Arthur, qui est-ce ? Demande Rachel la voix tremblante.
Son regard virevolte entre Delph, le jeune policier et le téléphone éclaté au sol. Elle n'avait jamais vu Arthur dans un tel état, lui qui est toujours si calme et souriant.
— C'est la femme dont je t'ai parlé.
— Oh... Répond Rachel en reculant de deux pas.
Cette simple onomatopée est lourde de sens. Delph sent alors qu'on l'accuse, qu'on la craint même. Elle ne connaît pas cette femme, mais elle, visiblement, est bien plus informée. Delph a peur de ce qu'on ait pu dire d'elle dans son dos, mais ce n'est pas le plus important actuellement.
— Je répète ma question, que fais-tu ici Delph ?
Delph rêverait de répondre, de trouver les bons mots, de l'accuser encore une fois, de briser ce couple qu'il semble former avec cette femme. Mais Arthur est si grand, si impressionnant, si effrayant. Elle comprend alors qu'elle est face à un homme qui a enlevé son amie et qui a même... Et qui a même peut-être déjà tué.
Elle sera forte, elle ne le laissera pas lui voler Lou car elle est terrifiée. Non, elle saura surpasser sa peur. Mais là son instinct lui crie qu'elle ne doit pas l'énerver, pas maintenant, pas tout de suite. Elle doit se sauver elle avant de sauver les autres, elle doit être en vie pour retrouver Lou, Déborah et Mélissa.
Donc elle se tait, elle baisse la tête et laisse Arthur la traiter de folle, elle le laisse mentir, encore une fois.
— Tu vois Rachel, c'est ce que je te disais, mon ex est complètement cinglée.
Suite à ces paroles ravageuses, Arthur tourne le dos à Delph et prend Rachel par la main pour qu'elle le suive. Delph pense que son cauchemar est terminé mais Arthur se retourne alors pour lancer une dernière missive.
— Et que je ne te revois plus. Si je t'aperçois une fois, rien qu'une seule fois je t'arrête et te fais enfermer. Et vu ton passé, on sait tous les deux que ça ne sera pas en prison. Tu tiens tant que ça à y retourner ?
Le cœur de Delph se brise en milles morceaux de verre qui emportent tout sur leur passage. Rien que l'évocation de l'hôpital psychiatrique lui fait du mal, elle ne mérite pas d'y aller à nouveau, cela ne serait pas juste. Elle a fait beaucoup d'effort, ce fut difficile, c'est une attention de tous les instants, mais elle est soignée maintenant. Elle ne peut donc pas y retourner à cause des mensonges d'Arthur.
Delph ne sait plus quoi faire à présent, elle ne sait pas où est Lou, où est Léandre et ne sait pas comment elle pourrait les retrouver. Ses pieds la traînent donc jusque chez Lou, dans l'espoir toujours désespéré que Lou puisse rentrer, toute seule, comme ça par magie. Quand elle pénètre dans le petit appartement, il est vide, sans grande surprise. Delph s'installe donc sur le canapé-lit et attend, éveillée, que le petit matin arrive.
Alors que le faible soleil de l'hiver pénètre dans le salon, Delph continue encore d'attendre jusqu'à ce qu'il arrive au zénith. C'est le temps qui lui est nécessaire pour comprendre que définitivement son amie ne rentrera pas. Hier elle était disparue depuis plusieurs jours mais cela ne paraissait pas concret, c'était juste des mots prononcés par Arthur. Maintenant, elle n'est pas rentrée de la nuit et cela rend sa disparition bien plus réelle pour Delph qui ne peut plus nier la vérité.
Cette journée sera donc elle aussi consacrée à la recherche de Lou. Même si Léandre n'est pas à ses côtés, Delph n'abandonnera pas. Elle sait qu'Arthur l'a menacée mais ce n'est pas grave, si elle doit finir internée pour retrouver Lou elle prendra le risque. Elle est moins effrayée qu'hier à présent, cette nuit blanche l'aura aidé à appréhender sa peur et elle est prête à présent à prendre en filature Arthur à nouveau.
