Chapitre 52 - Ombre du passé

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La porte se referma derrière eux avec un bruit sourd. Le claquement résonna dans le couloir désert.

Adrian ne dit rien.
Pas un mot.

Il avançait, chaque pas pesant, comme si le simple fait de bouger l'empêchait d'exploser.

Eiger marchait à côté de lui, plus lentement, jetant des coups d'œil prudents vers lui.
Comme s'il savait que la moindre étincelle pourrait tout faire déraper.

Ils s'éloignèrent du bâtiment principal. Passèrent par les chemins dérobés qu'ils connaissaient par cœur. Jusqu'à rejoindre un petit parc abandonné derrière l'internat.

Un endroit sans oreilles indiscrètes.
Un endroit pour les vérités qui font mal.

Adrian s'adossa à un vieux lampadaire éteint.
Les bras croisés.
Le visage fermé.

— Alors ?

La question claqua dans l'air froid.

Brève.
Rasoir.

Eiger s'appuya contre le mur en face.
Il hésita une seconde.

Puis il parla.

— Elle est là.

Trois mots.
Rien de plus.

Mais pour Adrian, c'était un coup de poignard en plein ventre.

Il sentit ses doigts se crisper contre ses bras. Son corps entier se tendit, comme s'il se préparait à une guerre qu'il pensait pourtant avoir déjà enterrée.

— Elle a été vue, continua Eiger,
près du centre-ville.
Pas loin de l'ancienne gare.

Un silence.

— Elle a posé des questions sur toi.

Adrian ferma les yeux une seconde.
Juste une.
Le temps d'avaler la bile amère qui lui remontait.

Quand il les rouvrit, son regard était devenu... glacial.

— T'es sûr que c'est elle ?

La voix d'Adrian était basse, presque calme.
Presque.

Eiger hocha lentement la tête.

— Ouais. Y a pas de doute.

Un nouveau silence.

Puis, plus doucement :

— Elle sait que t'es ici, Elias.

Le prénom claqua dans l'air comme une gifle.

Pas Adrian.
Pas le masque.

Elias.

Le gamin qu'il avait enterré sous des tonnes de colère, de culpabilité et de peur.

Adrian serra les mâchoires si fort qu'il sentit une douleur remonter dans sa tempe.

— Putain...

Un murmure.
Presque inaudible.

Il frappa brutalement le lampadaire du poing. Le métal vibra sous l'impact, mais Adrian ne sembla même pas sentir la douleur.

— J'l'avais enterrée, bordel...
J'avais tout effacé.

Sa voix tremblait à peine.

À peine.

Eiger ne répondit pas tout de suite. Il savait que parfois, les mots faisaient plus de mal que le silence.

Finalement, il murmura :

— Tu savais que ça arriverait un jour.

— Pas maintenant.

Pas alors qu'il commençait à construire quelque chose.
Pas alors qu'il commençait à respirer.

Pas alors qu'il commençait à croire...
à croire en lui.
À croire en eux.

Adrian poussa un juron étouffé.

Il se détourna brutalement, fit quelques pas, comme un fauve en cage.

— Elle veut quoi ?
Cracher encore plus de merde sur moi ?
M'enterrer pour de bon ?

Sa voix vibrait d'une colère froide.
Pas explosive.
Pas théâtrale.

Non.

Une colère dangereuse.

Eiger secoua la tête.

— On sait pas.
On sait juste qu'elle est là.
Qu'elle cherche.

Un silence.

— Et que tôt ou tard... elle va te retrouver.

Adrian rit sans joie.

— Me retrouver ?

Il se tourna, les yeux brillants de rage contenue.

— Elle m'a jamais vraiment perdu.

Il se passa une main fébrile dans les cheveux.

— J'peux pas laisser ça me tomber dessus maintenant, Eiger.
Pas maintenant.

Un silence lourd.

Eiger le fixa, sérieux.

— Qu'est-ce que tu comptes faire ?

Adrian le regarda droit dans les yeux. Un éclat dur, meurtri, indomptable.

— Ce que j'ai toujours fait.

Un souffle.

— Survivre.

Et, sans ajouter un mot, il tourna les talons.

Son ombre s'étirait sur l'asphalte.
Longue.
Tordue.

Comme si même la lumière avait peur de le toucher.

Mais au fond de son être, Adrian le savait :

Cette fois-ci, il n'était pas seul.

Et il ignorait encore si cela le sauverait...

... ou le briserait.

SILVERDes histoires addictives. Découvrez maintenant