— Tu comptes faire quoi maintenant ? Laisser derrière toi un autre champ de ruines ?
Ou juste raser ce qu'il reste ?
La voix d'Eiger claqua dans le couloir comme un coup de feu.
Adrian s'était figé en l'entendant.
Pas surpris. Juste... résigné.
Il ne se retourna pas immédiatement.
Mais ses poings se contractèrent dans les poches de sa veste.
— T'étais censé rester avec lui, murmura-t-il sans lever les yeux.
— Et toi, t'étais censé ne pas perdre le contrôle.
Je crois qu'on est tous les deux un peu décevants aujourd'hui.
Un silence.
Puis Adrian soupira. Lentement.
— Si t'es venu pour me faire la morale...
— Je suis pas venu pour te faire la morale. Je suis venu te rappeler ce que t'es en train de redevenir.
Adrian se tourna enfin.
Son regard était noir. Pas de colère.
De fatigue.
— J'ai réagi. C'est tout.
— Non, t'as explosé. T'as laissé cette chose-là ressortir. Celle que t'essaies d'enterrer depuis des mois.
Il fit un pas dans sa direction.
— Et c'est pas moi que t'essaye convaincre, Adrian. C'est toi-même.
Adrian serra les dents.
— J'le regrette pas.
— T'as pas besoin de me dire que tu le regrettes. Je l'ai vu dans ton regard. T'as pas arrêté de trembler pendant cinq minutes après. Et maintenant tu marches comme un type qui cherche pas une issue, mais une punition.
Eiger marqua une pause.
Le ton s'adoucit à peine.
— C'est pas juste ce que t'as fait à Hoshio, que j'essaie de te faire voir.
C'est ce que t'as laissé sortir. La haine, la rage... le vide. Celui qu'on croyait plus là.
Adrian le fixa un instant.
— Tu crois que ça disparaît, ce genre de truc ?
Tu crois qu'il suffit d'un mec au regard gentil pour... pour tout réécrire ?
Il détourna les yeux, le souffle coupé.
— J'ai essayé, Eiger. J'te jure que j'ai essayé. Mais j'ai l'impression d'être... un interrupteur. Un jour j'suis humain, et le suivant... j'fais ça. J'frappe jusqu'à plus rien sentir.
Un silence.
— Et Hoshio ? finit-il par demander.
— Côtes pétées, contusions, arcade ouverte... Mais il est pas mort. Même si pendant un instant, j'ai cru que t'allais le tuer. Il est réveillé dans une chambre pas loin.
Adrian passa une main sur son visage.
Ses traits étaient tirés, et son regard... plus vieux que son âge.
Eiger s'adossa au mur, observant son ami.
— Il a eu peur, tu sais. Hoshio. Et pas juste du sang ou de la douleur. Il a eu peur de toi. Vraiment.
Un silence.
— Et moi aussi, un peu.
Adrian releva les yeux.
Et pour la première fois depuis des jours, il avait l'air désarmé.
— Est-ce que tu penses... que j'suis irrécupérable ?
Eiger sourit tristement.
— J'pense que t'as longtemps cru que tu l'étais.
Et qu'on t'a aidé à le croire.
Un battement.
— Mais ce qui m'prouve que tu l'es pas, c'est que t'es encore là.
À m'écouter. À culpabiliser. À trembler de foutre tout en l'air. Et peut être que ce garçon y est pour quelque chose.
Adrian inspira profondément.
— J'ai vu son visage. Quand je suis entré.
Riley.
Il secoua la tête.
— Et tout en moi s'est effondré d'un coup.
J'ai senti que... j'étais à une seconde de plus de silence, une seconde de plus sans lui, et voilà le résultat. Plus rien n'aurait pu me ramener.
Eiger posa une main sur son épaule.
— Alors retourne le voir.
— C'est ce que j'allais faire, dit Adrian.
Un petit silence s'installa.
— J'viens avec toi. Je veux voir comment il va.
Ils reprirent leur marche ensemble, côte à côte, plus lentement.
Adrian respirait plus fort.
Pas à cause de la fatigue.
Mais de l'angoisse.
Une dernière fois, il murmura :
— J'ai peur d'avoir tout foutu en l'air, que ce soit déjà trop tard.
Et Eiger, d'une voix calme :
— Alors regarde-le dans les yeux. Et tu sauras.
Mais quand ils franchirent la porte de la chambre...
Tout s'arrêta.
Riley était là, redressé dans son lit. Faible, mais bien conscient. Et en face de lui, debout, une main crispée autour de la barrière de lit...
Hoshio.
Bandé. Le visage marqué. Mais debout. Présent.
Et le regard qu'il lançait à Adrian en disait long :
il n'en avait pas fini.
La pièce se figea.
Eiger s'arrêta. Adrian aussi.
Et Riley, entre les deux, savait que quelque chose allait se dire.
Et qu'après ça...
plus rien ne serait comme avant.
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SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
