En cours de mathématiques, le professeur récite sans conviction un théorème qui ne nous servira jamais dans la vraie vie. Avec une craie qui grince à chaque fois qu'elle effleure le tableau, il dessine des équations difformes dont les chiffres, à peine lisibles, semblent provenir d'une langue extraterrestre vaguement inspirée de notre écriture.
Malgré tous mes efforts pour me concentrer, je ne comprends pas la moitié des mots qu'il emploie. En fait, je ne comprends pas le but de cette séance, sinon à rassurer quelques marginaux qui contrebalancent leur déficience sociale par des capacités de calcul aussi hors-normes qu'inutiles.
À chaque fois que Timothée prend la parole pour répondre à une question du professeur, et ainsi étaler à la classe sa prétendue intelligence, Nina et moi échangeons un rire dégoûté. C'est pitoyable de chercher à ce point l'affection d'adultes qu'il ne croisera jamais ailleurs qu'en salle de cours. Peut-on vraiment ne pas avoir d'amis au point qu'une félicitation d'un enseignant représente une interaction sociale digne de se donner en spectacle devant toute la classe comme un singe savant ?
Depuis la crise autoritaire de nos parents, Nina s'est mise à prendre des notes avec une intensité redoublée. Comme moi, elle essaye de suivre les élucubrations de notre professeur, mais elle parait légèrement plus efficace pour en tirer un contenu à noter dans son cahier. J'en suis encore au stade où je ne sais pas ce qui est important et ce qui n'a aucun intérêt.
— Ça avance avec tes parents ? Tu me manques en vrai meuf... enfin un peu quoi. C'est pas pareil les soirées sans toi.
— Non ils sont trop chiants vraiment ils refusent la moindre négociation... En plus, ça arrive pile quand j'étais à deux doigts de passer aux choses sérieuses avec mon mec, j'ai la haine.
— Ah donc c'est pas moi ton principal regret, c'est un gars que t'as rencontré y'a un mois ? Je note....
— Reviens me voir le jour où t'auras une bite sinon.
— Pour toi bébé, j'enfile le gode-ceinture tous les jours !
À la table d'à côté, Margaux, qui n'a visiblement rien de mieux à faire que d'écouter notre conversation, soupire bruyamment en affichant une mine atterrée. Je me tourne vers elle pour chuchoter :
— On t'a parlé à toi ?
Elle commence par faire comme si elle n'avait rien entendu, adoptant son mode d'auto-defense préféré : l'ignorance. Mais, avec une volume si bas que je me demande si elle n'espère secrètement qu'on ne l'entendra pas, elle marmonne :
— Vous faites pitié...
— C'est toi qui fais pitié ! rétorque Nina.
Je me tourne vers mon amie en me retenant d'éclater de rire :
— Ah ouais, t'as de la répartie aujourd'hui ! C'est ton crush sur elle qui te fait perdre ton éloquence ?
Elle s'apprête à riposter quand le professeur porte son attention vers notre table et interrompt son monologue sur les fonctions dérivées pour citer nos deux noms. Il baisse les yeux et ses lunettes carrés, parfaitement hideuses, glissent légèrement pour atteindre le bout de son nez.
— On vous dérange peut être, mesdemoiselles ?
— Monsieur là c'est pas nous c'est The L... c'est Margaux qui se moque de nous.
— Peut être mais c'est vous que j'entends donc essayez de prendre exemple sur elle et de parler en silence. Et puis vous pourriez aussi prendre exemple sur ses notes, parce que j'aurais votre moyenne à toutes les deux, je ne me permettrais pas de parler en cours.
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L'amie de mon ami
Storie d'Amore[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
