L'appartement de Justine se situe au dernier étage d'un immeuble à l'élégance vieillissante. Dans la cage d'escalier, un tapis rouge au velours usé recouvre les marches. Les grandes fenêtres donnent sur une rue du centre ville, où l'on entend le moteur des voitures et les discussions des passants se mélanger dans un bruit de fond urbain.
Par dignité, Nina et moi avons décidé de négliger l'ascenseur au profit des escaliers, autant pour brûler quelques calories que pour pouvoir se moquer de l'autre dès que l'on entendra un début d'essoufflement. À chaque étage, on tend l'oreille dans l'espoir de pouvoir se traiter de grand-mère. Ma routine d'exercice matinale paye, puisque c'est Nina qui lâche le premier soupir épuisé.
Sa respiration brouille le silence lorsque l'on toque à la porte de Justine. Elle nous ouvre et s'empresse de nous faire la bise. Son appartement est plus modeste que ma maison, mais profite quand même d'un espace richement décoré, qui trahit l'intérêt certain de ses parents pour les arts en général et la peinture en particulier. Plusieurs tableaux trônent sur les murs blancs, et quelques beaux-livres décorent la table basse en verre.
Théo arrive à la suite de sa copine et nous fait la bise à son tour. En marchant vers la chambre de Justine, j'étudie les lieux que je traverse : le grand salon, puis le couloir étroit qui donne sur trois chambres différentes et une salle bain. Justine ferme la porte derrière nous avant de bondir sur son lit. Hormis sa bibliothèque à moitié remplie et les posters de chanteuses qui couvrent les murs, il y a des dizaines de vêtements qui trainent à même le sol et un piano électrique repoussé dans un coin.
— Faites pas gaffe au bordel, c'est juste que je vous considère pas comme des invitées assez importantes pour prendre le temps de ranger.
— T'inquiètes... tu joues du piano ?
— Non, j'aime juste avoir un énorme truc qui prend de la place dans ma chambre pour rien.
— Ouais, c'est bien ce que je me disais. T'as pas une tête de quelqu'un qui sait jouer de la musique.
Justine affiche une moue faussement outrée, dont l'agacement est entaché par le sourire qu'elle n'arrive pas totalement à masquer.
— Parce que tu sais jouer de la musique toi, peut-être ?
— Moi je fais pas semblant en ayant un piano dans ma chambre pour me donner un genre.
— Tu vas voir si je me fais semblant.
Elle se lève et s'installe sur le petit tabouret qui jouxte l'instrument, sous l'attention captivée de Nina, Théo et moi. Elle s'étire un peu avant d'approcher ses mains du clavier. Juste avant de commencer à jouer, elle marque une pause dramatique, nous jette un dernier coup d'oeil plein d'assurance et pose enfin ses doigts sur les touches.
Elle se lance dans un morceau que je ne connais pas. Probablement un classique qui date d'il y a quelques siècles. Ses doigts filent à toute vitesse. Sans aucune expertise, je devine que c'est une mélodie difficile. La cadence est impressionnante. Petit à petit, Justine semble nous oublier. Son dos parfaitement droit et immobile soutient les gestes subtils de ses bras, d'une précision chirurgicale. Elle se laisse emporter par la musique, et je me laisse emporter par son visage concentré.
Son regard bleuté, souligné par son adorable frange dorée, parait se perdre dans la vague. Elle regarde à peine les touches, ne semble pas les voir. Il se dégage d'elle une impression de communion saisissante. La minutie de ses doigts qui se déplacent sur le clavier s'apparente à une sorte de danse infinitésimale, d'une discrétion qui rend chaque micro-mouvement d'autant plus impressionnant.
La cadence du morceau s'accélère mais Justine ne faiblit pas. Je réalise qu'elle joue sans partition. Tout se fait de tête. En la voyant s'abandonner avec un tel investissement dans son art, je regrette soudainement que mes parents ne m'aient jamais forcée à jouer d'un instrument. Je me penche à l'oreille de Théo pour lui murmurer :
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L'amie de mon ami
Romance[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
