Chapitre 19 - Ce qu'on voit

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          Le matin était gris, couvert d'un voile laiteux. Un de ces jours où le ciel semblait refuser d'exister pleinement. Et Riley, lui, n'arrivait pas à penser à autre chose. La soirée d'hier lui devenait comme un disque rayé qui tournait en boucle, il ne parvenait pas a oublier. Et depuis qu'il était entré dans la cour, ses yeux cherchaient une seule silhouette.

Il faisait semblant d'écouter Kyle. De hocher la tête à une blague.
Mais son regard glissait, encore et encore, vers un coin précis. Puis il le trouva.

Adrian.

Adossé au mur extérieur du bâtiment de sport, capuche baissée, une cigarette entre ses phalanges. Comme d'habitude. Mais quelque chose clochait. Son expression, cette solitude, ce regard essayant de cacher quelque chose de plus profond. Riley mit quelques secondes à comprendre quoi.

Ses mains.

Une fine coupure sur l'articulation. Une ecchymose violacée sur la paume.
Riley plissa les yeux. La veille, il l'avait vu frapper un mur.
Mais pas de quoi justifier ce genre de marques.

Et puis, il se rappela.

Les premières blessures. Celles qu'il avait déjà vues, en secret. Sur ses côtes. Son visage. Un frisson lui parcourut l'échine. Il ne savait pas pourquoi, mais quelque chose en lui se resserra.

Et Adrian, sans lever la tête, savait déjà. Au loin, il sentait ce regard. Cette attention. Et il détestait ça. Il releva lentement les yeux. Croisa ceux de Riley. Qui ne les détourna pas.

Un duel silencieux.
Puis, il bougea.

D'un pas lent mais assuré, Adrian écrasa sa clope au sol et traversa la cour. Les élèves s'écartaient légèrement sur son passage, comme d'instinct. Et Kyle, le voyant arriver, s'éloigna à son tour. Des regards fuyants, trop méfiants pour oser se confronter à lui. Un seul osait le faire... Il arriva devant Riley et s'arrêta trop près. L'ombre de sa capuche masquait à moitié ses yeux, mais son ton, lui, était tranchant.

— Tu me flique, maintenant ?

Riley ne broncha pas.

— Je t'observe. C'est pas pareil.

— J'aime pas qu'on me regarde comme ça.

— Comme quoi ?

Un battement.

— Comme si tu pensais que tu pouvais lire à travers moi, grogna Adrian.

— Je regarde juste ce que tu laisses paraître, murmura Riley.

Il baissa brièvement les yeux.
Vers ses mains.

— T'es blessé.

Adrian crispa la mâchoire.

— J'ai cogné un mur. Ça t'va ?

— Tu mens.

Simple. Franc.

Adrian avança encore d'un pas.
Son torse effleura presque celui de Riley. Son regard était brûlant, dur, volontairement menaçant.

— Tu crois tout savoir, hein ? T'as vu deux trucs, t'as touché un peu de sang et maintenant tu crois que tu me cernes ?

— Non, répondit Riley sans reculer.
Mais je vois que t'as mal. Et que tu fais tout pour que personne ne le remarque.

Un silence. Coupant. Adrian voulait le repousser. L'humilier. Briser cette proximité. Mais il ne trouvait pas les mots. Pas ceux qui blesseraient juste assez pour le faire taire. Et au fond de lui, une part hurlait : 

Pourquoi est-ce que tu restes ?

Riley baissa les yeux vers ses mains à nouveau. Puis, plus doucement :

— Tu veux pas que je regarde ? Alors arrête de me montrer des blessures que tu caches mal.

Adrian ne répondit pas. Riley leva les yeux vers lui, cette fois plus doucement. Moins frontal.

— Laisse-moi t'aider. Rien de plus.

Adrian détourna le regard. Ses épaules restaient tendues. Mais il ne bougeait pas.

— Je veux pas qu'on me touche, souffla-t-il, presque malgré lui.

— Alors je toucherai que ce qu'il faut. Je peux le faire sans parler. Sans poser de questions.

Adrian serra les dents. Hésita.

Puis, dans un souffle, comme un aveu de fatigue :

— T'as intérêt à faire ça vite.

Et il tourna les talons.
Mais cette fois... il l'attendit.

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