19 - Possessive

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Dans la chambre de Justine, le playlist des hits du moment passe à un volume réduit. La lumière hivernale du début de matinée peine encore à illuminer la pièce. Mon amie est couchée sur le dos. Ses fesses me servent d'oreiller. Je les ai déjà accusées de ne pas être assez confortables pour ma tête délicate et, en même temps, je trouve une certaine satisfaction à sentir leur surface rebondi sous mon crâne. 

On scroll chacune sur notre téléphone. On pourrait aussi bien ne pas être ensemble. On a atteint ce stade où ne ressent plus le besoin de faire semblant, de surjouer l'amitié même quand nos batteries sociales sont à plat. J'entends les tiktok qui défilent dans son iPhone tandis que je traine sur Instagram. 

Depuis la discussion avec mes parents, je repense à cette idée du mannequinat. Le matin, dans le miroir, je me demande si j'ai mes chances. Je suis persuadée que non. C'est un peu comme ces idiots qui se lancent pour devenir acteur en s'imaginant être Timothée Chalamet, mais qui terminent à la salle de théâtre associative de Brives-La-Jolie. 

— Juju, tu veux faire quoi plus tard toi ? 

— Ouh la la, question existentielle... J'sais pas... Peut-être avocate. 

— T'es sérieuse ? J'te vois tellement pas en avocate !

— Je t'emmerde en fait. Pourquoi tu me vois pas ? 

— J'sais pas ça a l'air chiant... T'es là tu prépares tes dossiers pour aider des connards à pas aller en prison, je pense que j'aurais envie de me tailler les veines. 

— Ouaip mais les plaidoyers c'est stylé quand même, et puis le fait de défendre la justice j'sais pas... tu te sens utile un peu. 

— Quand tu vas défendre les violeurs et les milliardaires tu vas grave défendre la justice. 

— Non mais je vais choisir mes cas tu vois ? J'suis pas conne. 

En discutant, on repose nos téléphones. Nos mains libres s'aventurent par réflexe l'une dans l'autre. Nos doigts se chatouillent timidement. En vérité, je l'admire d'avoir un plan aussi clairement défini, une ambition aussi précise. Même si je serais incapable de me satisfaire d'un tel métier, le fait qu'elle puisse s'y projeter m'impressionne. 

— Et qu'est-ce que tu ferais si ça marche pas ? 

— Non mais dis tout de suite que j'suis pas assez douée pour faire du droit ! 

— Excuse-moi d'avoir oublié que t'étais obligée de réussir tout ce que t'essaie ! Je savais pas que je discutais avec Dieu en fait. 

— Non mais je vais pas "rater avocat", y'a plein de gens nuls qui y arrivent. Au pire je serais dans un cabinet de merde mais en vrai je pense que je serais forte. 

— Bon par contre énorme gâchis si tu te retrouves dans la grosse robe noire moche... Le seul intérêt c'est qu'on pourra t'appeler maitresse, j'avoue que c'est un peu sexy. 

Elle éclate de rire. Nos doigts continuent de se caresser tendrement. De sa main libre, je la sens qui joue avec mes cheveux. Malgré l'angoisse larvée qui plane dans ma tête, sa proximité me réconforte. J'effleure mécaniquement la douceur de sa cuisse. J'aime sentir sa peau sous mes doigts, savourer qu'elle me laisse la toucher sans y faire attention, la banalité de nos étreintes. Comme si on avait admis qu'on appartenait à l'autre. 

— Y'a pas de "maitresse", c'est "maitre" pour tout le monde, même les meufs. T'as jamais regardé une série sur des avocats ou quoi ? 

— Putain donc tout pue la merde en fait ? 

— Mais toi tu veux faire quoi au lieu de me dire que mon métier est à chier genre ? 

— Bah j'sais pas justement... j'pourrais être ta secrétaire ? 

L'amie de mon amiDes histoires addictives. Découvrez maintenant