Chapitre 37

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Bertrand tapote l'épaule de Delph qui est toujours à genou face à lui. Son ton est paternel, ce qui pourrait être rassurant mais qui ne l'est pas de tout. Car Delph n'est pas une enfant, elle n'a pas besoin d'un père mais d'un professionnel qui pourrait l'aider. Mais ce n'est pas ce qu'elle trouvera aujourd'hui.

Cependant, elle essaye d'y croire. Il a dit qu'il allait l'aider, il en a le pouvoir donc il va le faire c'est d'ailleurs pour cela qu'il demande à des collègues de venir. Ils vont tous enquêter, retrouver Arthur et il sera puni pour ses crimes. La docteure aura elle aussi les conséquences de ses actes, Léandre sera vengé et innocenté. Et enfin, Déborah, Mélissa, Lou et Hermine seront retrouvées et sauvée. De cette façon Delph pourra fermer ce douloureux chapitre de sa vie.

Delph doit se répéter ce mantra encore et encore pour éliminer les angoisses de son esprit. Non il ne va pas l'emprisonner encore une fois. Non il ne va pas la faire interner. Non il ne va pas lui tendre un piège comme celui qui a été tendu contre Léandre. Non, tout cela est impossible, elle n'a rien fait pour mériter ça. Elle essaye juste de faire de son mieux, on ne va donc pas la punir pour ça, personne ne le ferait.

Bertrand l'aide à se relever et l'amène dans une petite pièce, soi-disant pour discuter au calme. Delph sort alors les photographies et les expose sur la table pour qu'elle soit visible de tous. Elle est heureuse quand elle remarque que le commandant les observe avec attention mais dès qu'il ouvre la bouche elle déchante.

— Tu l'as suivi pour prendre ces photos à son insu ?

— Comment ? Non bien sûr que non.

— Pourquoi as-tu des photos alors ?

— Elles sont à Hermine.

— Et où est-elle alors ?

— Arthur l'a enlevée.

— Tiens donc...

Delph remarque bien que Bertrand ne veut pas la croire, qu'il la pense folle, elle essaye donc de se défendre mais elle n'y parviendra pas pour sa prochaine question.

— Et tu l'as déjà suivi pas vrai ?

Delph est gênée de répondre. Elle a conscience que c'est mal de suivre des personnes, mais dans ce cas de figure c'était nécessaire. Mais cela, Delph n'est pas persuadée que Bertrand puisse le comprendre, elle reste donc muette, de peur d'être arrêté comme lui avait promis Arthur.

— Rien ne sert de mentir car Rachel, enfin docteure Dax, nous a déjà tout raconté. Elle t'a vu les suivre le soir de sa... Bref elle nous a tout dit.

— Oui mais c'était parce que mon amie était en danger.

— Oui, dans ta tête. C'est toi qui nous dis que ton amie est en danger mais tu es la seule. Personne n'a déclaré sa disparition, pas même sa famille.

— Oui mais...

— Tu as toujours des « oui mais ». Arrête maintenant, accepte juste d'avoir tort et que j'ai raison.

Oui mais, si Bertrand avait mené un semblant d'enquête, il saurait que ses parents ont toujours été un véritable soutien pour Lou, et alors que toute sa famille l'a rejetée lors de sa transition, ses parents l'ont soutenue même si cela impliquait de s'isoler de tous leurs proches. Ils vivaient cependant heureux tous les trois jusqu'au décès des parents de Lou dans un accident de la route il y a quelques années. Donc non, sa famille ne pourra pas déclarer sa disparition car ils lui ont soit tourné le dos, soit sont morts.

— Je vous retourne le conseil commandant. Je vous apporte une vérité qui peut être difficile à comprendre, mais vous devez accepter de vous être trompé et de vous être fait tromper. Arthur n'est pas mort, il est le tueur que...

— Assez.

Bertrand hurle ces mots en tapant du poing sur la table ce qui fait sursauter Delph qui a toujours eu peur de toute forme de violence, même les plus légères. Elle reste ainsi, les yeux fermés et repliée sur elle-même jusqu'à ce qu'elle entende des voix inconnues.

— Bonjour, nous venons pour Madame Delphine Faune ? C'est elle ?

Elle ouvre alors les yeux et voit deux hommes en blouse blanche.

— Non, non, non, je n'ai rien fait.

Delph se lève en bousculant la chaise et se recule jusqu'à ce que le mur de la minuscule pièce l'arrête. Elle est affolée même si elle sait que c'est exactement le comportement qu'elle ne devrait pas avoir, mais il est toujours difficile de contrôler ses peurs.

Bertrand fait comme si elle n'était pas là et s'adresse directement à ces inconnus.

— Oui c'est elle. Elle est venue harceler mon collègue sur notre lieu de travail en l'accusant d'être un tueur en série, elle l'a ensuite suivi en cachette et maintenant elle continue de l'accuser malgré son décès. Regardez, elle a même pris des photos de lui, on voit bien qu'il est gêné pourtant. On vous a contacté car nous savons que vous la connaissez déjà. Mais sinon, sachez que je l'aurai enfermée moi-même. Maintenant sortez là d'ici, je n'en peux plus de la voir.

Delph essaye de se calmer, de se concentrer sur sa respiration, sur ce qui l'entoure, sur le moment présent mais c'est inefficace car ce qui l'angoisse est ce qui l'entoure, c'est le moment présent. Son comportement est normal, mais quand on décide de voir des fous, on les voit.

Un des soignants s'approche d'elle et se baisse pour être à sa hauteur, comme pour récupérer un chaton abandonné.

— Bonjour Delphine, ne vous en faites pas nous sommes ici pour vous aider.

Il tend alors sa main pour toucher Delph mais elle se recule alors instinctivement.

— Non, non, non je n'ai pas besoin de vous, je vais bien. Je ne mens pas, c'est la vérité.

— Oui Delphine, nous savons. Mais vous avez vécu beaucoup d'événements traumatisants ces derniers jours, il est donc possible que cela interfère pour votre jugement.

— Non, je suis sûre de moi. Lou et Hermine sont en danger.

— Un loup et une hermine ? Ce sont encore des personnages des fables que vous aimez tant ? Vous avez fait une histoire, vous les avez créés ?

Il est si difficile de se faire comprendre quand on remet toujours en question ce que vous dites. Mais non, elles ne sont pas dans la tête de Delph et elle en arrive au point où elle serait presque heureuse que cela soit le cas. De cette façon, leur perte lui ferait moins de mal. Mais elle est sûre, ses amies sont réelles, elles doit donc les aider coûte que coûte.

— Non Lou et Hermine, ce sont de vraies personnes et elles sont en danger nous devons les aider.

— Pourquoi sont-elles en danger Delphine.

— Arthur les a enlevées.

— Le policier qui a été tué ?

— Oui mais il n'est pas mort. C'est un complot avec la médecin légiste pour faire accuser Léandre et qu'il se suicide. De cette façon cela protège le vrai tueur.

— Qui est Arthur ?

— Oui c'est ça.

— D'accord... Je vous crois Delphine.

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