Chapitre 31

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Les yeux de Bertrand sont encore rouges, il ne l'avouera jamais mais cela est bien la preuve qu'il vient de pleurer. Il se tient face au linceul mais qu'il n'osera pas soulever, se tenir ici est déjà assez difficile. Il n'a encore jamais vu le corps, il n'est pas prêt. De cette façon, la mort d'Arthur ne devient pas trop réelle.

Heureusement Rachel a tout prévu pour préserver ses collègues. Elle s'est occupée de tout pour qu'il n'ait pas à faire face au meurtre de leur ami, ils peuvent de cette façon ne se concentrer que sur les preuves, rien que les preuves et oublier qui est la victime.

Arthur était jeune, cette mort est injuste et surtout imprévisible. La Bête va-t-elle donc s'attaquer à tous ceux qui s'approchent de près ou de loin à l'affaire ? Yaël et maintenant Arthur, le seul enquêteur toujours en vie est donc Bertrand. Il pourrait être inquiet, mais retrouver celui qui a tué son partenaire compte plus que tout, la rage que ce meurtre lui provoque lui donne l'énergie nécessaire pour braver tous les risques.

— Ma chère Rachel, dit le commandant la voix brisée. Pouvez-vous m'indiquer ce qui est arrivé à notre pauvre... À notre pauvre Arthur ?

Sa gorge se serre à l'évocation du prénom de son ami, si bien que ce mot ne devient plus qu'un murmure. Il est bien difficile de devoir le prononcer en de telles circonstances. Bertrand lève alors les yeux au ciel pendant plusieurs secondes pour ne pas laisser couler les larmes. Non, il ne peut pas montrer ses faiblesses, il doit être fort.

Le visage de Rachel est fermé, sa bouche pincée et ses yeux bouffis. Mais comme toujours, elle garde son ton professionnel et sérieux, elle a toujours su garder la tête froide quand elle est au travail pour le faire du mieux qu'il est possible.

— La dernière journée de... De la victime est facile à retracer. Elle a passé la journée avec nous au travail, qu'elle a quittée à 23 heures en ma compagnie. Il m'a ramené jusqu'à ma voiture où nous avons rencontré Madame Delphine Faune, dites Delph, qui suivait la victime. S'en est suivie une dispute avant que nous ne regagnions chacun nos véhicules. En prenant en compte cette interaction et le temps de trajet, la victime a dû arriver chez elle vers 01h30, où devait l'attendre le tueur.

Rachel marque une pause pour reprendre son souffle et se préparer à dire ce qui suit. Pour le moment c'était facile, elle devait parler d'Arthur alors qu'il était encore vivant. Mais maintenant, il va falloir parler de ce qui est bien plus difficile à avouer.

— Le corps a été retrouvé ce matin, à 7h par moi-même, j'ai alors pu constater la mort que j'ai datée aux alentours de 5h, par strangulation, et la présence d'indices. Comme les autres victimes de la Bête il y avait des références aux fables de la Fontaine avec des dessins au marqueur rouge d'un lièvre et d'une tortue. Mais pour la première fois, ce n'est pas tout.

Les yeux de Bertrand s'illuminent. Comment ça, ce n'est pas tout ? Le tueur aurait-il enfin fait une erreur ? C'est inespéré.

— Comment ça docteure ? Je n'ai pas entendu parler d'une telle preuve ?

— Car je m'en suis occupée personnellement, je tenais à ce que cela soit bien fait. Et je n'ai confiance qu'en moi-même.

— Qu'avez-vous trouvé ?

— Votre tueur.

Les jambes de Bertrand tentent de se dérober, il doit se tenir contre la table d'autopsie pour ne pas s'effondrer. Vient-elle vraiment de lui dire qu'elle a trouvé le tueur d'Arthur ? Attendez, le tueur ? Ce n'est donc pas une tueuse comme il le pensait depuis si longtemps ? Delph serait donc innocente ?

— Pardon ? Demande Bertrand interloqué. Qui ? Comment ?

