Le silence d'Adrian, depuis plusieurs jours, était devenu une obsession.
Riley avait tout tenté pour se distraire.
Il avait ri à moitié aux blagues de Kyle, évité les questions de Nora, regardé fixement son écran sans lire une ligne. Mais rien n'y faisait.
L'absence d'Adrian n'était pas une pause. C'était une déchirure. Et plus les heures passaient, plus Riley se sentait vide. À bout.
Il finit par sortir, sans prévenir. Sans but précis, d'abord.
Ses pas le menèrent naturellement vers le dortoir des garçons.
Il monta les marches deux par deux et longea les couloirs du dortoir, les mains dans les poches, le cœur battant trop fort pour un simple couloir. Chaque pas résonnait dans le vide, comme s'il marchait vers un verdict.
Devant la chambre d'Adrian, il se figea.
La lumière filtrait sous la porte.
Et au-delà, des bruits étouffés. Des pas. Un frôlement de tissu. Un souffle.
Il était là.
Adrian était là.
Riley s'arrêta. Hésita. Puis, doucement, il frappa.
Une fois. Deux.
Les bruits cessèrent immédiatement.
Un silence tranchant, total.
Riley approcha la porte, appuya sa paume contre le bois.
— Adrian... je sais que t'es là.
Aucune réponse.
Il s'éclaircit la gorge. La voix un peu tremblante.
— Je veux pas te convaincre de quoi que ce soit. Je suis pas venu pour ça. J'ai même pas les bons mots. J'sais pas ce que t'attends, ou si t'attends encore quelque chose.
Il soupira. Un long souffle retenu.
— Mais tu peux pas... disparaître comme ça.
Tu peux pas faire comme si y'avait rien eu. Parce que moi, j'y arrive pas.
Un autre silence.
Puis Riley s'assit.
Dos contre la porte. Genoux repliés contre lui. Le regard perdu dans le couloir désert.
— Tu m'as laissé approcher. Et j'sais même pas si t'as voulu.
Peut-être que t'as juste laissé faire. Peut-être que t'as pas vu venir.
Il rit, doucement. Un rire sans joie.
— Moi non plus j'ai rien vu venir.
Sa voix se brisa un peu.
— Et maintenant, j'suis là.
Assis devant une porte fermée. À parler à un mur.
À parler à... quelqu'un qui veut plus m'écouter.
Il ferma les yeux.
Un instant.
Puis, plus bas. Plus vrai.
Presque un murmure.
— J'suis pas amoureux des gens. Pas comme ça. Pas facilement.
Mais j'crois que...
J'crois que je tiens à toi.
Et ça fait flipper. Mais c'est là.
Un long silence.
Et enfin, un souffle blessé. Résigné.
— Et si t'en as rien à foutre...
Si j'me suis planté...
Alors j'suis désolé d'avoir cru que c'était réciproque.
Il se releva. Lentement.
Jeta un dernier regard à la porte.
Puis il s'éloigna.
Il ne savait plus ou aller maintenant. Il avançait, le regard dans le vide, comme résigné. Il avait eu sa réponse, ou du moins il n'en avait pas eu besoin. Le silence était suffisant. Depuis tout ce temps, c'était le seul à espérer plus. Qu'il puisse atteindre ce garçon au cheveux d'argent, dont personne n'osait approcher. Ni moins essayer de le connaître. Mais au final, à s'approcher trop près, il s'était brûlé. Et il ne pouvait pas en vouloir à Adrian.
... Après tout, il l'avait prévenu.
Riley sortit du dortoir, guidé par ses propres pas. Il longea les bâtiments, traversa la cour principale, puis les clôtures derrière les hangars, là où les couloirs d'élèves finissaient et les terrains vagues commençaient.
Là où il l'avait vu, une fois, tout casser.
Le vieux bâtiment désaffecté.
Il fallait être fou pour y entrer. Ou désespéré.
Riley se sentait un peu des deux.
Il escalada le grillage, s'écorcha la paume, mais continua.
Une fois à l'intérieur, il inspira lentement. L'air était lourd. Poussiéreux. Chargé d'odeurs d'humidité et de métal rouillé. Les murs lézardés semblaient s'effondrer sur eux-mêmes. Les fenêtres, brisées. Les sols, jonchés de gravats. Et partout autour de lui... ce silence. Un silence bien trop pesant.
— Fais chier... Je me retrouve ici moi aussi ? souffla-t-il ironiquement.
Il avança encore. Son pas résonnait dans le vide, étouffé par la poussière.
Il savait que venir ici était idiot. Risqué.
Mais il savait aussi que cet endroit avait absorbé quelque chose d'Adrian. Comme si il n'arrivait pas encore à accepter son départ. Comme si il avait besoin de ressentir sa présence d'une certaine manière.
C'était stupide, il le savait.
Il atteignit une pièce plus vaste. Une sorte d'ancien atelier. Des planches défoncées au sol. Des chaises retournées. Une lumière blafarde passait par une lucarne fendue.
Riley inspira.
— T'es vraiment parti... hein ?
Mais cette fois, une réponse. Un son. Un bruit, discret, sec.
Derrière lui.
Il se retourna brusquement. Et se figea.
Ce n'était pas Adrian.
Debout dans l'encadrement de la porte, les bras croisés, le regard dur...
Hoshio.
Et dans son regard...
aucune surprise.
Aucune sympathie.
Juste un calme glacial. Et une tension sous-jacente.
Riley ne bougeait plus. Parce qu'il comprit, en un instant, qu'il venait peut-être de faire une erreur.
Une erreur qu'il allait devoir payer.
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SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
