Chapitre 12 - Collision

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         Finalement, c'est Adrian qui quitta la hangar en dernier. 

Il marchait. Sans but. Le froid avait commencé à s'infiltrer dans ses vêtements, mordant ses articulations, mais Adrian s'en fichait. Il avait besoin de ça. Du vent sur le visage. Du bitume sous ses semelles. Du mouvement. 

La discussion avec Eiger ne quittait pas ses pensées. Pas les mots. Pas le ton. Juste... le fait qu'il avait vu clair en lui.

Tu peux pas effacer ça.

Il aurait voulu le nier. Hurler. Casser quelque chose. Mais au fond... il savait. Ce n'était pas Riley qui l'avait ébranlé. C'était lui-même, en train de découvrir qu'il pouvait encore être atteint.

Il soupira, passa une main dans ses cheveux argentés, visiblement agacé. Il se détestait quand il pensait trop. Il se détestait de se souvenir du toucher d'un coton imbibé, ou du calme qu'il avait ressenti juste un instant, dans une chambre qui n'était pas la sienne.

Ses pas l'avaient mené vers le lycée. Il n'y retournait jamais sans raison. Mais ce soir-là, il se disait que peut-être, un couloir vide lui ferait oublier la tempête dans sa tête. Il poussa la porte du hall sans réfléchir.

Et c'est là qu'il le vit. Presque comme une comique ironie.

Riley.

Debout, près du tableau d'affichage. Un groupe d'élèves l'entourait — pas agressivement, mais assez pour créer une barrière naturelle. Il parlait à quelqu'un. Riait même, brièvement. Sa voix douce se détachait du brouhaha ambiant, calme et presque familière. Adrian se maudit intérieurement, jurant contre lui même et cette stupide décision de retourner au lycée sans s'assurer que les couloirs étaient vides. 

Et puis, leurs regards se croisèrent.

Le temps sembla se contracter.

Riley s'interrompit. Son sourire se figea. Il resta immobile une seconde, surpris, presque figé. Comme si voir Adrian ici, en plein jour, sous les néons du lycée, était quelque chose d'impossible. D'interdit.

Adrian, lui, sentit tout son corps se tendre. Il aurait voulu faire demi-tour. Partir. Disparaître. Mais c'était trop tard.

Le hall était animé, bruyant, rempli de regards potentiels. Il n'y avait aucun refuge ici, aucun angle mort. Il était exposé.

Riley esquissa un pas, presque malgré lui. Et Adrian... ne bougea pas.

Il n'y avait ni colère, ni hostilité dans ses yeux. Mais une tension glacée, un mur invisible qu'il reconstruisait à toute vitesse. Il soutint son regard, droit, fermé, et recula d'un demi-pas. Pas assez pour fuir. Mais suffisamment pour dire : pas ici.

Riley s'arrêta.

Un silence pesant s'installa entre eux, malgré les voix autour.
Ils ne parlaient pas. Mais leurs regards disaient beaucoup.

Une voix appela Riley derrière lui. Un camarade. Un banal "Tu viens ?". Il détourna les yeux un instant. Et quand il les reposa sur Adrian...

... il avait disparu. Fidèle à lui-même.

Mais pour la première fois, Riley n'y vit pas une fuite. Juste une défense. Un retard. Et quelque chose lui disait que la prochaine fois... Adrian ne tournerait peut-être pas les talons aussi vite.

Et de son côté aussi, il ne voulait plus fuir. Il était fatigué de rester à distance. D'attendre. Jusqu'ici, il avait observé, respecté les silences, laissé Adrian fixer les limites. Parce qu'il sentait que c'était fragile. Instable. Que la moindre insistance pouvait tout faire exploser. Mais maintenant, il comprenait autre chose. Ce n'était pas du rejet. C'était de la peur. De la confusion. Peut-être même une attente silencieuse qu'il n'avait pas su entendre à temps.

Et il en avait assez de subir. Il voulait avancer. Pas forcer. Pas précipiter. Mais montrer qu'il était là. Pour de vrai. Qu'il n'était pas juste un témoin. Qu'il voulait comprendre.

Il réfléchit un instant, les doigts jouant avec un fil qui dépassait de son sweat. Il ne pouvait pas aborder Adrian devant tout le monde — il le savait. Trop dangereux, trop frontal. Adrian détestait ça. Il avait besoin d'ombre pour respirer.

Mais peut-être... il y avait un autre chemin. 

Un souvenir lui revint : un couloir, proche du bâtiment technique, rarement fréquenté, entre deux rangées de casiers désaffectés. Il y avait déjà croisé Adrian une fois, par hasard. Un endroit parfait pour un contact sans public. Ni enfermé. Ni exposé. Juste... entre les deux.

Il prit une décision.

Riley ne connaissait pas le numéro d'Adrian et n'avait aucun moyen de le contacter, mais il savait ou se trouvait son casier. Il attrapa une feuille et griffonna d'une main incertaine et légèrement tremblante un lieu, date, heure tout en signant de son nom. Il n'avait aucune certitude si Adrian allait répondre à son message, ou pire, s'il n'allait pas briser cette fine limite qu'Adrian avait imposé.

Mais l'envie de le confronter était trop forte.

Avant de retourner en cours, il glissa la feuille à travers les grilles de son casier.

Cette fois, il ne détournerait pas les yeux.

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