmure, mais avec la violence d'un cri.
Riley le fixa sans bouger.
— Je voulais juste marcher. Je savais pas que tu...
— Tu sais pas où t'es tombé, t'as aucune idée de ce que t'as failli provoquer, coupa Adrian.
Il s'avança d'un pas. Riley recula d'un demi.
Un réflexe. Et pourtant... Adrian le sentit comme une claque.
— Tu crois que les mecs avec moi sont du genre à t'épargner parce que t'as une bonne gueule ?
— J'ai rien vu. Et je vais rien dire, répliqua Riley, la voix basse mais ferme.
— C'est pas la question.
Adrian se rapprocha encore. Trop. Assez pour que Riley fronce les sourcils.
— C'est pas une question de confiance. C'est une question de règles. De survie. Tu piges ça ? siffla-t-il.
— Alors pourquoi tu m'as couvert ?
Un battement.
Riley venait de planter cette phrase comme une lame. Pas agressive. Juste vraie.
Adrian le fixa.
Et tout à coup, une voix derrière eux.
— Eh, Adrian ? T'es où mec ?
Hoshio.
Adrian ne perdit pas une seconde. Il recula d'un pas, tendit le bras, attrapa Riley par la manche et le plaqua contre le mur, à l'ombre, derrière un pilier fissuré.
— Bouge pas, murmura-t-il entre ses dents. Et ne fais pas un putain de bruit.
Leurs corps étaient à quelques centimètres.
Riley retenait son souffle. Adrian aussi, même s'il essayait de faire croire que non.
Hoshio passa à quelques mètres. Un bruit de pas, des jurons, une canette qui roule.
Puis... le silence.
Adrian attendit encore cinq secondes. Dix.
Puis il relâcha Riley d'un geste sec, mais sans brutalité.
— Putain...
Il recula, passa une main dans ses cheveux, le cœur battant trop vite.
D'un simple envie de se défouler, il avait failli causer du tors à la raison même de ses tourments.
— Tu comprends pas... j'ai failli te foutre dans une merde monstre, dit-il, la voix plus rauque. Et moi avec.
Riley le regardait. Il ne bougeait toujours pas. Mais ses traits s'étaient adoucis.
Il avait vu. Entendu. Ressenti.
Adrian n'était pas en colère parce qu'il en voulait à Riley.
Il était en colère parce qu'il avait eu peur.
Et que cette peur... n'était pas normale.
— Pourquoi t'as fait ça, alors ? murmura Riley.
Adrian ferma les yeux. Juste une seconde.
— J'en sais rien, lâcha-t-il. J'aurais pas dû.
Il tourna les talons, prêt à disparaître dans l'ombre.
Mais cette fois, Riley ne le suivit pas.
Et Adrian, sans se retourner, se contenta de souffler entre ses dents :
— Rentrez chez toi, Riley. Ce monde-là, c'est pas le tien.
Et il s'enfonça dans la nuit, le cœur encore serré, le souffle encore brûlant.
Et l'incompréhension comme une lame entre les côtes.
VOUS LISEZ
SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
