Chapitre 48 - Hoshio

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La cour semblait s'être vidée autour d'eux.
Comme si le monde entier avait compris qu'il ne devait pas interférer.

Adrian marcha d'un pas lent vers Hoshio. Chaque foulée pesait comme une menace. Son regard restait fixe. Glacial.

Hoshio ne bougea pas. Pas un recul. Pas une esquive. Il resta adossé au mur, les bras croisés sur sa poitrine meurtrie. Une écharpe soutenait son bras cassé. Un pansement barrait sa pommette. Des ecchymoses remontaient jusque sous ses yeux.

Et pourtant...
Il soutint le regard d'Adrian avec la même fierté blessée.

Ils restèrent là, à quelques mètres l'un de l'autre.
À s'étudier.
À s'affronter en silence.

— Alors, lâcha Hoshio d'un ton acerbe, t'es venu finir le boulot ?

Adrian ne répondit pas tout de suite.

Il détailla les marques qu'il avait laissées.
Son estomac se contracta légèrement.

Pas par peur. Pas par honte.

Par dégoût.

Pas contre Hoshio.
Contre lui-même.

— J'suis pas là pour ça.

La voix d'Adrian était rauque.
Presque lasse.

— Ah ouais ? siffla Hoshio.
Alors c'est pour quoi ? Pour me regarder comme un trophée ?

Un silence.
Tendu.
Tranchant.

Puis Adrian parla, les mots arrachés à la gorge.

— J'aurais jamais dû en arriver là.

Hoshio éclata d'un rire bref, amer.

— Bien sûr que si.
T'étais furax. T'avais besoin de cogner. Et j't'ai donné une excuse parfaite, hein ?

Un sourire sans joie étira ses lèvres.

— Ça t'arrangeait bien.

Adrian serra les poings.
Pas pour frapper.

Juste pour tenir debout.

— T'es pas un saint non plus, Hoshio. L'oublies pas.

Un silence, puis un souffle.
À peine audible.

— Mais c'était pas sensé être toi...

Adrian baissa les yeux vers ses mains, une expression plus grave.

— J'voulais pas...
Pas toi.

Hoshio haussa les épaules, mais son masque de provocation glissa un peu.

— Fallait y penser avant de me broyer les côtes.

— J'suis pas fier de moi, Hoshio.
Pas pour ça.

Un silence.

— Pas pour ce que j't'ai fait.

Leurs regards se croisèrent à nouveau. Et cette fois, ce ne fut pas de la haine qui brûla entre eux.

Ce fut autre chose.

Quelque chose de plus ancien.
De plus douloureux.

— T'as changé, Adrian.

La voix d'Hoshio n'était plus moqueuse.

— Depuis qu'il est là. Depuis que tu l'as laissé entrer.
T'es plus...
toi.

Un silence.

— J'ai vu ce que ça faisait quand t'essayais d'oublier.
Quand tu serrais les poings pour pas imploser.

Il baissa la tête un instant.

— J'ai essayé de rester. De t'aider.
De porter avec toi.

Il releva les yeux.

— Mais j'suis pas Riley.
Et j'le serai jamais.

Le cœur d'Adrian se serra.
Il ne s'était jamais préparé à entendre ça.
Pas de la bouche d'Hoshio.
Pas comme ça.

Il s'avança d'un pas.

— J'te dois plus que tu crois, Hoshio.

Un silence.

— T'as été là quand personne d'autre l'était. Quand j'étais qu'un môme paumé qui savait que cogner ou crever.

Il pinça les lèvres.

— Sans toi. Sans Eiger. Sans Blain.
J'sais même pas si j'aurais tenu.

Hoshio le fixa.
Ses traits, d'abord tendus, se détendirent légèrement.

— Alors pourquoi...?

La question resta suspendue.

Pourquoi Riley ?
Pourquoi maintenant ?

Adrian inspira doucement.

— Parce qu'il me fait croire que j'ai le droit d'être plus que ça.

Il désigna vaguement ses poings.

— Plus que la rage. Plus que la peur.
Plus que le vide.

Un silence lourd.

Puis Adrian esquissa un sourire sans joie.

— Ironique, hein ?
Vu l'état dans lequel je t'ai mis.

Son regard tomba sur les blessures d'Hoshio.

Et pour la première fois,
il laissa filtrer la honte.

Hoshio le vit.

Et étrangement, il rit.

Un vrai rire.
Cassé, rauque, mais authentique.

— T'es con, Elias.

Le vrai prénom, craché sans haine.
Presque affectueux.

— On est tous cabossés ici.
On sait que parfois, on cogne parce qu'on sait pas comment parler.

Il grimaça en se tenant les côtes.

— Enfin, t'aurais pu m'épargner un peu quand même, enfoiré.

Adrian souffla, un sourire au coin et Hoshio arbora un sourire plus doux.

— Mais j'avoue que je l'ai bien cherché.

Un silence. Puis il reprit, plus sérieusement :

— Juste... promets-moi de pas devenir un putain de fantôme pour nous.

Il passa une main dans ses cheveux en bataille.

— Même si t'es pas comme avant. Même si tu changes.

Il planta son regard dans celui d'Adrian.

— Reste avec nous.

Adrian resta figé une seconde. Puis hocha lentement la tête.

— J'vous quitte pas.
J'apprends juste à respirer autrement.

Un dernier silence.
Plus lourd d'émotions que mille discours.

Ils se rapprochèrent, sans un mot.
Un simple choc d'épaules.
Juste un geste. Un lien retissé.

Quand ils se séparèrent, quelque chose avait changé.

La rancune s'était fanée.
La colère s'était éteinte.

Il ne restait que deux garçons.
Cabossés.
Fidèles.
Vivants.

Et dans un coin de la cour,
à quelques mètres de là,
Riley observait, un sourire discret sur les lèvres.

Parce qu'il avait compris :

Ce n'était pas "lui ou eux".
C'était lui et eux.

Et pour la première fois depuis longtemps,
Adrian avait le droit d'appartenir à plus d'un monde.

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