Chapitre 51 - Ombre naissante

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Le matin était calme. Trop calme. 

Les deux s'étaient finalement endormis. Riley le premier, et Adrian l'avait laissé faire. Une sorte de revanche après qu'il ai lui même squatté le lit de Riley, pensa t-il. Au moins il n'était plus redevable.

Riley s'attendait à ce qu'Adrian soit déjà parti quand il ouvrit les yeux — ou pire, qu'il ait retrouvé son masque distant, indéchiffrable.

Mais non.

Adrian était là.
Assis au bord du lit, en train d'attacher ses bracelets en acier d'un air distrait.
Pas un mot.
Pas une mise à distance.

Comme s'ils avaient toujours été comme ça.

Sur le chemin vers le bâtiment principal, Riley crut d'abord qu'Adrian allait naturellement reprendre son attitude habituelle. Glaciale. Impassible. Intouchable.

Mais non.

Adrian resta à ses côtés. Presque... décontracté.
Et quand leur bras se frôlait, il ne s'écartait pas.

Riley fronça les sourcils, surpris.

Et lorsqu'ils passèrent devant un groupe d'élèves qui les observaient avec une discrétion douteuse, Adrian lança un regard noir, mais resta collé à Riley.

Aucune barrière.

Aucun masque.

Ils s'assirent côte à côte sur un banc, la cour à moitié vide autour d'eux.

Et c'est là que Riley craqua :

— Tu sais qu'on nous regarde, hein ?

Adrian haussa les épaules.

— Ils ont qu'à détourner les yeux.

— C'est pas ce que je veux dire.

Riley s'appuya contre le dossier du banc, le regard tourné vers le ciel.

— Tu fais pas semblant.

— De quoi ?

— D'être distant.
Tu me touches. Tu restes près de moi. T'agis... comme toi.
Mais en public.

Adrian le regarda, un peu perplexe.

— Et alors ?

— Et alors... ça te dérange pas ?

Adrian le fixa, un brin moqueur.

— Tu crois que j'vais me cacher parce que ça rend les gens nerveux ?

Un silence.

— J'ai pas changé de personnalité.
Si j'ai besoin d'être l'Adrian flippant, crois-moi, j'peux le redevenir en deux secondes.

Il esquissa un sourire.

— Mais j'vois pas l'intérêt de jouer un rôle avec toi.

Riley resta bouche bée une seconde. Puis un sourire discret étira ses lèvres.

— T'es... étonnamment logique parfois.

— Et toi étonnamment collant. Mais j'm'y fais.

À ce moment-là, un groupe s'approcha.

Les Lidows.

Adrian sentit Riley se raidir, et il approcha sa jambe légèrement. Un contact. Un rappel. Et un regard discret pour lui assurer qu'il était là.

 Eiger ouvrait la marche, suivi de Blain et, un peu à l'écart, Hoshio.

— Matin les amoureux, lança Blain avec un sourire goguenard.

— Blain, le coupa Eiger sans le regarder.

— Quoi ? J'suis cordial !

Adrian leva un sourcil sans répondre. Riley, lui, se détendit légèrement.

Eiger lui adressa un petit signe de tête amical.

— T'as meilleure mine que la dernière fois, Riley.

— Je suis plus robuste que j'en ai l'air, répondit-il avec un sourire.

Le regard de Riley glissa alors vers Hoshio.

Il s'était arrêté quelques pas derrière les autres, l'air mal à l'aise.
Pas de défi, pas d'agressivité. Juste... de la gêne.

Riley le fixa un instant, puis hocha doucement la tête. Sans sourire, sans mot.
Mais sans colère non plus.

Hoshio sembla presque surpris.
Puis détourna les yeux.

— Adrian, fit Eiger, l'air plus sérieux.
Faut qu'on parle.

Adrian redressa légèrement la tête, tout de suite sur la défensive.

Mais Eiger n'avait pas le ton d'un reproche.

Plutôt... d'une urgence.

— Maintenant ?

Eiger acquiesça.

Adrian se leva sans discuter.
Mais avant de partir, il effleura légèrement l'épaule de Riley en passant, presque machinalement.

Et Riley le suivit du regard, un nœud naissant au creux du ventre.

Les deux s'éloignèrent dans un coin reculé du terrain. Riley resta sur le banc, incapable de détourner les yeux. De là où il était, il ne pouvait pas entendre. Mais il voyait.

L'attitude d'Adrian changea lentement.

Sa posture se referma.
Ses épaules se tendirent.
Ses mains se crispèrent.
Et même si son visage restait impassible... quelque chose venait de retomber sur lui.

Quelques longues minutes passèrent. Puis Riley sentit son téléphone vibrer.

Un message.

« J'dois régler un truc. Je sèche les cours. T'inquiète pas. »

Aucune signature. Mais Riley savait.

Adrian.
Qui disparaissait sans bruit.

Riley fixa l'écran un instant. Lentement, ses doigts se refermèrent autour du téléphone. Et dans sa poitrine, une certitude se forma :

Quelque chose arrive.

Et cette fois encore... il allait devoir être prêt.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant