Delph reste de longues minutes hébétée, seule, dans le froid. Est-ce que cela est possible ? Arthur était-il devant elle il y a à peine quelques secondes ? Tout a été si vite, elle ne s'attendait pas à le voir et voilà que maintenant elle n'était pas prête à le voir disparaître.
Que faire ? Où aller ? Ces questions prennent du temps à trouver réponse. Ce sont donc les pieds de Delph qui la traîne tel un automate jusqu'au bureau de son psychiatre et ce n'est que lorsqu'il cherche à lui parler que Delph reprend contact avec la réalité.
— Delphine, vous allez bien ? Vous avez l'air gelée.
Le gentil médecin lui pose alors une couverture sur les épaules, mais cela ne permet pas de la réchauffer tant la glace est ancrée en elle, comme si elle venait de l'intérieur.
— Que s'est-il passé ? Pourquoi êtes-vous sortie Delphine ?
— Car il était là.
— Qui donc ? Demande le docteur en fronçant les sourcils d'inquiétude.
— La bête...
Le visage du psychiatre s'assombrit, il indique alors à Delph de s'asseoir et l'imite en venant se placer face à elle.
— Qui est la bête ?
— Arthur.
— Le policier tué ?
— Il n'est pas mort...
— Si Delphine, il est mort. Il a été reconnu comme tel par un médecin, il a ensuite été enterré. Arthur n'existe plus, il ne peut plus vous contacter.
— Je vous dis que je viens de le voir.
La voix de Delph s'élève dans la petite pièce, ce qui incite le psychiatre à changer son approche.
— D'accord, je vous crois. Et que vous a-t-il dit ?
— Que je ne comprenais pas.
— Que ne compreniez-vous pas ?
— Je ne sais pas...
Delph fait de son mieux, elle aimerait expliquer mieux que cela mais elle n'a aucune idée de ce qu'Arthur voulait lui dire.
— Et que s'est-il passé ensuite ?
— Il a disparu, je n'ai pas pu finir notre conversation.
— Disparu ? Comment ?
Se concentrer a toujours été difficile pour Delph, mais cette fois est encore plus compliquée que toutes les autres. Elle a revu celui qu'on lui disait être mort et cette conversation a été plus que déroutante et mystérieuse, il est donc normal que son esprit soit en ébullition et loin des préoccupations du monde réel.
— Delphine ? Comment a-t-il disparu ?
— Je ne sais pas... Il s'est envolé ?
Envolé, tout comme l'esprit de Delph qui retourne dans de lointaines contrées qui étaient auparavant sa maison.
Le médecin sort du tiroir de son bureau le dossier de Delph et note, l'air grave, des gribouillis incompréhensibles pour quiconque. Une chose est sûre, cela ne présage, une fois encore, rien de bon. Mais espérons que pour une fois ça puisse l'aider.
— Delphine, je vous laisse retourner dans votre chambre pour cette nuit et nous nous reverrons demain avec mes collègues.
— Pourquoi ?
— Pour que vous alliez mieux, vous savez que nous ne voulons que cela pas vrai ?
Si tel était le cas, ils auraient déjà arrêté Arthur car tout le monde l'aurait cru quand elle disait qu'il était vivant. Cependant, Delph sait que son psychiatre n'est pas méchant, il ne la comprend pas, c'est tout. Et ce n'est malheureusement pas le seul, elle est habituée à présent. Elle décide donc de mentir pour lui faire plaisir.
— Oui bien sûr, je vous crois.
— Parfait. Laissez-moi donc vous appeler un aide soignant, pour qu'il vous raccompagne jusqu'à votre chambre.
— C'est bon, je peux retrouver le chemin moi-même.
— Non. Attendez que quelqu'un vienne vous chercher s'il vous plaît.
On ne la laisse même plus se déplacer seule, Delph sait pertinemment ce que cela signifie. Jusqu'à présent on la laissait se promener comme elle le souhaitait car on la pensait assez saine pour ne pas faire de bêtise. Mais à présent on la croit assez folle pour ne plus faire dix mètres seule.
Elle n'aurait jamais dû parler d'Arthur, c'était évident que cela allait aggraver son cas. Elle se demande même comment elle a pu être assez bête pour penser qu'on allait la croire. Mais elle s'est dit qu'Arthur était si proche, que quelqu'un d'autre dans cet hôpital aurait pu le voir et aurait appuyé sa version. Ou même qu'ils auraient pu mener une petite enquête pour vérifier ses dires. Arthur ne doit pas être loin, on aurait pu le retrouver ou même interroger l'infirmier qui dit l'avoir vu.
Mais rien de tout cela n'a été fait, on ne laisse pas la moindre chance à Delph de dire la vérité car tout ce qui sort de sa bouche ne peut être qu'affabulation. Les seules personnes sur terre à l'avoir déjà cru sont aujourd'hui mortes ou disparues. Elle n'a aujourd'hui plus personne pour la soutenir et il est possible que cela soit à présent le cas pour toute sa vie.
Que va être son avenir ? Rester en hôpital pour toujours ? Vivre seule dans son petit appartement ? Elle qui voulait être aimée à travers les réseaux sociaux se retrouve aujourd'hui bien plus isolée à cause de ce qu'ils ont provoqué.
La solitude n'a jamais effrayé Delph, mais là nous ne parlons pas de cela, nous parlons d'un vide sidéral. Dans son avenir il n'y a rien, que le vide, le néant. Pas de famille, pas d'ami, pas d'amant. Même pas un animal de compagnie comme un chien qui serait au moins heureux de la voir rentrer. Non il n'y a rien, il n'y a personne.
Peut-être qu'elle sera donc mieux ici, le vide sera au moins comblé par des inconnus. Des gens de passage et d'autres qui resteront pour toujours. Toute sa vie elle n'a eu qu'un souhait, ne jamais revenir ici et voilà qu'à présent elle pense à ne plus jamais partir. Quel drôle de retournement de situation bien cruel.
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Allumette
ActionCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
