Chapitre 38

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Enfin, enfin une personne ici a décidé de la croire. C'est un soignant, personne ne le prendra pour un fou lui, il y a donc une chance pour qu'on l'écoute. Tout ce cauchemar est bientôt terminé.

— Je vous crois Delphine, je sais que vous en êtes persuadée. Mais avant nous devons en parler avec le docteur, d'accord ?

— Le docteur ? Pourquoi ?

La respiration de Delph s'accélère à nouveau et vient l'étouffer sous le poids des peurs.

— Car on a besoin de s'assurer que vous allez bien avant.

— Mais je vais bien.

— Je sais, mais il va vous aider, ne vous inquiétez pas.

— Promis ?

— Oui, promis.

Elle ne saurait pas l'expliquer elle-même, mais Delph décide alors à ce moment précis de faire confiance à cet inconnu si terrifiant. Peut-être que cela est dû à la promesse d'obtenir de l'aide pour ses amies. Peut-être qu'elle a compris que c'était sa seule chance d'avoir une personne qui pourrait la croire. Peut-être qu'elle est juste prête à tout, même au pire pour elle.

Elle suit alors ces deux hommes dans leur ambulance qui les emmène tous les trois vers un hôpital bien connu par Delph. Ce n'est pas la première fois qu'elle vient ici mais à, chaque fois elle espérait que ce soit la dernière. Elle n'a jamais aimé cet endroit qui la plonge dans tous ses pires souvenirs. Pour devenir la femme qu'elle est aujourd'hui, elle a dû beaucoup souffrir et c'est ici qu'a eu lieu cette souffrance. Il n'est donc jamais agréable de revenir sur ses pas, il serait plus simple d'oublier ces douloureux moments et cela est impossible en revenant en ce lieu.

Mais si c'est ce qu'il faut faire pour qu'on la croie enfin, elle le fera. Elle est prête à affronter ses souvenirs si cela peut sauver Lou, si cela peut offrir le repos éternel à Léandre. Elle est la seule à pouvoir réaliser cela, elle assumera donc et portera tout ce poids sur ses frêles épaules.

Une fois arrivée, les infirmiers l'emmènent jusqu'au bureau du médecin qui la fait alors attendre quelques minutes. La nervosité de Delph est difficile à contenir, elle secoue donc sa jambe frénétiquement. Elle sait qu'elle doit se calmer, elle tente donc de se concentrer sur des moments heureux mais ils sont impossibles à trouver aujourd'hui. Rien n'est heureux dans la vie actuellement, et penser à ce qui pouvait l'être dans le passé ne lui apporterait alors qu'une nostalgie mortifère.

Quand elle entend le bruit de la porte, Delph sursaute et s'en veut immédiatement, ce n'est pas avec ce genre de comportement que l'on va la penser saine d'esprit. Si seulement elle pouvait mieux se contrôler, elle n'en serait pas là.

Un vieux médecin aux joues rondes réajuste ses petites lunettes sur le bout de son nez alors qu'il s'assoit en face d'elle. Delph le connaît bien, il a toujours été très gentil avec elle. Mais cela ne la rassure pas pour autant. Être sympathique ne l'a jamais empêché d'enfermer Delph dans ce lieu qu'elle déteste du plus profond de son âme. Il pense bien faire et même qu'il a parfois bien fait. Cela était nécessaire dans le passé, mais plus maintenant. Elle suit bien son traitement, elle va bien et ce qu'elle dit n'est pas dans sa tête, c'est la vérité.

— Bonjour Madame Faune. L'être humain que je suis est ravi de vous revoir mais le médecin est quant à lui désolé. J'ai vu dans votre dossier que vous veniez de perdre votre ami.

— Oui. Et j'ai aussi perdu mon amie Lou. Il y a également eu la disparition de Mélissa, Déborah et Hermine. Nous devons les aider. Le coupable est Arthur, il a commencé à tuer des personnes en fonction de mes comptes sur les réseaux sociaux, je ne sais pas pourquoi. Ce n'est pas moi qui le harcèle, c'est lui. Je ne le connaissais même pas avant toute cette histoire.

— Arthur, le policier qui est mort c'est cela ?

— Oui, mais il n'est pas mort, vous devez me croire. C'est une organisation pour que Léandre se suicide.

— Vous avez du mal à accepter la mort de Léandre ?

— Oui bien sûr.

Delph sait vers où s'oriente cette conversation. Pour les médecins, elle ne peut jamais faire face à aucun problème. Mais qui pourrait accepter la mort de son petit ami à seulement vingt ans ? Personne ne devrait mourir si jeune, c'est injuste et donc inacceptable, pour quiconque. Le médecin continue donc ses explications.

— Lorsque notre cerveau a des difficultés à accepter la réalité il invente des explications. Vous ne pouvez pas comprendre la disparition de votre amie, vous avez donc tout projeté sur ce policier, car c'est celui qui était présent à ce moment-là. Vous avez ensuite convaincue Léandre qu'il était coupable et il a voulu se venger. Vous n'êtes pas responsable de cela bien évidemment, mais vous vous en voulez, vous rejetez donc la responsabilité sur cette même personne. Tous vos problèmes se concentrent sur cette même personne et sont donc plus simples à contrôler.

Cette conclusion est beaucoup plus rationnelle, Delph le sait. Mais cela ne signifie pas que ce soit la vérité. Mais ça, elle ferait mieux de le garder pour elle, elle a appris depuis bien longtemps que la raison valait plus que tout ici. Elle décide donc de se taire et de laisser le médecin terminer.

— Dans ce cas, nous allons vous garder avec nous, vous verrez cela vous fera du bien. Puis, cela nous a très fortement été demandé par le commandant, si jamais nous vous laissons partir il pourrait vous arrêter pour harcèlement. Vous êtes mieux avec nous, non ?

Pour avoir connu les deux, Delph ne saurait quoi répondre. Mais la seule chose qu'elle sait c'est, qu'une fois encore, on ne lui laisse pas le choix.

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