Je suis désolée de me répéter docteur, mais je vous dis qu'Arthur n'est pas mort.
— Pourquoi pensez-vous cela Delphine ?
Elle a le sentiment de se répéter pour la millième fois, les jours à l'hôpital s'accumulent et ils sont toujours tous identiques. Elle perd du temps à être ici, elle n'aurait jamais dû venir car personne ne l'aide. Pendant qu'on la traite de folle, Lou est toujours entre les mains de cette bête d'Arthur, en danger. Delph préfère ne pas imaginer ce qu'elle doit subir, sinon elle tomberait dans la folie.
Donc elle explique, encore une fois, toutes ses preuves au médecin en les détaillant toutes avec soin. Un jour on la croira, elle n'a pas d'autre choix, sinon cela signifie qu'elle ne sortira jamais d'ici et que ses amies ne seront jamais secourues. Donc elle insiste encore et toujours. Mais comme d'habitude, la réponse est la même.
On lui explique qu'un cheveu isolé peut paraître plus clair, qu'Arthur a déjà expliqué pourquoi il s'était inscrit à cette association, que la police a déjà très bien fait son travail et que les photographies trouvées dans l'ordinateur d'Hermine ne permettent pas de voir assez bien son visage et qu'Hermine est une femme adulte qui peut très bien partir sans prévenir Delph, d'autant plus qu'Hermine et elle n'étaient pas proches et ne s'était rencontrées que quelques fois.
Mais surtout on lui rappelle que les médecins légistes ne font pas de complot pour inventer une mort à un jeune policier sans histoire, que ce sont des événements que nous voyons dans les romans mais jamais dans la vraie vie.
— Vous avez imaginé toute cette histoire pour ne pas faire face à la réalité Delphine. Vous vous êtes toujours réfugiée dans la littérature, dans les fables mais cette fois vous avez inventé votre propre histoire. Mais ici nous sommes dans la vraie vie, Léandre était un tueur en série, il était jaloux de tous ces hommes qui vous regardaient sur internet il a donc décidé de les tuer. Tout comme il a tué votre amant.
— Ce n'était pas mon amant.
Delph a inconsciemment levé la voix et tapé du poing sur la table, agacée que l'on puisse penser qu'elle ait aimé un monstre comme Arthur, ce qui surprend le médecin qui note alors ce qui vient de se passer dans son grand carnet.
— D'accord Delphine, je vous crois.
Elle sait très bien que ceci est un mensonge mais Delph décide de ne pas relever ce détail, elle a l'habitude à présent. Tout le monde dit la croire mais personne ne l'écoute, jamais.
— Et Léandre n'a jamais tué personne. Je suis désolée de me répéter docteur, mais je vous dis qu'Arthur n'est pas mort.
Et c'est reparti pour un tour. Cela est lassant, même pour Delph, mais que pourrait-elle faire d'autre ? Sans la police elle n'a aucun pouvoir sur Arthur et la justice, et tant que la médecine ne l'aura pas déclarée saine d'esprit jamais ils ne l'écouteront. Elle doit donc convaincre les médecins qu'elle a raison, coûte que coûte.
Mais plus les jours passent, plus il est difficile pour Delph de continuer à s'expliquer. Ses arguments semblent de plus en plus légers, ses explications sont de plus en plus confuses et ses preuves de plus en plus petites comparées aux explications de son médecin. Elle s'en veut de ne pas réussir à s'expliquer, si seulement elle était plus éloquente on l'aurait déjà écoutée depuis longtemps. Et elle sent que petit à petit elle perd de sa force, celle qui lui permettait de se répéter sans cesse jusqu'à présent.
Cependant elle n'a pas encore abandonné, même si cela est difficile, elle rappelle à qui veut l'entendre qu'il faut retrouver Arthur. Elle aimerait le dire à des personnes plus importantes dans une enquête que des aides soignants, des infirmiers et des médecins, mais elle fait avec ce qu'elle a. Qui sait, peut-être que l'un d'entre eux connaît un super enquêteur de la trempe de Yaël qui ouvrira l'enquête à nouveau et qui arrêtera le vrai coupable.
