Riley avait passé la matinée comme un automate.
Cours après cours, il avait écouté sans entendre, noté sans lire, répondu sans réfléchir. Son corps était là, assis sur sa chaise, les yeux tournés vers le tableau. Mais son esprit, lui, restait suspendu ailleurs. Dans une chambre, entre des silences partagés et des regards évités.
Il ne l'a pas revu depuis. Cela semblait fini.
Mais il n'y croyait pas.
Il avait ce pressentiment étrange, persistant, que ce n'était que le début.
Un chapitre ouvert à vif.
Après les cours, il prit l'habitude de passer par l'arrière du bâtiment principal, un raccourci qu'il utilisait parfois pour éviter la foule. Le chemin était plus étroit, un peu crasseux, bordé de vieux murs en briques et de conteneurs métalliques qui résonnaient au moindre coup de vent.
C'est là qu'il le vit.
Hoshio, même si il ne connaissait pas son nom.
Appuyé contre le mur, un pied posé contre les briques, les bras croisés sur un hoodie délavé. Cheveux décolorés ébouriffés, regard vif, nerveux. Il mâchait un chewing-gum avec une lenteur presque provocante. Le cœur de Riley battit un peu plus vite, mais il ne montra rien. Il ralentit à peine. Hoshio leva les yeux au moment où il passa.
— Tiens donc, murmura-t-il, un sourire en coin. Voilà le type qui héberge les miraculés.
Riley s'arrêta. Juste un instant. Pas par peur. Pas par défi non plus. Plutôt... par instinct. Comment était-il au courant pour lui et Adrian ?
— Je ne vois pas de quoi tu parles, dit-il simplement, le ton neutre.
— C'est pas la peine, je parle tout seul apparemment, répondit Hoshio en se redressant.
Il fit un pas vers lui, lentement. Riley ne bougea pas. Il savait comment ces gars-là fonctionnaient. La provocation était leur terrain de jeu. Il suffisait de ne pas mordre à l'hameçon. Mais il restait sur ses gardes.
— Tu sais, c'est rare qu'un mec comme toi croise la route d'un de nous sans finir dans un casier, continua Hoshio, les mains dans les poches. Encore plus rare que quelqu'un s'en sorte... vivant.
Il s'approcha à nouveau. Pas agressivement. Pas encore. Mais trop près pour que ce soit confortable.
— Il t'a rien dit, hein ?
Riley soutint son regard. Il n'était pas stupide. Hoshio parlait d'Adrian. Il voulait le tester. Il voulait voir s'il allait balancer, paniquer, mentir.
— Il m'a rien dit parce qu'il voulait rien dire.
Un battement. Hoshio le fixa quelques secondes, puis il éclata d'un petit rire sec.
— T'as des couilles, je te l'accorde.
Il recula d'un pas, le regardant toujours avec cet éclat étrange. Pas vraiment hostile. Pas amical non plus. Quelque chose d'incertain. D'instable.
— Fais gaffe, Riley. On n'aime pas les mecs qui se croient dans un conte de fées. Adrian... c'est pas un prince qu'on sauve. C'est un monstre qu'on réveille.
Et sur ces mots, Hoshio tourna les talons et s'éloigna, les mains dans les poches, sifflotant une mélodie fausse et décalée. Riley resta planté là un instant, le souffle suspendu.
Il connaît mon nom.
Il s'y attendait. Mais l'entendre prononcé comme ça, dans cette bouche-là, avait quelque chose d'irréel. Il reprit sa marche. Plus vite.
Hoshio avait raison sur une chose. Adrian n'était pas un prince. Mais il n'était pas un monstre non plus.
Il était simplement quelqu'un qu'on n'avait jamais laissé choisir ce qu'il voulait être.
VOUS LISEZ
SILVER
RomanceEt si l'attirance naissait dans les zones d'ombre ? Riley, 17 ans, discret et observateur, connaissait les règles du lycée : éviter les ennuis, rester dans sa bulle et ne jamais croiser le chemin des Lidows, le groupe de délinquants le plus craint d...
