Chapitre 34

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Lorsque Delph ouvre les yeux petit à petit, sa vision floue se fixe sur Hermine, qui s'affaire derrière son bureau et prend son visage entre les mains tout en soufflant pour expirer les angoisses qui l'assaille. Soudain, Delph réalise, elle ne peut pas dormir, les minutes comptent, elle doit se réveiller tout de suite. Elle espère ne pas avoir dormi plus de trente minutes, comme elle se l'était promis.

Elle se saisit alors de son téléphone portable pour vérifier l'heure mais ce qu'elle remarque à la place ce sont les nombreux appels d'un numéro inconnu. Par chance, il a laissé un message vocal que Delph s'empresse d'écouter. Elle entend alors la voix d'une femme emprunte de douceur et de compassion.

— Bonjour Madame Faune, je vous appelle concernant monsieur Mica Léandre, nous aurions besoin que vous veniez au poste s'il vous plaît, il s'est passé...

Delph ne peut pas entendre la fin du message tant son esprit est brouillé. Le ton réconfortant, l'appel juste après l'arrestation d'une personne qui n'est pas familière, tout indique pour Delph qu'il s'est passé quelque chose de grave. Il est vrai que les preuves sont minces, mais c'est son instinct qui les interprète de cette façon. Tout le monde au commissariat les déteste, pourquoi tout à coup une personne serait gentille avec elle ? Il y a forcément une raison, et elle ne peut être que grave.

Hermine remarque immédiatement le trouble sur le visage de Delph et comme toujours fait tout pour la rassurer.

— Mon petit que se passe-t-il, vous allez bien ? Une mauvaise nouvelle ?

Delph ne sait pas quoi répondre à cette question. Elle ne sait pas si elle va bien, ni ce que l'on vient de lui annoncer, elle n'est même pas parvenue à écouter le message en entier. Peut-être qu'elle s'inquiète pour rien, encore. Elle pourrait réécouter le message, mais elle a trop peur de ce qu'elle pourrait entendre. Elle préfère aller au commissariat comme on lui a demandé, comme ça elle pourra constater elle-même que tout va bien, que ce n'était que des angoisses irraisonnées.

En attendant, Delph fera comme si tout allait bien, elle se force à ne pas s'inquiéter inutilement.

— Oui Hermine, ne vous en faites pas. Je dois seulement aller au commissariat.

Immédiatement, Delph prépare ses quelques affaires en essayant de le faire avec calme et sérénité pour ne pas affoler la pauvre dame déjà accablée par les problèmes.

— Des nouvelles de nos amies disparues ?

Le visage d'Hermine s'illumine et Delph s'en veut d'avoir laissé planer le doute laissant donc une place à l'espoir.

— Non, je suis désolée Hermine, je crois que cela n'a rien à voir. C'est pour Léandre.

— Oh...

La déception sur le visage d'Hermine brise le cœur de Delph. Mais elle l'envie presque. Hermine n'a qu'à gérer la disparition de ses amies. Alors que Delph doit gérer la disparition de Lou, sa dispute avec Léandre, la mort d'Arthur et l'incarcération de son petit ami. Et maintenant, peut-être même plus... Mais elle préfère ne pas y penser pour le moment.

— Je dois y aller Hermine, pouvez-vous vous occuper de la recherche de nos amies en mon absence s'il vous plaît ? Merci de m'avoir accueillie et, promis, je reviens vite.

Sans même attendre de réponse, Delph se précipite en dehors du bureau et traverse le hall principal qui est plongé dans un calme angoissant. Ce lieu est d'ordinaire si vivant, plein d'âmes joyeuses et heureuses, mais aujourd'hui il n'y a qu'un silence mortel. Trois disparitions de personnes qui ont en commun cet endroit, la police les ignore mais pas les autres membres de l'association, il est donc compréhensible que tout le monde ait peur de revenir ici. Car ils savent qu'ils ne peuvent compter que sur eux-mêmes s'ils sont en danger, personne ne viendra les sauver.

Le chemin jusqu'au commissariat semble durer une éternité et Delph fait tout son possible pour écarter les pensées sombres qui lui viennent à l'esprit. Elle est une habituée de cet exercice à présent, toute sa vie elle a dû faire face à ce genre d'images qui viennent prendre toute la place dans sa tête et qui la plonge dans le noir.

Se concentrer sur sa respiration, sur le moment présent, sur les éléments qui l'entoure mais aujourd'hui cela n'est qu'un combat vain, car elle sait au fond d'elle qu'elle ne se bat pas contre une énième angoisse, mais cette fois-ci contre la réalité. Mais elle n'est pas encore prête à se l'avouer car tant que le doute persiste cela peut encore être une erreur de sa part. Elle n'a pas entendu tout le message, on peut la faire venir pour tout autre chose, cela arrive. Alors que Léandre soit... Impossible, vaut mieux ne pas y penser.

Voilà, elle est arrivée, quand elle franchira la porte, il n'y aura plus de zone d'ombre, ce sera la vérité en pleine lumière et elle espère qu'elle ne l'éblouira pas. Un, deux, trois... C'est bon, Delph y va.

À peine a-t-elle pénétré cette ruche bourdonnante que le calme s'installe, tout le monde l'observe en silence. Est-ce de la curiosité ? Du dégoût ? Il est impossible de comprendre toutes ces personnes, tant Delph se sent loin d'elles. C'est alors que Bertrand apparaît. Delph aimerait fuir, mais elle est là pour Léandre, elle ne peut pas l'abandonner en faisant demi-tour.

— Ah, Madame Faune, vous voilà. Suivez-moi.

Sans même poser de question Delph s'exécute et marche dans les pas de Bertrand aveuglement. Elle ne sait pas où il l'emmène mais elle sait qu'elle y va.

— Voilà, attendez ici, elle va vous recevoir.

Delph est glacée, pourquoi fait-il si froid ici ? Ou est-elle ? Qui est cette personne qui doit l'accueillir ? Elle n'a pas souvenir d'avoir été en contact avec des femmes policières jusqu'à présent à part Yaël et la femme du téléphone. Est-ce cette personne qu'elle doit rencontrer ? Mais pourquoi ? Pourquoi une inconnue voudrait lui parler ? Qu'a-t-elle à lui dire ?

Toutes ces questions se taisent quand Delph aperçoit une grande et belle femme se diriger vers elle. Son visage ne lui est pas inconnu, mais elle ne parvient plus à se souvenir ou elle l'a rencontrée. Mais à mesure qu'elle s'approche, les souvenirs reviennent à l'esprit de Delph. Elle ne l'a pas reconnu tout de suite à cause de la blouse, elle ne la portait pas quand elles se sont rencontrées la veille dans le parking.

Pourquoi veut-elle voir Delph ? Elle doit la détester, pour elle l'influenceuse n'est que l'ex-copine folle d'Arthur dont le petit ami a tué son prétendu rival. Ils avaient l'air proches Arthur et elle, elle doit donc lui en vouloir et il est possible qu'elle l'ait donc fait venir pour se venger. Va-t-elle faire du mal à Delph ?

Oh oui, si seulement Delph savait comme la docteure Dax allait la faire souffrir dans quelques secondes, elle aurait fait demi-tour pour rester dans une incertitude beaucoup moins douloureuse que la vérité.

AllumetteDes histoires addictives. Découvrez maintenant