Le début d'après-midi baigne la cour de récréation de sa fraicheur de début d'automne. Dans le sous-bois improvisé en terrain de foot, une dizaine de garçons essaient vigoureusement de marquer en tirant à travers des buts fabriqués avec des tas de manteaux. Quelques personnes les regardent en discutant, et font semblant de s'enthousiasmer lorsqu'une équipe gagne un point.
Assise sur les escaliers, je discute avec Nina. À quelques mètres de là, suffisamment en retrait pour se garantir une certaine intimité, Théo et Justine s'embrassent et se murmurent des mots doux. Il caresse délicatement sa taille. Tout en écoutant mon amie qui se plaint de ses parents, je fixe le couple avec une maigre jalousie. Leur tendre intimité est difficile à ne pas envier.
Comme si le destin avait décidé de me tirer de mon célibat, Nina s'arrête de parler et me chuchote discrètement :
— Meuf, y'a Romain qui arrive.
— Oh merde...
Il est effectivement là, de plus en plus proche avec sa démarche assurée. Étrangement au vu de son QI, il ne s'habille pas trop mal. Son jean légèrement large tombe avec une certaine prestance sur ses basket, et puis sa carrure bien entretenue lui permet de rendre honneur à la coupe de son t-shirt. Il sourit à Nina et à moi avec la confiance permise par sa virilité et son intelligence atrophiée. On se retient d'éclater de rire à cause du souvenir de notre soirée arrosée.
— Salut Charlotte, on peut discuter ?
— Ouaip grave ! s'empresse de répondre Nina à ma place. Faut que vous discutiez. Je me tire !
Elle se lève d'un bond et s'apprête à partir mais, au dernier moment, elle m'adresse un clin d'oeil et murmure quelque chose à l'oreille de Romain qui le fait sourire. Je devine à peu près la teneur de sa phrase, quelque chose comme "elle est dingue de toi", sans doute. Je l'insulte sans me préoccuper de la réaction de Romain, qui fait comme si de rien n'était et s'assoit à côté de moi.
— Ouaip euh, à propos de l'autre soir...
— Quoi ?
— Ça te chauffe qu'on se voit un jour ? Genre on peut aller quelque part.
— Où par exemple ?
— Un resto ? Ou un ciné ?
— Tu m'invites au resto ? C'est toi qui payes ? T'as de l'argent toi ?
— Bah ouais, je peux. Tu préfères quel genre de resto ?
— J'sais pas, surprend moi. Tu penses que c'est quoi mon resto favoris ?
— J'pense t'es du genre à être une meuf qui kiffe les sushis.
— Ah ouais, pourquoi ?
— J'sais pas t'as un côté snob un peu... mais dans le bon sens du terme, tu vois ? Genre t'es classe et tout.
— C'est vrai que je suis grave classe.
Il se marre légèrement. Je réalise sur le moment que, même assis à côté de moi, il me dépasse bien de vingt centimètres. Sa présence large et imposante a quelque chose de presque rassurant. Je soutiens son regard dans l'attente qu'il trouve quelque chose pour relancer la discussion.
— Donc sushi c'est bon ?
— Si tu payes c'est bon.
— Ah ouais t'es vraiment pas dans les délires féministes de l'égalité toi.
— Je suis juste tellement féministe que je considère que l'homme doit payer pour rembourser tout le mal qu'il a fait à la femme.
— Je t'ai pas fait de mal, moi ?
VOUS LISEZ
L'amie de mon ami
Romance[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
