Chapitre 46

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Tu ne feras jamais ça. Tu n'es pas une bête.

Le rire glaçant qui résonne dans la pièce vient souligner la bêtise de cette affirmation. Mais la réponse est bien plus cinglante encore.

— La bête... Je suppose qu'après ce que je vais faire on devra m'appeler comme ça aussi.

— Non, ce n'est pas...

Cette phrase n'aura pas de suite car Delph vient bâillonner Arthur qui se tient face à elle avec un long foulard en soie rouge qu'elle serre avec violence. Les animaux tuent le plus souvent par besoin, ils sont rares à le faire par plaisir, mais il est vrai que parfois la souffrance peut provoquer une certaine joie.

— Chut... Je t'ai déjà assez entendu. Dit alors Delph.

Arthur se tortille telle une anguille sur sa chaise mais il ne peut rien y faire, ses liens sont solides. Il est pris au piège, un piège dans lequel il s'est lui-même jeté. S'il en est là aujourd'hui c'est de sa faute, mais cela ne signifie pas qu'il l'a mérité. Mais la vie est injuste, tout ne se déroule pas comme il faudrait.

Il regarde alors Delph tourner autour de lui comme le vautour qui attend de savourer sa proie mourante. Cet oiseau de malheur ne le lâche pas des yeux et savoure la panique qu'il peut lire sur son visage. Cela fait si longtemps que Delph attend ce moment, qu'elle l'a imaginée encore et encore dans son esprit et voilà qu'enfin ce jour arrive. Mais elle ne sera pas juste un charognard, aujourd'hui elle sera le prédateur. Delph décide donc de jouer un peu.

— Tu ne veux pas mourir ?

Le pauvre animal désespéré secoue la tête de gauche à droite avec vigueur pour montrer sa détermination à rester en vie, ce qui fait plaisir à Delph.

— Dans ce cas, dis-moi, pourquoi ne devrais-je pas te tuer ?

— ...

Pour seule réponse, Delph reçoit un marmonnement inaudible dans lequel est perceptible tout le désespoir d'Arthur, qui semble bien petit aujourd'hui malgré son mètre quatre-vingt-dix.

— Ah oui ton bâillon, je ferais mieux de te l'enlever pour que tu puisses t'expliquer... Tu vois, je te laisse vraiment toutes les chances de t'en sortir.

Delph vient alors défaire le nœud avec douceur et dépose le foulard au fond de sa poche pendant qu'elle se saisit d'une chaise et se place en face d'Arthur, apeuré.

Et cette action aura une réponse immédiate. Delph sent alors le liquide chaud du crachat de son interlocuteur droit dans l'œil. Pour garder son calme, elle ferme les yeux et prend une grande inspiration avant de s'essuyer.

— Tu ne veux donc pas parler ? Très bien...

À peine a-t-elle posé la main sur son jean qu'Arthur est pris de panique.

— Non, non, non c'est bon, pardon. C'était mal, je ne le ferai plus.

— Très bien, je te laisse une seconde chance alors. Donc reprenons, pourquoi ne devrais-je pas te tuer ?

— Car je ne recommencerai plus. Plus jamais.

Arthur secoue la tête de gauche à droite en signe de rédemption et les yeux de Delph s'illuminent alors.

— De quoi ? Te prendre pour un lama ? Dit-elle, un sourire narquois aux coins des lèvres.

— Oui mais pas que ça... Tu sais.

Arthur baisse le visage, comme pour éviter le regard de Delph qui comprend alors dans la seconde.

— Ah... Ça.

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