— Tu devrais arrêter de te répéter.
— Pardon ?
Delph se retourne en direction de la mystérieuse personne et découvre alors une vieille femme concentrée sur son tricot.
— C'est inutile, ils savent que tu es folle, donc rien de ce que tu diras ne seras pris au sérieux.
— Mais c'est la vérité pourtant.
— Peu importe, personne n'écoute jamais les indigents.
La femme ne se donne même pas la peine de lever la tête et compte ses mailles pendant qu'elle s'adresse à Delph.
— Je ne suis pas folle, essaye de se défendre Delph.
— Tu ne serais pas ici si tu ne l'étais pas. N'as-tu donc jamais remarqué que tout le monde ici dit ne pas être fou ? Pourquoi serais-tu différente des autres ?
Delph se retrouve alors prise au dépourvu. Y a-t-il une chose plus compliquée que de devoir expliquer pourquoi nous ne sommes pas fous ? Elle décide donc de détourner la conversation.
— Et pourquoi je devrais vous écouter ? Vous aussi êtes dans un hôpital psychiatrique.
— Mais plus pour longtemps, je sors bientôt. À ton avis pourquoi ai-je besoin de me tricoter une écharpe. Et si je peux bientôt m'échapper c'est parce que j'ai compris que si j'étais ici c'était parce que j'avais besoin d'être aidée. Donc arrête de croire que le monde est contre toi, car quand on pense cela ça signifie toujours que nous sommes le problème.
Serait-il possible que cette drôle de petite dame ait raison ? Il est vrai que Delph est seule contre tous, ce n'est pas la première fois qu'elle se sent persécuté et les fois précédentes cela n'était qu'une illusion de son esprit, donc cette fois-ci peut-elle être différente ?
Il est vrai qu'elle a connu beaucoup d'événements traumatisants, peut-être que cela était trop pour son cerveau déjà malade et convalescent. Puis, craquer peut arriver à tout le monde après avoir dû pleurer la perte de son amie et son amoureux. Delph a tout perdu, sa liberté, puis Lou et enfin Léandre en quelques semaines, cela serait difficile à vivre pour n'importe qui.
Peut-être que Lou avait elle aussi des problèmes que Delph a ignoré et qu'elle a alors décidé de partir pour recommencer une nouvelle vie ailleurs. Peut-être que Léandre ne supportait pas que Delph s'expose. Elle a bien vu comment il n'a pas supporté que Delph ait envoyé des messages à Arthur, donc peut-être que c'étaient ça, sa véritable personnalité, celle d'un homme possessif et violent. Après tout, les gens disent toujours que ce voisin qui est aujourd'hui accusé d'être un monstre était au-dessus de tout soupçon. Et Léandre l'était, il était tellement gentil, tellement compatissant, tellement parfait.
Mais Delph est coupé dans son introspection intérieure par un aide soignant qui lui tapote sur l'épaule.
— Delphine, il y a une personne de ta famille dans le parc qui est venu te voir.
Delph est surprise par cette annonce, non seulement car jamais personne n'est jamais venu la voir à l'hôpital mais surtout parce que sa famille ne s'est jamais préoccupée d'elle.
— Un membre de ma famille ? Vous êtes sûr ? Qui est-ce ?
L'infirmier regarde alors le plafond et claque des doigts comme si cela pouvait activer sa mémoire.
— Ah attendez, c'est un prénom peu commun ça sonne comme un prénom scandinave, attendez... Oh oui c'est ça, Björn.
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Allumette
ActionCommencez ce roman policier par la fin. Et voyons si cela vous aidera à démasquer le ou les coupables. «Cette personne vient de mourir. Pour la seconde fois.» Intrigant non ? Et pourtant ici pas de magie ni zombie. Pourrez-vous résoudre ce mystère...
