Chapitre 46 - S'allonger enfin

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Ils n'avaient pas bougé depuis plusieurs minutes. Assis côte à côte, toujours dans ce recoin calme et oublié de l'hôpital, l'un contre l'autre. 

Adrian s'était lentement laissé glisser contre le mur, étirant ses jambes avec un soupir fatigué. Riley l'avait imité, à moitié par solidarité, à moitié parce que son corps réclamait une pause.

Leurs épaules se touchaient encore.

Et cette fois, personne ne bougeait pour l'éviter.

— C'est bizarre, souffla Adrian, la voix plus douce qu'à l'accoutumée.

— Quoi ?

— De parler de lui comme si c'était pas moi.

Riley tourna la tête, curieux.

— Elias, tu veux dire ?

Adrian hocha lentement la tête.

— J'ai l'impression de raconter l'histoire de quelqu'un d'autre.
Un gosse qui aurait vécu ça... et que j'ai laissé derrière.
Enterré.

Il passa une main dans ses cheveux, comme pour chasser une pensée.

— Parfois, j'me demande si j'me suis pas un peu divisé en deux, ce jour-là.
Y a Adrian, qui avance, qui frappe, qui garde tout à l'intérieur.
Et y a Elias...
qui est resté là-bas.

Il haussa les épaules.

— Peut-être que c'est plus facile de se faire croire que c'est pas moi.
Que c'était un cauchemar.
Un autre.

Riley le regardait, attentif. Puis il glissa doucement sa tête contre le mur, à son tour.

— Et si j'aimais bien les deux ?

Adrian tourna la tête, surpris.

— Quoi ?

— Adrian. Elias.
Tu peux bien t'appeler comme tu veux...
T'as été les deux avec moi.

Un silence.

— Et j'vois pas pourquoi je devrais choisir.

Un petit sourire se dessina au coin des lèvres d'Adrian.

Il secoua doucement la tête, un peu las, un peu attendri.

— T'as vraiment un sacré instinct de survie, toi.

— Hein ?

— Bah ouais.
T'es tombé amoureux du type le plus instable, le plus asocial, et le plus difficile à approcher de ce foutu lycée.

Adrian blaguait, même si son ton n'était pas si ironique. Il fixa Riley, mi-moqueur, mi-sérieux.

— Tu tiens pas tant que ça à ta tranquillité, non ?

Riley haussa un sourcil, un sourire discret aux lèvres.

— Oh, c'est pas que de l'instinct de survie.

— Non ?

— Non.
Y a aussi... autre chose.

Adrian cligna des yeux.

— Genre ?

Riley le regarda dans les yeux.
Il n'y avait plus de peur.
Plus de retenue.

— Tu l'as dit toi même. Mais moi je ne blague pas.

Adrian resta figé une seconde, clignant des yeux de manière répétitive, comme si il venait de réaliser le sous entendu. Puis il détourna légèrement le regard. Passant une main sur son visage.

Mais il ne s'éloigna pas. Au contraire.

Il se rapprocha.

Juste assez pour que sa tête vienne se poser, très lentement, contre l'épaule de Riley.

— Tu vas t'habituer à moi, souffla Riley.

— T'es déjà partout.
J'crois que c'est déjà foutu.

Un silence. Apaisé. Rond. Plein.

Adrian laissa ses yeux se fermer doucement.

— Tu restes, hein ?

Riley hocha la tête.

— Toujours.

Et c'est là, dans ce coin sans bruit, sans lumière, sans attente, qu'Adrian s'autorisa enfin à s'endormir.

Contre Riley.
Contre tout ce qui aurait dû l'empêcher de respirer.

Et cette nuit-là, il rêva... 

sans cauchemar.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant