Je traverse le cours de gymnastique avec l'impression persistante que je ne devrais pas être là. Tandis que je me tiens en équilibre sur les barres parallèles, les abdos contractés sous l'attention de la professeure, je sais que Justine affronte la tempête. Sans moi. Même si elle m'a répété mille fois qu'elle voulait se débrouiller seule, je continue d'être hantée par la curiosité et la culpabilité. J'aurais dû faire front à ses côtés.
De toute façon, le simple fait de savoir ce qu'elle est en train de traverser pour moi me rend incapable de me concentrer sur les exercices. À plusieurs reprises au milieu d'une performance, je phase en dissociant mon cerveau de mon corps. Le grand écart se poursuit tout seul : ma tête est à des kilomètres de ce gymnase.
Nina le remarque. Elle se moque de moi et me force gentiment à me calmer. J'adorerais suivre ses conseils, mais je trépigne d'impatience. Je voudrais que ce tunnel de l'incertitude s'achève. Même si on approche de la fin, j'ai l'impression qu'on ne va jamais en voir le bout. Après que Justine se soit séparée de Théo, ce sera mon tour. Je ne vais pas y échapper. Mais au fond, moi, je m'en fous. C'est pour elle que ça doit être le plus dur.
Par instants, j'arrive à me replonger dans le présent, à être pleinement concentrée sur mon salto. Mais dès que mes pieds foulent à nouveau le sol, que mon corps cesse d'être soumis aux règles exigeantes de l'exercice physique, je me laisse happer à nouveau par mon imagination. Je déteste vraiment être éloignée du centre du jeu. Si je ne suis pas la personnage principale d'une discussion, je ne peux pas m'empêcher de me dire que les choses vont mal se passer.
Pourtant, quand Justine arrive dans le gymnase pour s'installer sur un banc, son sourire m'assure qu'elle s'en est bien sortie. On se jauge de loin. Il reste cinq minutes de cours, je devrais pouvoir attendre avant d'échapper à l'autorité de l'entraîneuse. Sauf que je n'y arrive pas. Je quitte les rangs pour la rejoindre.
Toujours assise, comme s'il fallait qu'elle reprenne des forces après son effort, elle me regarde de haut en bas. Je réalise que je suis transpirante, les cheveux attachés dans un chignon d'une efficacité piteuse. Ce n'est pas vraiment le genre de spectacle que j'aurais aimé lui offrir juste après sa rupture. Mais à ma grande surprise, sa première phrase est :
— Pourquoi c'est pas illégal d'être aussi sexy en fait ?
Je baisse les yeux vers le jogging et la brassière qui me servent d'uniforme de sport, avant de retourner à Justine pour m'assurer qu'elle ne se fout pas de ma gueule. L'envie qui brille dans son regard ne trompe pas. Je ne réponds rien. Je savoure la manière dont elle admire mon ventre, mes bras, mon visage. À travers elle, je me sens sublime.
— Tu devrais t'habiller plus souvent comme ça en vrai.
— Maintenant qu'on est lesbiennes on va être obligées de mettre des survêt' c'est ça ?
— En tout cas clairement il est hors de question que je rate un de tes cours de gym à partir de maintenant si t'es toujours comme ça.
— Tu vas me mater pendant une heure ?
— Maintenant que t'es ma meuf je peux te mater autant que je veux non ? Sinon le truc a pas tellement d'intérêt je crois.
On échange un sourire et puis elle se lève enfin de son banc pour m'embrasser. Pendant plusieurs secondes, je me laisse vampiriser par l'ébullition de ses lèvres, et il faut que la voix de Nina nous arrête dans notre fougue pour que je réalise que c'est la première fois qu'on échange un authentique baiser en public, et pas l'une de ces fausses démonstrations d'affection rieuses qui ponctuaient nos soirées.
— Je sens que je vais avoir envie de vous étrangler hyper vite, je regrette presque d'avoir aidé à ce que ça fonctionne entre vous quand je vous vois là.
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L'amie de mon ami
Romance[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
