Tout cela ne peut pas être réel. Delph n'a eu le temps de retrouver Léandre que quelques secondes avant qu'on ne lui reprenne aussitôt. Ce n'était pas assez, elle avait besoin de passer plus de temps avec lui, elle avait besoin de plus de lui, elle avait besoin de lui.
Et là on l'emmène loin d'elle et elle ne sait pas pour combien de temps. Si tout se déroule mal, il est possible que ce soit pour toujours. Non c'est impossible, on ne peut pas lui prendre Léandre, pas après Lou. Delph ne demande pas grand-chose, seulement deux personnes, ce n'est vraiment rien. Et pourtant, le destin décide de les lui prendre.
Mais tout n'est pas perdu. Delph a appris durant sa courte vie qu'il ne faut jamais juger avant que le destin ne soit scellé. Peut-être que tous les signaux poussent à croire que Delph ne reverra plus jamais les deux personnes qu'elle aime, mais rien n'est encore perdu. Elle se battra, elle retrouvera Lou et elle innocentera Léandre.
Par où commencer ? L'esprit de Delph se mélange, il n'est pas doué pour gérer tout ce flux d'émotions. Elle a besoin d'aide, et maintenant une seule personne peut lui offrir, Hermine. Elle est la dernière personne qu'elle connaisse à présent. Elle a peur de l'importuner, mais elle sait qu'elle pourra l'aider et cela est plus important que sa timidité.
Quand elle frappe à la petite porte du bureau, elle est soulagée de ne pas tomber, une fois encore sur une pièce vide. La douce Hermine se tient derrière son bureau et l'accueille avec un sourire triste mais qui essaye d'être chaleureux.
— Oh ma chère Delph, comment s'est passé votre entretien avec la police ?
Rien que le rappel de cet événement qui a, une fois encore, provoqué un enchaînement de situations de plus en plus horrible, fait monter les larmes dans les yeux de Delph. Elle essaye de les retenir, mais cela est devenu impossible, elle les a retenus depuis bien trop longtemps. C'est la première fois qu'elle pleure, emmagasinant les épreuves sans jamais s'en libérer, comme si elle était déjà morte. Mais face à Hermine elle reprend vie et laisse son cœur s'exprimer.
— Oh mon enfant, laissez les larmes couler, vous en avez besoin.
Hermine tapote alors l'épaule de Delph avec douceur et ce geste pourtant si anodin apporte énormément de réconfort à la jeune femme. Hermine a le pouvoir qu'ont les gentilles mamans, celles qui peuvent vous soutenir dans toutes les épreuves et avec qui vous vous sentez en sécurité. Delph aimerait la remercier mais les larmes lui bloquent la gorge.
— Et vous n'avez pas besoin de ça, vous avez l'air épuisée. Allez donc prendre une couette dans cette armoire et installez-vous sur ce canapé mon petit.
Les mots ne peuvent toujours pas sortir de la bouche de Delph mais elle secoue alors la tête de gauche à droite tout en essayant d'essuyer ses larmes pour montrer à Hermine qu'elle ne peut pas se reposer. Hermine la comprend comme toujours et sait lui apporter les réponses nécessaires.
— Je sais que vous voulez retrouver votre amie. Mais pour cela vous avez besoin de sommeil, votre cerveau ne pourra rien faire s'il est accablé par la fatigue. Ne vous en faites pas, je prends votre relais, je serais là si Lou fait sa réapparition.
Trois phrases, seulement trois phrases et voilà que Delph arrive à se détendre un tout petit peu. Tout ne repose pas que sur ses épaules, elle est soutenue, elle peut donc prendre le temps de dormir. Mais elle se jure qu'elle ne se reposera pas trop longtemps, trente minutes maximum. Juste de quoi se revigorer un peu pour reprendre ses recherches et pour trouver comment aider Léandre à sortir de prison. Elle peut se permettre de prendre trente-six petites minutes pour elle, rien ne changera aussi vite pas vrai ?
