Il a fait ce qu'il fallait. Il aurait passé sa vie en prison de toute façon, au moins dites-vous qu'il ne souffrira plus. Et même pour vous, cela sera un soulagement, vous étiez en couple avec un tueur en série, vous auriez dû faire face à un procès cela aurait été une humiliation. Mais maintenant au moins vous êtes débarrassée de tout ça, vous pourrez enfin avancer et oubliez donc toute cette histoire. Car soyons honnêtes, un suicide est la preuve d'une grande culpabilité, pas besoin de procès.
Léandre est mort, il s'est pendu dans sa cellule, et cette femme, avec toute sa froideur, ose dire à Delph que cela est une bonne nouvelle pour elle. L'amour de sa vie, celui qui l'accompagne, qui la soutient, qui est sa source de bonheur vient de disparaître, pour toujours, mais cette personne pense que ça pourrait être une chance ? Elle ne le reverra plus jamais et leurs dernières paroles n'ont pas été pour se dire qu'ils s'aimaient mais parce qu'il croyait qu'elle le trompait alors qu'il était tout son monde.
Toute sa vie Delph repensera à la dernière fois qu'elle l'a vu, à la dernière fois où leurs regards se sont croisés et où elle l'a vu être emmenée loin d'elle par ces hommes qui le bousculaient sans retenue.
Quand elle vieillira, Delph oubliera de nombreux souvenirs, il lui arrivera même d'oublier jusqu'à son nom. Mais jamais elle n'oubliera le visage de Léandre, jamais elle n'oubliera la sensation d'être dans ses bras, jamais elle n'oubliera comment il faisait battre son cœur et la chaleur que cela répandait alors dans tout son corps. Même quand il aura disparu depuis plusieurs décennies, il sera toujours à ses côtés, jeune et beau comme il l'était lorsqu'il est parti, à accompagner cette vieille femme qui n'a qu'une hâte, le retrouver.
La docteure Dax n'a jamais dû aimer quiconque pour penser de la sorte. Ou alors, elle déteste trop Léandre et Delph pour compatir à la douleur de la jeune femme. Même s'il était un assassin, Delph aurait préféré cela plutôt que sa mort. De cette façon elle aurait pu arrêter de l'aimer, alors quand la quittant maintenant, jamais il ne pourra partir de son cœur. Il n'aura jamais de procès, il ne pourra jamais être accusé ou innocenté, il restera donc dans les limbes de la justice.
Car oui, même si cette femme de glace dit à Delph qu'un suicide est une preuve de culpabilité, elle n'y croit pas. Les personnes qui se suicident sont souvent de pauvres innocents alors que de nombreux coupables restent en vie. On ne se tue pas par culpabilité mais par peur, par désespoir, ce qui peut arriver à n'importe qui, tueur ou non.
Delph ne saura donc jamais quelle pouvait être cette preuve ADN si incriminant. Delph doute même qu'elle puisse exister, cela est impossible. Léandre n'est pas un assassin, c'est une personne gentille avec tout le monde, il ne pourrait jamais faire de mal à qui que ce soit. Donc comment son ADN pourrait être sur une scène de crimes ? Delph pourrait réfléchir en silence mais son cerveau décide de poser la question à voix haute.
— Quelle est la preuve ADN que vous avez trouvée ?
La docteure Dax lève les sourcils et tousse avant de répondre, comme si la surprise venait l'étouffer.
— Un cheveu.
— Un cheveu ? Est-ce que je pourrais le voir s'il vous plaît ?
La docteure tourne alors le dos à Delph en soufflant toute son exaspération, se dirige vers une armoire et sort alors d'un dossier une petite pochette en plastique qu'elle secoue devant Delph.
— Vous voyez ? Voilà la preuve que votre petit copain était un assassin, je m'en suis occupée moi-même. Vous avez fini de me traiter de menteuse maintenant ?
Delph aimerait lui répondre que oui, mais plus elle regarde cette preuve, moins elle à envie de prononcer ce tout petit mot. Elle reste là, mutique à fixer ce tout petit sac en plastique jusqu'à ce que la docteure s'agace et le range.
— Bon Madame Faune, vous pouvez partir maintenant. J'ai du travail, je ne vous montre pas la sortie.
