J'ai à peine le temps de m'installer dans la classe que la sonnerie retentit. L'attention des lycéens est entièrement tournée vers moi, tout le monde voudrait savoir ce qui m'a valu d'être emportée dans le bureau du proviseur. Nina est la seule à qui je vais répondre, mais je lui propose de se retrouver à l'écart avant d'en discuter.
On s'installe dans l'angle de la cours de récréation, loin des cris des garçons qui jouent au foot et de l'agitation globale. Je sens que mon amie est préoccupée et je me demande si c'est dû à mon expression, si ma légère déstabilisation se voit sur mes traits. Malgré tous mes efforts pour sourire, l'abandon de Justine reste bloqué dans mon esprit.
Je la cherche du regard dans la foule. Elle est forcément là. Je connais son emploi du temps par coeur, je sais qu'elle n'a pas encore terminé sa journée. Je reconnais certaines de ses amies, mais elle n'est pas là. Tant pis. Tant mieux. Je préfère encore maintenir la distance entre nous. C'est plus sage.
— Bon alors raconte ! Pourquoi il voulait te voir ?
— C'était pour la vidéo. Quelqu'un lui en a parlé.
— Tu leur a dit quoi ?
— Bah rien. Que je savais pas qui c'était et que je gérais.
Nina s'assombrit. Elle a presque le même air lassé que celui du proviseur. Elle me prend la main, visiblement embêtée. Les reproches débordent de ses yeux.
— Mais pourquoi ?
— Parce que c'est vrai. Je gère.
— Non mais Charlotte, tu penses pas que... Ça fait des semaines que ça se voit que ça va pas. Justine et Théo sont d'accord avec moi, t'es pas bien. C'est évident. Fallait en profiter là. Tu risques quoi ? Enzo est un connard, il mérite.
— Vous discutez dans mon dos avec Justine et Théo ?
— Bah bien-sûr puisqu'on peut pas t'en parler en face. On s'inquiète en fait.
— Et vous parlez de quoi d'autre ?
— J'sais pas... de rien. Surtout de ça. Du fait que tu vas pas bien et qu'on sait pas trop quoi faire parce que t'es un putain de mur.
Je soupire. C'est probablement le moment. Je m'assure à nouveau qu'il n'y a personne autour de nous et je reporte mon attention sur la mine inquiète de mon amie. Je crois que je suis encore plus stressée qu'avec Justine, mais mes entrailles me poussent à oser. Je tremble quand les mots sortent de ma bouche :
— Tu veux que je te parle ? T'es sûre que tu veux savoir ce qui va pas ?
— Bah évidemment. Meuf je comprends même pas pourquoi tu veux pas m'en parler depuis aussi longtemps.
— Tu me promets que tu vas pas faire de problèmes ?
Elle se raidit. Elle comprend que c'est plus compliqué qu'une simple vidéo, que ça n'est pas juste une histoire binaire de victime et de bourreau. Je lâche sa main à cause du mauvais souvenir des aveux avec Justine, où l'étreinte de nos doigts m'avait fait ressentir précisément la perte de l'affection de mon amie.
— Je te jure.
— Ok, bon bah... je sais pas trop comment dire ça mais... j'aime Justine.
— C'est-à-dire ? C'est tout ? Moi aussi j'aime Justine, elle est cool. Enfin vous êtes inséparables depuis le début de l'année, je me doutais un peu que tu la détestais pas. Mais du coup c'est quoi, vous vous êtes disputées ?
— Non mais je l'aime vraiment. Genre, vraiment. Pas comme une amie.
— Attend... Genre amoureuse ?
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L'amie de mon ami
Romance[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