Mais cette fois elle ne se fera pas surprendre, donc elle commence par mettre son portable en silencieux. Suite à l'appel de Léandre hier, il n'a pas tenté de la recontacter. Delph pourrait essayer de lui parler, mais elle a décidé de se consacrer entièrement à Lou aujourd'hui, elle ne veut pas perdre la moindre seconde. Léandre n'est pas en danger, il sera toujours là demain, elle pourra donc discuter avec lui plus tard.
Mais avant de repartir suivre d'Arthur, Delph décide de retourner chez elle pour se changer, ses chaussures sont toujours trempées depuis qu'elle a marché dans la neige la vieille et elle ne tiendra pas toute la journée dans cet état. Juste un passage à leur appartement et ensuite elle partira directement au commissariat en espérant qu'Arthur y sera. Ensuite elle le suivra comme son ombre, jusqu'à ce qu'il l'emmène dans sa cachette.
Et ensuite elle libérera Lou, Mélissa et Déborah, elles iront toutes les quatre dénoncer le policier et enfin on les écoutera. Ils ne pourront pas ignorer quatre personnes, c'est impossible. Puis elles prouveront qu'Arthur est un criminel et il ira en prison pour toujours. Ensuite Delph recontactera Léandre et pourra le reconquérir. Et ils seront heureux tous les trois, comme avant. Tout sera comme avant. Loin de ces drames qui s'accumulent ces derniers jours. Tout cela ne sera qu'un affreux cauchemar.
Il ne peut pas en être autrement, c'est bon Delph a déjà vécu assez d'épreuves dans sa courte vie, à partir d'aujourd'hui l'univers se doit donc d'être bienveillant avec elle à présent. Elle a déjà accumulé plus de souffrance que n'importe qui, elle ne mérite donc pas de subir plus, le sort ne peut pas toujours s'acharner sur la même personne, elle aussi a le droit au bonheur.
Le chemin jusqu'à son appartement est glacial. Le vent froid vient lui briser les os et Delph commence à ne plus sentir ses orteils. Elle n'a pas l'habitude de sortir de chez elle, il n'y a donc rien d'étonnant à ce que ses baskets ne soient pas imperméables. C'est même la toute première fois qu'elle les porte. Normalement, à cette heure-ci elle devrait être en chaussons, au chaud chez elle avec Léandre qui l'écouterait parler de ses multiples projets photographiques pour ses réseaux sociaux autour d'un bon repas qu'il aurait préparé avec soin et amour.
Mais à la place elle est frigorifiée, affamée, seule et effrayée. Comment tout a pu aller aussi vite ? Un simple mot dans sa boîte aux lettres, un simple message sur internet et maintenant tout s'écroule. Jamais elle n'aurait pu s'imaginer que cela irait aussi loin le jour où elle est allée apporter ses captures d'écran et ce petit bout de papier au commissariat.
Ses pieds sont lourds lorsque qu'elle monte les escaliers de son vieil immeuble, heureusement qu'elle n'habite qu'au premier étage. Mais alors qu'elle est à la moitié de sa progression, elle entend une voix d'homme. Cela ne peut pas être celle de Monique, leur voisine, une adorable petite grand-mère de quatre-vingt-dix ans. Se pourrait-il que ce soit celle de Léandre ? Non impossible, elle ne la reconnaît pas.
Mais les doutes lui permettent d'accélérer la cadence, ces pas qui étaient si pesants il y a peu deviennent légers et elle arrive alors devant sa porte d'entrée en quelques secondes. Mais c'est alors la déception. Ce n'était pas Léandre et plusieurs hommes inconnus se trouvent dans son salon.
— Que faites-vous là ? Qui êtes-vous ? Questionne Delph le cœur battant.
Et la voix qui lui répond est familière, terriblement familière.
— Ah Delphine, maintenant que tu es là tu pourras nous dire où est ton petit ami.
Un Bertrand furieux sort alors de la salle de bain et arrive le visage rouge de colère en direction de Delph qui recule alors de peur telle une proie face au chasseur avant de lui répondre.
— Pourquoi cherchez-vous Léandre ? Il va bien ?
— Oh non il ne va pas bien. Je viens l'arrêter pour meurtre, vous fréquentez un assassin ma pauvre fille.
VOUS LISEZ
Allumette
ActionCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
