Depuis le fond de la classe, seule à ma table, je lance des regards vers Nina qui fait exprès de ne pas me voir. Elle discute avec la fille assise à côté d'elle, rit de temps en temps, s'assure que je remarque bien qu'elle m'ignore. À un moment, le professeur lui demande d'arrêter de perturber son cours. Elle se plaint un peu et recommence dès qu'il a le dos tourné.
Même si ma fierté me pousse à attendre qu'elle fasse le premier pas, je finis petit à petit par me faire à l'idée que ce sera à moi d'entamer la réconciliation. On partage cette même capacité à ne pas s'incliner, quoi qu'il arrive. Cette même dignité qui nous empêche de baisser les yeux ou de nous excuser. Espérer qu'elle abandonne pourrait durer des semaines.
J'en ai marre d'être passive.
Je la connais suffisamment pour savoir qu'elle attend nos retrouvailles à peu près autant que moi. Dès qu'on se sera retrouvées, elle s'empressera de me raconter à quel point tous les gens avec qui elle a trainé durant notre séparation l'ont ennuyée. Je suis convaincue qu'elle s'impatiente. Elle ne cédera pas d'elle-même, mais elle rêve que je la fasse céder.
Alors, à la fin du cours, en acceptant d'être celle qui supplie et se ridiculise un peu, je la rattrape dans le couloir. J'interromps la discussion qu'elle fait semblant d'avoir avec sa nouvelle amie, et je la tire par le bras pour l'isoler. Elle exagère son indifférence agacée qui ne me touche pas. Ce n'est que de la mise en scène. Il n'empêche que je dois jouer mon rôle :
— Je peux te parler ?
— Ah tu veux me parler maintenant, c'est nouveau ça !
— Non mais arrête de faire la meuf pour rien à un moment.
— Tu fais des bails dans mon dos pendant des semaines et après je "fais la meuf pour rien" ?
Les élèves qui continuent de quitter la salle se tournent vers nous. Je me demande à quel point on a élevé notre réputation cette année, en enchaînant toutes ces affaires. Tout le monde connaît mon nom, a vu la vidéo, et m'a probablement aperçue en train de me disputer ou de me réconcilier avec quelqu'un dans le lycée. Je suis un personnage public, mais pas dans le sens que j'aurais aimé.
— Mais qu'est-ce que ça peut te faire que je kiffe Justine en fait ?
— Le problème c'est pas que tu la kiffes. C'est que l'idée de m'en parler t'ai jamais traversé l'esprit.
— Vu comment tu réagis, j'avais peut-être raison de pas t'en parler... Et je sais que tu vas dire que t'as d'excellentes raisons de réagir comme ça, et peut-être que c'est vrai. J'suis désolée du coup.
Je lâche mes excuses comme on avale un médicament à la saveur affreuse : le plus vite possible en essayant de faire abstraction du dégoût. Il fallait en passer par là, de toute façon. Nina me toise de haut en bas. Je sens que le "désolée" a fait mouche, et qu'il s'agit désormais seulement de jouer les prolongations. Elle maintient pourtant sa moue saoulée, pour le spectacle. Il faut dire qu'elle maitrise cette expression de lassitude supérieure à la perfection.
— Crois-pas que ça va suffire de juste t'excuser.
— Bah ouais mais je fais quoi alors ? J'peux pas remonter dans le temps pour t'en parler plus tôt.
— Non... mais tu peux m'en parler maintenant.
— Bah c'est ce que je fais, là.
— Non mais m'en parler vraiment. Je connais tous les détails de ta vie. Crois-pas que parce que tu te tapes une meuf, tu vas pouvoir passer entre les mailles du filet. C'est ta chance de te rattraper là.
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L'amie de mon ami
Romansa[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