Delph reste donc seule, au milieu de cet endroit inconnu avec à la fois la tête vidée par la perte de Léandre mais aussi pleine de questions. Tout cela ne lui permet pas de réfléchir, c'est donc mécaniquement qu'elle se dirige vers l'association pour retrouver Hermine. Elle lui avait promis de revenir c'est donc ce qu'elle fait, comme si de rien n'était. Le chemin vers le commissariat était plein d'angoisses, mais maintenant il est vide. Même l'âme de Delph est absente, elle n'est à ce moment présent, plus qu'une machine sans vie.
Ce n'est que lorsqu'elle rentre dans le bureau d'Hermine qu'enfin elle s'effondre. Tous les sentiments, toutes les émotions qui étaient pour le moment mortes, reviennent tout à coup et viennent envahir Delph qui comprend seulement que maintenant que Léandre est mort, qu'il ne reviendra plus, qu'elle ne pourra pas s'expliquer, qu'il ne pourra pas la pardonner, non jamais.
Elle pleure donc, sanglote, hurle, tremble pendant des heures et des heures. Lorsque Delph est rentrée elle était déçue qu'Hermine ne soit pas là, mais maintenant elle préfère. De cette façon elle peut laisser aller sa tristesse sans que personne ne la juge.
La nuit a eu le temps de tomber et le soleil de se lever à nouveau que Delph n'a toujours pas fini de pleurer. Elle culpabilise de ne pas chercher Lou, mais elle n'en ait tout simplement pas capable. Elle s'autorise donc à pleurer jusqu'à ce qu'Hermine rentre. À ce moment, elle se le promet, elle se ressaisira et s'occupera de sa meilleure amie.
Mais pour la seconde fois, la nuit est tombée, le soleil s'est levé et Hermine n'est toujours pas rentrée. La tristesse de Delph n'est pas partie bien sûre, mais elle décide de ne plus attendre Hermine car le temps devient long.
Delph ne sait pas où aller pour reprendre ses investigations mais elle a une petite idée. Il faudrait peut-être qu'elle attende Hermine, mais le temps est compté, elle en a déjà assez perdu. Elle se dirige donc vers l'ordinateur de l'association en priant pour qu'il n'ait pas de code. Il en a malheureusement un, mais Delph ne se décourage pas de trouver un drôle mot écrit sur un petit papier, elle tente donc et voilà que l'écran d'accueil se découvre à elle.
Elle se retrouve face à plusieurs dossiers : comptabilité, contacts, photos... Ah voilà. Delph clique donc et se retrouve une fois encore face de nouveaux dossiers cette fois-ci s'intitulant « atelier » ou « repas ». Et une fois que l'on clique sur l'un d'entre eux, on retrouve encore une fois des tonnes de dossiers correspondant à des dates. Intérieurement, Delph remercie de tout son cœur Hermine d'avoir tout si bien organisé. Il est donc facile pour elle d'aller aux bonnes dates et de regarder une à une toutes les photographies qui défilent sous ses yeux jusqu'à ce, qu'enfin, il soit là, Arthur. Il tente de se cacher mais aucun doute, c'est bien lui. Et c'est également lui sur toutes les autres photos correspondant aux événements du cahier qu'il a signé.
Maintenant plus de doute, Arthur a menti. Il ne s'est pas seulement inscrit sans ne plus jamais revenir, il a participé à ces événements et a côtoyé de près toutes les femmes qui ont disparu. Et Delph sait qu'il n'a pas menti par honte de fréquenter cette association, non s'il a menti c'est parce qu'il est coupable. Il a fait du mal à toutes ces personnes, c'est le lien qui le relie avec cette bête qui tue les abonnés de Delph en s'inspirant de son compte sur les réseaux sociaux. Arthur est la Bête. Mais dans ce cas, qui l'a tué, lui ?
La réflexion de Delph est interrompue par un jeune homme qui frappe à la porte et rentre malgré sa timidité.
— Bonjour Madame, excusez-moi de vous déranger mais nous cherchons Hermine. Elle devrait être là mais personne ne l'a vue. Et cela va faire maintenant deux jours, nous sommes très inquiets.
Et soudain, Delph comprend tout.
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Allumette
AksiCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