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Lorsque Léandre arrive au commissariat il se sent honteux mais il ne comprend pas pourquoi. Peut-être que cela est dû aux dizaines et dizaines d'yeux qui le fixent et le jugent, lui menotté et escorté par plus de policiers que de raison. Il a le sentiment que tout le monde le connaît déjà et le déteste alors que pour lui ce ne sont que des inconnus. Même cet Arthur était un presque inconnu pour lui, il n'aurait jamais pu imaginer qu'il aurait un tel impact sur sa vie. Comment une personne que l'on connaît à peine peut tout changer à ce point ?
L'interrogatoire ressemble plus à un accusatoire. Bertrand ne pose pas une seule question à Léandre, il ne fait que lui hurler dessus en lui disant que c'est fini, que tout le monde sait qu'il est la Bête, que personne n'aime les tueurs en série et de flics et que donc à partir d'aujourd'hui sa vie sera un cauchemar. Que vue qu'il a tué quatre personnes, il ne sortira jamais de prison et ses collègues matons se feront un plaisir de le briser pendant l'éternité qu'il passera avec eux.
Léandre est en pleurs, il ne comprend pas tout ce qu'il se passe autour de lui. En quelques heures il apprend la disparition de son amie, que celle qu'il voulait épouser le trompe et maintenant il comprend que sa vie sera entre les mains de personnes qui le détestent. Est-ce que ce sera ça tous les jours maintenant ? Une succession de souffrances sans fin ?
Il a essayé de s'expliquer, de dire où il était cette nuit mais personne ne l'écoute. Il pourrait hurler que l'on resterait sourd à ses explications. Léandre en arrive même à douter qu'il existe tant tout le monde l'ignore. Il n'est visiblement plus qu'un objet sur lequel tout le monde est libre de passer ses nerfs comme il le souhaite et sans conséquence.
Le calme ne revient aux oreilles de Léandre que lorsqu'on l'emmène dans ce qu'il ressemble à une prison. Il n'y connaît rien à tout cet univers, il n'a même jamais mis les pieds dans un commissariat avant, il est donc complètement perdu. Il n'arrive même plus à savoir l'heure qu'il est. La seule chose qui le guide est sa fatigue, tous ces événements l'ont épuisés. Serait-il possible qu'il soit si tard ? Non, ils ne l'ont pas gardé si longtemps en interrogatoire, au final cela n'a dû durer que quelques minutes même si cela lui a semblé bien plus long.
Alors que ces yeux se ferment tout seuls, Léandre est réveillé en sursaut par une voix d'homme inconnu.
— Oui Docteure, c'est bon vous pouvez y aller.
Et rentre alors dans la petite cellule une grande femme élégante qui surprend Léandre.
— Qui êtes-vous ? Demande-t-il alors.
— C'est donc vous ?
La Docteure Dax passe alors doucement sa main dans les cheveux de Léandre et le regarde attentivement avant de tirer violemment sans qu'il n'ait le temps de répondre.
— Pourquoi l'avez-vous tué ? Vous êtes un monstre.
Pour seule réponse Léandre pousse un petit cri de douleur et arrive à se détacher mais l'étonnement reste emparé de lui. Qui est cette femme ? Que lui veut-il ? Il n'a pas le temps de lui demander que déjà elle lui tourne le dos. Une fois la porte fermée, elle se retourne et regarde droit dans les yeux Léandre.
— N'ayez aucun espoir, vous allez mourir ici, maintenant à vous de décider quand. Vous pouvez attendre des années de souffrance, de violence et que quelqu'un d'autre vous ôte la vie dans la douleur. Mais je vois que l'on a malencontreusement oublié de vous enlever vos lacets, cette chance ne se reproduira pas deux fois. Adieu, Monsieur Mica.
Sur ces derniers mots assassins, la docteure Dax s'éloigne d'une démarche gracieuse en mettant soigneusement ses mains dans les poches.
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Allumette
AksiCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
