12 - Nocturne

2.3K 81 1
                                        

Dans l'enceinte de Justine, une playlist pop joue à un volume suffisamment réduit pour qu'aucune de nous n'y fasse réellement attention. Dehors, la nuit tombante transforme la fenêtre en une vaste plaque noire qui semble donner sur le néant. La lampe au plafond projette les ombres de nos deux corps, assis à genoux sur les couvertures froissées. 

Par terre, deux bouteilles d'eau remplies de vodka pour tromper un potentiel regard parental trainent à côté de quelques sodas. Des verres se tiennent déjà prêts pour accueillir les mélanges impurs qui aiguilleront la nuit. Dans un bol, un stock de cacahuètes déjà bien entamé se vide progressivement lorsque nos mains s'y aventurent mécaniquement. 

Quand la sonnerie retentit à l'entrée de l'appartement, je m'empresse de me lever pour aller récupérer notre repas. Au salon, les parents de Justine regardent un film qui parait particulièrement ennuyant. Les restes de leur diner, assiettes et couverts sales, s'entassent dans l'évier. J'ouvre la porte et le livreur me tend le sac en carton qui contient notre commande. Je le remercie et je croise le regard de la mère de Justine en retournant vers la chambre. 

— On aurait pu vous préparer à manger, vous savez ? 

— Non mais ça nous dérange pas de commander. 

— Je m'en doute que ça vous dérange pas, c'est pas vous qui payez !

J'acquiesce poliment, comme pour la remercier de son accueil et du financement de notre nourriture. Je les laisse à leur visionnage cinématographique et je ferme la porte de la chambre derrière moi. Justine découvre ma cargaison avec envie. 

— Nina a mis un message sur la conv : c'est vraiment mort, elle a tout tenté mais ses parents lâchent rien. 

Je soupire en commençant à sortir les sushis du sac. Justine et moi quittons le confort douillet du matelas pour s'assoir à même le sol. J'étale les makis, le riz, la soupe miso et autres gyoza sur une vaste surface. Les odeurs de friture et de saumon envahissent progressivement la pièce et il ne nous faut pas plus de quelques secondes pour se jeter sur nos baguettes. 

— Ils sont trop chiants... à croire Nina va avoir de meilleures notes si elle est coincée chez elle. Elle va juste mater des Tiktok au lieu de parler avec nous, ça suffira pas à lui donner la moyenne en maths. 

— N'empêche ils sont grave organisés vos parents, ils s'appellent et tout... Ils se connaissent depuis quand ? 

— Depuis toujours. On s'est rencontrées à la gym quand on était petites, à l'âge où forcément les parents rencontrent les parents de tes potes à la moindre occasion. Ils ont jamais été potes (j'suis pas sûre que mes parents puissent avoir des potes de toute façon) mais bon, ils se fréquentent quoi. 

— C'est vrai que vous allez à la gym, putain. J'vous ai jamais vu en faire... Peut-être qu'on pourrait enfin tenir le premier truc dans lequel t'es douée. 

— Crois pas que juste parce que tu joues du piano, tu peux te sentir trop stylée comme ça. 

Elle me sourit et récupère un maki California entre ses baguettes. Elle porte un haut rouge dont le col, extrêmement large, tombe sur son bras droit en dévoilant au passage une épaule à peine couverte par une bretelle de soutien-gorge. Quand elle se penche en avant pour piocher dans le banquet, j'entraperçois sa poitrine dans le creux tombant de son col. Je me retiens d'y faire attention, mais ma curiosité me force quelques coups d'oeil furtifs. 

— Tu me feras une démo, un grand écart ou un salto ? 

— J'vais éviter les salto dans ta chambre mais je peux te faire un petit truc quand j'aurais digéré. Parce que t'inquiètes que ma souplesse est inversement proportionnelle au nombre de brochettes boeuf-fromage que j'ai dans l'estomac. 

L'amie de mon amiDes histoires addictives. Découvrez maintenant