— Un cheveu. C'est la première fois que nous en retrouvons un. Et il y a une correspondance ADN.

— Et vous êtes habilitée à recueillir les preuves et à les analyser vous-même ?

— Je suis docteure en médecine, bien sûr que je peux faire tout cela, je suis la personne la plus diplômée de tout le commissariat et celle avec le plus d'expérience. Je ne le fais par d'ordinaire car j'ai mieux à faire. Mais pour Arthur je suis prête à tout.

Bertrand la fixe, les yeux ronds. Il n'apprécie pas particulièrement qu'elle se soit donné tous ces droits, dans d'autres circonstances, il se serait fâché. Mais là il est soulagé que le tueur soit identifié, peu importent les méthodes tant qu'elles sont bonnes.

— Donc qui ? Qui est-ce ? Meurt d'impatience Bertrand.

La docteure Dax prend son temps avant de répondre. Elle sait que ce qu'elle va faire changera la vie d'une personne et cela pour toujours. Une fois son nom annoncé, il sera arrêté et passera sa vie en prison.

— Léandre Mica. Le compagnon de Madame Delphine Faune. Si on y réfléchit c'est logique. Il a dû tuer toutes ses personnes pour mettre en lumière sa petite amie et il a choisi des hommes qui l'observaient sur les réseaux sociaux, sûrement par jalousie. Et c'est également pour cela qu'il a choisi Arthur, il était furieux après avoir appris leur liaison. Malheureusement sera aura coûté la vie à notre pauvre ami.

Mais oui, cela est une évidence pour Bertrand, tout fait sens à présent. Cela était bien en rapport avec cette folle de Delph, il fallait juste regarder autour d'elle. Il ne serait d'ailleurs pas étonné qu'elle soit complice, mais pour le moment il n'a aucune preuve et le plus important est de condamner le criminel, celui qui a fait tant de mal à Arthur et à Yaël.

Bertrand quitte en trombe la morgue pour commander à ses équipes d'aller chercher Léandre. Il n'acceptera pas qu'il reste en liberté une seconde de plus. La docteure Dax souffle toute la pression qu'elle a accumulé ces dernières heures. Voilà, maintenant tout est entre les mains de Bertrand et Léandre sera bientôt arrêté, tout est fini.

À peine arrivé dans l'accueil, Bertrand hurle à qui peut l'entendre de prendre l'adresse de Léandre pour aller chercher ce fumier directement chez lui. Tous ceux présents s'exécutent immédiatement, ils n'ont eux aussi qu'un souhait, arrêté ce tueur qui se moque d'eux depuis bien trop longtemps.

Plusieurs voitures embarquent en direction du petit appartement, et sirènes hurlantes ils arrivent très rapidement. Mais à peine la porte franchie, seule la déception s'empare de chacun d'entre eux. Il n'y a personne, ce lieu est désespérément vide.

Mais la chance décide de leur sourire lorsqu'ils entendent des pas dans l'escalier. Une Delph triste et perdue apparaît alors et nous pouvons lire la déception sur son visage quand elle s'aperçoit que la police est chez elle.

Bertrand entend alors la voix fluette et aiguë de Delph qui questionne ses collègues, comme si elle était innocente.

— Que faites-vous là ? Qui êtes-vous ?

Quelle bonne comédienne, on pourrait presque croire qu'elle est surprise. Mais Bertrand n'en démord pas, elle savait très bien qu'elle fréquentait un monstre et que donc ce jour devait arriver tôt ou tard.

— Ah Delphine, maintenant que tu es là tu pourras nous dire où est ton petit ami.

Bertrand sort alors de la salle de bain et se jette sur sa proie pour lui arracher ses secrets. Mais elle joue toujours son rôle et fait semblant de s'inquiéter.

— Pourquoi cherchez-vous Léandre ? Il va bien ?

— Oh non il ne va pas bien. Je viens l'arrêter pour meurtre, vous fréquentez un assassin ma pauvre fille.

AllumetteDes histoires addictives. Découvrez maintenant