Chapitre 21 - Ce qu'on montre

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          La cafétéria du lycée était pleine à craquer.
C'était l'heure de pointe. Des rires, des plateaux qui s'entrechoquent, des conversations bruyantes.

Riley s'était trouvé une place avec Nora et Kyle, comme toujours. Ils discutaient à voix basse, entre deux bouchées de frites. Lui, pourtant, ne suivait que d'une oreille. Ses yeux dérivaient malgré lui vers l'entrée. Une intuition ? Un coup du sort ? C'est là qu'il le vit.

Adrian.

Entrant seul, les mains dans les poches de son sweat noir. Comme un fragment d'ombre glissé dans un décor trop lumineux. Ce n'était pourtant pas dans ses habitudes de se rendre au réfectoire...

Son regard balaya la salle une fraction de seconde.

Puis il le vit, lui aussi. Riley s'attendait à ce qu'Adrian l'ignore. Qu'il passe. Qu'il fasse comme d'habitude. Mais non. Son cœur se serra, mais il ne détourna pas les yeux. Son regard était assez persistant pour créer une tension dans l'air. Une tension silencieuse mais suffisamment forte pour que cela se remarque.

Adrian fronça les sourcils et détourna la trajectoire de ses pas.
Pas brusquement. Juste... assez pour que ce soit volontaire.

Il traversa la pièce comme s'il écrasait l'air autour de lui, les conversations s'estompant à son passage, les regards suivant ses mouvements comme attirés malgré eux.

Il s'arrêta à quelques pas de leur table.
Juste assez près pour imposer sa présence.
Trop près pour que ce soit un hasard.

Kyle haussa un sourcil, tendu. Nora, plus lucide, le fixa sans un mot, le regard méfiant.

— Riley, grogna Adrian, sans le regarder vraiment.

Un silence tendu s'installa.

— J'peux te parler ?

Pas une question. Une décision.

Riley se leva sans un mot. Il sentit Nora effleurer son bras au passage, comme pour lui demander silencieusement : Ça va aller ?
Il répondit d'un hochement de tête bref.

Adrian s'éloigna vers un coin du réfectoire moins bondé, là où une porte de service restait souvent entrouverte. Riley le suivit.

Quand ils furent seuls, dos aux regards, Adrian s'arrêta enfin. Il gardait la tête haute, le visage fermé. Mais il ne le regardait pas vraiment.

— C'était pas malin, souffla-t-il.

— Quoi ? d'avoir levé les yeux vers toi ?

— D'pas faire semblant. De pas jouer le jeu.

— Tu veux que je fasse semblant ? demanda doucement Riley.

Un silence.

Adrian planta enfin son regard dans le sien. Et Riley vit tout de suite la fatigue dans ses yeux.
Pas physique. Émotionnelle.

— J'veux que t'arrêtes de me regarder comme si j'étais autre chose que ce que je suis.

— Et qu'est-ce que tu es, Adrian ?

Le prénom tomba comme une provocation douce.
Adrian recula légèrement, pas assez pour fuir, juste... par réflexe.

— Quelqu'un que t'as pas envie d'avoir dans ta vie.

— C'est un peu tard pour ça.

Un silence. Puis un éclat de voix au loin. Des élèves s'approchaient du coin, curieux, bruyants.

Adrian grogna. Il jeta un œil à la porte entrebâillée. Trop ouverte. Trop de regards.

Alors, sans prévenir, il attrapa Riley par le poignet et l'entraîna dans un petit renfoncement juste à côté, invisible de la salle. Un geste rapide, précis. Pas doux. Mais pas brutal non plus.

Il le lâcha aussitôt. Les deux se retrouvèrent dos au mur, à quelques centimètres l'un de l'autre.

Adrian parlait bas, presque entre ses dents.

— Tu fais chier, Riley. Tu t'incrustes. Tu bouges pas. Tu m'fais flipper.

— T'as peur de moi ?

— Non. De moi, quand t'es là.

Un souffle suspendu.

Adrian recula à peine, redressa les épaules, comme s'il venait de dire beaucoup trop.

— Je veux juste qu'on pense que t'as rien à voir avec moi, termina-t-il. Que t'es pas en train de devenir une putain de faiblesse.

Riley retint une réplique. Et sourit. Juste un peu.

— Trop tard aussi pour ça, je crois.

Adrian leva les yeux au ciel, frustré, puis jeta un coup d'œil vers la sortie.

— Tu devrais retourner à ta table, dit-il. Avant qu'on commence à te poser des questions.

— Et toi ?

— J'vais continuer à prétendre que j'sais pas ce que j'fous là.

Un dernier regard. Fuyant. Mais plus doux que d'habitude. Et il disparut dans l'ombre, à pas rapides. Mais cette fois, il n'avait pas l'air de vouloir fuir pour de bon.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant