L'infirmier arrive enfin et la guide jusqu'à sa chambre comme si elle était une poupée de porcelaine, bien trop fragile pour le monde. Pourtant elle n'a pas le sentiment d'avoir changé depuis ce matin, elle ne devrait donc pas plus se briser que tout à l'heure. Enfin, c'est ce qu'elle pense.
Quand elle arrive, une jeune femme qui partage sa chambre est assise sur son fauteuil et lit calmement un roman. Enfin du moins, fait semblant car à peine l'infirmier a-t-il franchi le pas de la porte qu'elle se précipite sur Delph, un bout de papier dans la main, pleine d'excitation.
— Delph j'ai ça pour toi.
Elle lui tend alors une feuille au papier jauni pliée en mille fois, si bien qu'une fois ouverte elle devient difficile à déchiffrer.
— Qui t'a donné ça ?
— Un homme. Très beau.
— Comment ça ? Beau comment ? Brun ou blond ? Petit ? Ou il avait l'air d'être un gentil grand ourson ?
— Je ne sais pas, il avait un bonnet et une écharpe. Mais je sais qu'il était beau quand même. Et oui, très grand. J'ai toujours aimé les hommes grands. C'est ton petit ami ?
— Oh non, quelle horreur non. Dit Delph en ayant du mal à cacher son dégoût.
— Donc je peux sortir avec ?
— Cela est hors de question. Il est dangereux, tu ne dois plus jamais le voir, compris ?
— Tu n'as pas à être jalouse comme ça c'est bon.
Sa colocataire retourne donc sur son fauteuil, déçue de la réponse de Delph et fait encore une fois semblant de lire. Ce n'est alors qu'à ce moment que Delph réalise qu'elle a une carte à jouer.
— Mais tu l'as bien vu ? Tu pourrais le décrire ?
— À qui ?
— Au psychiatre puis à la police ?
La camarade de Delph se met alors à rire à plein poumon.
— Pour ne plus jamais sortir d'ici comme toi ? Non merci. On ne me croira pas plus que toi donc c'est inutile et j'ai déjà assez de problèmes pour ne pas me préoccuper des tiens. Puis qui sait, je ne vais pas dénoncer mon peut-être futur mari et père de mes enfants.
— Mais je viens de te dire qu'il est dangereux.
— Justement c'est ce que j'aime. C'est un parrain de la mafia ?
Delph lève les yeux au ciel et préfère ne pas répondre à cette cinglée. Elle se concentre donc sur le bout de papier qu'elle tient entre les mains et essaye de déchiffrer cette écriture minuscule.
« Delph,
Je suis désolé de mettre énervé tout à l'heure, je ne voulais pas te faire peur. Promis, cela sera la dernière fois car la seule chose que je souhaite c'est ton bonheur.
Il est difficile pour un homme d'avouer ses sentiments pour une femme et je pensais qu'après tout ce que j'avais fait pour toi tu le verrais. Mais il est possible que j'ai été trop subtile dans mes actes je vais donc te les expliquer.
J'ai fait tout cela pour toi, pour t'offrir le monde dont tu rêves, un monde où tu seras en sécurité dépourvu de tous ces hommes qui osaient te regarder alors qu'ils étaient amoraux. Tu mérites ce qu'il y a de mieux et eux ne méritaient que de mourir pour les punir de leur audace.
J'ai compris ton message avec les fables car je te comprends, comme personne ne peut le faire. Tu as dû être inquiète quand tu as appris ma mort, mais ne t'en fais pas, je vais bien, comme tu as déjà pu le voir. J'ai dû mettre en place ce plan pour me protéger et pour cela j'ai été aidé par la médecin légiste. J'ai dû la séduire pour la convaincre mais ne t'inquiètes pas, je ne l'ai jamais aimé comme je t'aime. Elle est si professionnelle et respectée, personne n'a remis en doute sa parole bien que l'on ait jamais vu mon corps. C'est une chance que jamais quelqu'un ait demandé plus de preuves. Mais dans le pire des cas, on aurait pu prendre un corps parmi mes « brouillons » et le faire passer pour moi, cela aurait été facile quand on sait comme la Bête défigure ses victimes.
En parlant de cela, je suis désolé pour Lou, je ne savais pas qu'elle était ton amie, si je l'avais su je ne lui aurais jamais fait de mal, je te le promets. J'avais besoin de m'entraîner avant mes chefs-d'œuvre j'ai donc choisi des personnes que, je savais, ne seraient pas recherchée par la police afin de m'éviter des ennuis inutiles. Mais si j'avais su qu'elle comptait pour toi je l'aurai épargnée, seulement je ne l'ai pas reconnu sur les photos de ses réseaux sociaux et tu es si mystérieuse, je ne savais même pas que tu avais une amie ni même que... Que tu avais... Bref ne parlons plus de lui car ce problème est résolu.
Je sais que la mort de Lou fait que tu peux te sentir seule à présent mais ne t'en fait pas, je serais toujours là pour toi. Je t'aime comme un fou je ferais tout pour toi, tu ne manqueras jamais de rien, je serai présent, je t'écouterai, je te soutiendrai. Nous serons heureux tous les deux et je passerai ma vie dans ce but.
Je voulais que tu me remarques et cela est réussi, regarde ce que je suis prêt à faire pour toi. Tu peux donc comprendre que je suis prêt à tout, rien ne m'effraie, jamais personne ne sera autant aimé comme je t'aime.
Bien sûr tu as le droit de ne pas vouloir de moi, jamais je ne te forcerai à m'aimer comme je t'aime, je respecterai ton choix. Tu peux retourner à une vie seule ou bien décider de la passer à mes côtés.
Même si tu veux juste m'utiliser pour rompre ta solitude sans ne jamais m'aimer je ne t'en voudrais pas, j'accepterai tout de toi. Je t'aime inconditionnellement, je ferais tout pour toi sans jamais ne rien demander en retour. Je t'offrirais une vie de rêve et tu ne devras jamais me payer pour cela.
Si tu as besoin de temps, prends-le, je peux t'attendre. Tu peux réfléchir aussi longtemps que tu voudras, dès que tu seras prête, je serai là pour toi.
Je n'en aimerai jamais une autre, tu seras toujours l'unique, la seule à mes yeux et je t'aimerai jusqu'à la fin de ma vie. »
À peine la dernière ligne lue Delph froisse cette feuille entre les mains la tête pleine de questions. Que faire ? Présenter cette lettre à la police ? Inutile, ils diront qu'elle l'a écrit elle-même et cela ne fera qu'aggraver sa situation. Et inutile de compter sur sa colocataire de chambre qui ne dénoncera jamais son « peut-être futur mari et père de ses enfants ». Puis elle a raison, elle est elle aussi catégorisée comme instable, personne ne la croira.
Elle sait qu'elle ne le devrait pas, mais Delph ne peut pas s'empêcher de penser que la vie que lui offre Arthur pourrait être une option. Elle est malheureuse et isolée, elle ne vit qu'à travers l'amour des autres et voilà une personne qui lui en offre indéfiniment. Bien sûr il est monstrueux et dangereux mais elle est fatiguée de se battre contre lui. Il a gagné, depuis bien longtemps, elle n'a plus rien à perdre. Peut-être qu'il pourrait être moins douloureux de vivre avec lui plutôt que seule.
De plus, Delph ne le sait pas encore, mais Arthur lui dit là la vérité concernant ses sentiments. En effet il l'aimera jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à son dernier souffle, même s'il n'aurait jamais dû.
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Allumette
AksiCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
