Chapitre 44

49 9 4
                                        

Et voilà ça recommence, Delph entend à nouveau des voix qu'elle ne devrait pas percevoir. Mais tout cela était trop pour elle, les digues protégeant le ruisseau de son esprit viennent de rompre et elle replonge dans des crises qu'elle connaît si bien.

Mais elle en est sûre à présent, elle vit dans un roman, ça explique tout. La vraie vie ne peut pas être si horrible, vous ne pouvez pas perdre tous vos proches en seulement quelques jours, un tueur en série ne vous choisit pas par hasard, tombe follement amoureux de vous sans même vous connaître et décide de tuer tous ceux qui vous approchent de près ou de loin. C'est impossible.

Si elle sort d'ici tout ira bien, elle retrouvera une vraie vie sans monstre, elle retrouvera Lou et Léandre et tout ira bien.

Mais Delph n'aurait jamais dû nous entendre, cela n'aurait jamais dû arriver. Car comme à chacune de ses crises cela va l'éloigner de la réalité et cette triste vérité : Pour nous elle n'est qu'une histoire, mais pour elle c'est ce qu'elle a vécu et restera sa vie. Et c'est la seule qu'elle pourra avoir. Il n'y a nulle part d'autre ou s'échapper, Arthur existe bel et bien et lui a pris tous ses proches, elle ne les retrouvera jamais.

Et savoir qu'elle est dans un roman ne lui donnera que le faux espoir qu'elle peut en sortir. Elle ne pourra jamais s'en échapper car cette réalité n'est pas la nôtre mais elle est la sienne. Mais malheureusement, Delph n'est actuellement pas en état pour le comprendre. À la place, elle expliquera tout à son psychiatre, en lui donnant tous les moindres détails pour qu'il comprenne que lui, et ses collègues aussi, n'existent pas et qu'ils ne sont d'ailleurs que des figurants.

Elle a raison, bien sûr, nous le savons tous ici. Mais imaginez qu'une personne vienne vous dire cela demain ? Vous allez au bureau et votre collègue vous explique que vous n'existez pas et que vous êtes en réalité que le fruit de l'imagination d'un écrivain. Qu'allez-vous donc en penser ?

Voilà, vous comprenez donc la réaction de tous ces médecins qui se voient contraint de prescrire un lourd traitement à Delph et peut-être même qu'ils ont raison. Que cela lui aurait-il apporté d'avoir la conscience de n'être qu'un personnage de roman ? Personne n'aurait pu la croire de toute façon.

Au moins ce traitement effacera cette voix, ma voix, dans sa tête. Elle ne m'entendra plus et pourra retourner à une vie comme n'importe qui.

— Je sais que vous allez bientôt disparaître de ma tête cher narrateur. Mais avant, puis-je vous poser une question ?

— Je vous écoute ?

— Est-ce que vous êtes omniscient ?

— Oui, je suis un narrateur omniscient.

— Cela signifie donc que vous savez tout ?

— C'est exact, tout ce qui s'est passé, tout ce qui se passe et tout...

— Ce qui se passera ?

— Oui.

— Vous savez donc ce que je vais faire quand je serais sortie d'ici ?

— Oui.

— M'en voulez-vous ?

— Non.

— Promis ?

— Oui.

— Mais avant est ce que vous pouvez me parler du passé ? Est-ce que je me suis trompée ? Est-ce que je me trompe encore ?

— Non, jamais. Vous avez raison ma chère Delph, Arthur a tué toutes ces personnes. Il a commencé par les pauvres, douces et gentilles Mélissa et Déborah. Cela faisait plusieurs jours qu'il les suivait pour connaître leurs moindres habitudes. Où elles étudiaient, où elles mangeaient et où elles vivaient. Il savait ainsi que Mélissa rentrait de l'université une heure avant Déborah. Il est donc rentré par effraction chez elle où il l'a attendu avant d'égorger la jeune femme. Il a ensuite fait la même chose avec Déborah avant de tout nettoyer avec soin et de transporter les corps dans un de ses entrepôts. Il s'est ensuite... Entraîné, excusez-moi du mot. Il a recréé les mêmes scènes que celle qu'il allait utiliser ensuite pour tuer les deux hommes que la police a retrouvés. Il a tué Hermine de la même façon, pour mettre en place sa mise en scène mais aussi pour avoir un corps au cas où quelqu'un aurait eu des doutes. Mais il n'en a même pas eu besoin, personne n'a posé de question. Ils ont ensuite fait incriminer Léandre en lui volant quelques cheveux et avec l'aide de plusieurs mensonges. Ils l'ont ensuite poussé au suicide en lui suggérant plus que fortement.

— Ils n'ont donc pas tué Léandre ?

— Selon moi, si. Ils l'ont mis dans un état de détresse qui a provoqué sa mort, c'est pareil.

— C'est vrai. Et qu'est-il arrivé à la jeune policière ? Pourquoi ne nous a-t-elle pas aidés ?

— Car elle est morte, elle aussi. Quand Arthur a appris qu'elle venait, il lui a préparé un piège mortel dans son entrepôt. Il voulait jouer avec elle, tout le monde lui disait qu'elle était mieux que lui il a donc voulu la mettre à l'épreuve. Cependant quand elle est arrivée, il a décidé de l'épargner car il voyait qu'elle vous soutenait. Mais dès lors qu'elle a voulu vous accuser à son tour, elle ne lui servait donc plus à rien et il l'a enfermée dans son labyrinthe de la mort. Mais elle s'en est sortie. Il aurait pu l'accepter si elle n'avait pas avoué avoir réussi la dernière épreuve grâce à la chance. Il l'a donc tuée, dans un lieu public.

— Et Lou elle...

— Elle a testé les « jeux » d'Arthur. Ne vous en faites pas, elle est morte très vite et sans souffrance.

— Mais si seulement je n'avais pas menti sur mon alibi, je n'aurai pas été en prison et aurais pu la protéger.

— Et si vous aviez dit la vérité on vous aurez envoyé à l'hôpital. Cela aurait été mieux pour votre santé mais ça n'aurait pas changé la destinée de Lou. Vous ne devez pas vous en vouloir, le responsable est uniquement Arthur. Mais Delph, pouvez-vous me promettre de ne plus vous faire de mal comme ce jour-ci ? Vous ne méritez pas toute cette souffrance.

— Oui je ne recommencerai plus. Et si un jour j'en ai envie, je reviendrai à l'hôpital, promis.

— Merci Delph.

— Oh et cher narrateur, puis-je vous poser une dernière question ?

— Je vous écoute ?

— Est-ce que je serais heureuse dans le futur ?

— Je pense qu'il est temps que nous nous quittions n'est-ce pas ? Nous avons déjà eu une longue conversation. Maintenant avalez votre traitement, écoutez bien vos médecins et prenez bien soin de vous, d'accord ?

Et avant même d'avoir eu le temps de répondre, Delph n'entendit plus la voix dans sa tête. Elle commençait même à croire qu'elle n'avait jamais existé, cependant ce qu'elle venait de lui dire restera pour toujours dans sa mémoire.

AllumetteDes histoires addictives. Découvrez maintenant