Le soleil s'était déjà couché quand Riley poussa la porte de sa chambre.
La journée avait été longue. Silencieuse en surface, mais bruyante dans sa tête.
Les mots de Kyle. Le regard de Nora.
Et cette pensée qui ne le quittait plus : je crois que je l'aime bien. Un peu plus que je l'aurais cru.
Il n'eut pas le temps d'enchaîner.
Parce que quelqu'un était déjà là.
Debout au milieu de la pièce, capuche rabattue, mains dans les poches, les yeux jetant un coup d'œil circulaire autour de lui comme s'il évaluait un champ de bataille.
Adrian.
Riley resta un instant figé dans l'embrasure, les clés encore en main.
— Tu sais qu'il existe des gens normaux qui frappent aux portes ? lança-t-il, à mi-chemin entre la surprise et un sourire.
— Porte mal fermée, j'ai eu qu'à pousser, marmonna Adrian en détournant les yeux.
Riley haussa un sourcil, sceptique. Il savait que la serrure avait cliqué ce matin.
— T'as crocheté la serrure.
— C'est pas la question, éluda Adrian.
— Ah bon ? Et c'est quoi, la question, du coup ?
Adrian prit une légère inspiration, tendue.
— J'ai vu tes bleus. Toi aussi, t'as morflé.
Et j'vais pas te laisser croire que j't'en suis redevable.
Riley cligna des yeux.
— Attends... t'es là pour... me soigner ?
— Ouais. J'ai vu la trousse dans ton tiroir hier. J'vais m'en servir.
Riley ouvrit la bouche, prêt à rétorquer quelque chose.
Mais il se ravisa.
Il n'avait aucune idée de ce qu'il ressentait à l'instant précis.
Entre le trouble sincère, l'envie de rire nerveusement, et cette chaleur dans la poitrine qui commençait à devenir beaucoup trop familière.
Il referma la porte doucement derrière lui. Adrian était déjà penché sur la commode, sortant maladroitement la trousse.
— Tu veux t'asseoir ou j'dois t'attraper comme toi t'as fait avec moi ? demanda Adrian sans le regarder.
— J'vais m'asseoir, va. Pas besoin de reproduire toute la scène.
Il prit place sur le lit, relevant un peu sa manche pour dévoiler la marque violacée sur son avant-bras.
Adrian s'approcha, désinfectant en main, compresse coincée entre deux doigts.
Ses gestes étaient lents, incertains.
Il tapotait, hésitait, faisait tomber le bouchon, le rattrapait maladroitement.
Riley le regardait faire, en silence.
Il ne savait pas ce qui le touchait le plus :
Le fait qu'Adrian s'obstine à le soigner, ou la manière dont il le faisait — comme s'il découvrait tout. Et puis... un sourire lui échappa. Léger, attendri. Presque involontaire.
Adrian le remarqua aussitôt.
— Quoi ?
Sa voix claqua plus fort que prévu. Sur la défensive. Presque vexée.
— Qu'est-ce que t'as ?
Riley sursauta légèrement, puis tenta de calmer la tension d'un ton plus doux.
— Rien. C'est juste que...
Il hésita. Puis se ravisa. Et changea de sujet.
— Je me disais juste... pourquoi t'es aussi maladroit avec la trousse ?
Tu t'en sers jamais ?
Adrian garda le silence une seconde. Puis, sans lever les yeux :
— J'me suis jamais soigné. Pas sérieusement.
Quand t'as l'habitude de prendre des coups, t'apprends à encaisser, pas à réparer.
Un silence.
Et enfin, plus bas :
— Et t'es la première personne que je soigne.
Le cœur de Riley rata un battement.
Il resta muet quelques secondes. Ne savait plus où regarder, ni comment respirer. Puis, doucement :
— Alors... merci.
Adrian haussa une épaule, l'air de rien. Mais son visage, son corps tout entier, trahissait quelque chose de plus fragile.
Un trouble discret. Une gêne rentrée. Une tension qu'il ne savait pas dissiper.
Riley le regarda encore. Plus intensément, cette fois.
Il y avait quelque chose de tellement nouveau dans cette scène.
Pas seulement le fait qu'Adrian soit là.
Mais qu'il soit là pour lui.
Et qu'il s'en sorte mal... mais qu'il essaie quand même.
— C'est bizarre, murmura-t-il.
— Quoi encore ?
— Toi, là, maintenant. À soigner quelqu'un comme un débutant...
Tu sais, c'est presque... mignon.
Adrian leva les yeux, choqué.
— Pardon ?
— Mignon, répéta Riley. C'est pas une insulte, tu sais.
— Dis encore un mot comme ça et j'te refais la compresse avec du sel, menaça Adrian en reposant la bouteille.
Mais il ne s'était pas levé.
Il n'était pas parti.
Et il ne disait pas non.
Et dans le silence qui suivit, leurs regards se croisèrent à nouveau.
Un instant de rien.
Mais quelque chose en eux venait de changer de place.
Quand Adrian se leva enfin, rangeant les compresses un peu trop vite pour que ce soit naturel, Riley ne l'arrêta pas. Mais il demanda, d'un ton doux :
— Tu reviendras ?
Adrian répondit sans se retourner.
— J'te dirai que non.
Mais tu sais très bien que je le ferai.
Et il sortit.
Un silence, puis Riley tomba sur le lit, une main sur le visage.
Après la discussion avec Kyle et Nora, il ne sait même plus comment qualifier ce qu'il ressent envers Adrian. Mais le voir ainsi... Inquiet, ses gestes incertains, ses mots... Il ne sais pas si Adrian veut l'aider, ou veut sa mort.
— Merde. Comme si c'était déjà pas assez compliqué...
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SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
