Chapitre 9 - Retour

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          La nuit avait laissé des traces sur lui.
Mais Adrian, comme toujours, faisait comme si de rien n'était.

Il avait retrouvé les autres au petit matin, à l'entrée d'un vieux local désaffecté qu'ils utilisaient parfois comme point de ralliement. Les Lidows. Les seuls qu'il tolérait. Les seuls qu'il appelait, parfois, son "groupe".

Eiger, fidèle à lui-même, avait simplement haussé un sourcil en le voyant revenir amoché. Hoshio, lui, avait explosé de colère sans chercher à comprendre. Blain avait grogné un simple "putain", les bras croisés.

Ils n'avaient posé qu'une seule question.

— Qui ?

Adrian avait haussé les épaules. Évasif. Froid.
Un regard. Un "ça n'a pas d'importance".
Ils n'avaient pas insisté.

Mais ils avaient compris l'essentiel : il avait été exclu, et il avait été attaqué pendant qu'il était forcé de rester dehors. Ce détail seul avait suffi à faire bouillonner leur colère. La vengeance n'avait pas tardé.

Ils s'étaient glissés dans l'établissement avant même le lever du jour. Ils connaissaient les failles du système, les angles morts des caméras, les horaires approximatifs des surveillants. C'était leur terrain de jeu. Et ce matin, le jeu était simple : rendre la monnaie de leur pièce.

Des casiers renversés. Des bureaux retournés. Des tags agressifs dans la salle de repos du personnel. Et surtout : la porte du local des surveillants, défoncée d'un coup de pied par Blain, éclatée contre le mur. Une frappe sèche, rapide, précise.

Hoshio riait nerveusement, en gribouillant une insulte au feutre sur le tableau d'affichage.

— Bien fait pour leurs gueules, lâcha-t-il. C'est ça qui arrive quand on vire notre chef comme un chien et qu'il finit en sang dans une ruelle.

Personne ne releva. Mais tous comprirent.

Adrian, silencieux, gardait les bras croisés. Ses yeux balayaient la pièce comme s'il cherchait quelque chose à frapper. Ou peut-être à fuir. Mais il ne disait rien. Il n'avait pas besoin. Sa présence suffisait.

Quand ils eurent terminé, ils disparurent par une sortie secondaire, laissant derrière eux le chaos comme une signature silencieuse. Aucune preuve physique que ce soit eux, comme pour se couvrir, mais tous sauraient qui était derrière ce chaos.

Ils finirent chez Eiger, dans une vieille maison isolée que ses parents laissaient souvent vide. Un repaire occasionnel, calme et discret. Un canapé râpé, des volets à moitié fermés, et une odeur de tabac froid mêlée à celle du cuir vieilli.

Adrian s'était installé dans un fauteuil, le regard vide. Il répondait par des gestes, des monosyllabes. Hoshio racontait avec agitation comment il avait failli tomber nez à nez avec un surveillant. Blain lançait parfois une vanne sombre. Et Eiger, comme toujours, restait dans un coin, observateur silencieux.

Mais Adrian n'écoutait plus. Ses pensées dérivaient. Il revoyait la chambre. Le regard clair de Riley. Le coton imbibé de sang. Et ce prénom qu'il avait laissé glisser de sa bouche comme une fuite d'eau.

Adrian. Il avait dit son nom. Il s'était laissé soigner.

Il serra les poings.

— T'es bizarre, aujourd'hui.

La voix de Blain le ramena brutalement à la réalité.

— Quoi ? grogna-t-il, sans le regarder.

— Je dis que t'es bizarre. Tu fixes le vide comme si t'avais vu un fantôme.

Adrian tourna lentement la tête vers lui, les mâchoires serrées. Il planta ses yeux dans ceux de Blain, tranchants.

— T'as un problème ?

Blain haussa un sourcil, mais ne répondit pas. Il n'était pas du genre à reculer, mais il savait aussi quand ne pas insister. Le silence retomba.

Adrian se leva brusquement, sans prévenir. Il avait besoin d'air. De mouvement. D'adrénaline. N'importe quoi pour faire taire ce vacarme intérieur.

— J'vais fumer, lâcha-t-il.

Et il sortit, la porte claquée derrière lui. Mais même dehors, dans l'air froid, il n'arrivait pas à se débarrasser de l'image. Un regard doux dans une chambre silencieuse. Une main tendue. Un prénom soufflé. Et il se répéta, comme un mantra brisé :

Ce n'était rien. Ce n'était rien. Ce n'était rien.

Mais il savait que c'était faux.

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