L'arrivée au lycée se fait avec l'impression merveilleuse d'être au sommet du monde. Justine a passé la nuit chez moi et il n'y a pas de sensation plus merveilleuse que de faire le chemin qui me conduit en cours avec sa main dans la mienne. J'essaie d'ignorer la petite voix qui complexe à l'idée d'officialiser notre couple en me concentrant sur le bonheur pur de notre proximité.
Deux filles main dans la main, de toute façon, ça ne veut rien dire. Presque personne ne semble remarquer ce qui est pourtant à nos yeux une victoire immense. De toute façon, on les emmerde. Quand vient le moment de se séparer pour rejoindre nos classes respectives, on hésite une courte seconde avant d'échanger un baiser qui a valeur de défi adressé au reste de l'établissement. On se sépare le sourire aux lèvres, déjà impatientes de se retrouver à la récréation.
La joie s'estompe un peu en voyant Théo qui attend devant la salle de classe en discutant avec ses amis. Nos regards se croisent et je devine que les prochaines minutes ne vont pas être spécialement reposantes. J'inspire un grand coup et je décide d'être celle qui se jettera au combat.
— Tu veux qu'on parle ?
Il échange un dernier coup d'oeil avec ses amis. Est-ce qu'ils savent ? S'il ne leur a pas tout raconté, il vont rapidement remarquer que son ex m'embrasse dans les couloirs du lycée. Je me sens soudainement presque coupable. Comment j'aurais réagis si un de mes petits-amis m'avait larguée du jour au lendemain pour se donner en spectacle avec un autre mec ? Nina, en tout cas, n'aurait pas hésité à se moquer de moi pour l'éternité.
On s'éloigne un peu du groupe tous les deux. J'essaie de trouver la colère dans son visage, l'agacement, l'hostilité, n'importe quoi qui m'indique la teneur de la discussion qu'on s'apprête à avoir. Pour l'instant, il a simplement l'air lassé, passivement agacé. Il finit par me demander d'un ton frustré :
— Bon, qu'est-ce que tu veux me dire ?
— Bah... je sais pas. Je pensais que tu voudrais qu'on parle de Justine ?
— Pour dire quoi ?
Sa question me prend de court. J'étais convaincue qu'il aurait ressenti le besoin instinctif de me démolir sur la place publique, de me faire comprendre à quel point je suis une mauvaise amie et une salope. Mais il se contente de cet ennui impassible.
— T'as vraiment pas envie de m'engueuler ?
— Tu veux que je t'engueule ? C'était juste pour m'énerver tout ça ? T'es en train de m'avouer que vous avez inventé ça pour me faire chier ?
— Non, pas du tout ! Mais j'sais pas, c'est... Tu t'en fous ? Genre ça te fait rien ?
— Charlotte, je te connais. Je t'ai déjà vue faire. T'es pas capable d'avoir des remords. Je vais pas me faire chier à te révéler ce que tu sais déjà. C'est pas moi qui m'en fous, c'est toi.
Maintenant, c'est moi qui ai envie de le démolir. Son agressivité faussement détachée me provoque une montée d'adrénaline qui me force à me retenir pour ne pas le frapper. Sa façon de faire le type blasé et supérieur le rend exceptionnellement antipathique.
— D'où tu dis que je peux pas avoir de remords en fait ?
— Donc t'as des remords là ? Tu regrettes ? Tu te sens coupable ?
— Bah bien-sûr !
— Ça se voit pas. Qu'est-ce que ça serait si t'étais insensible du coup ?... Meuf, t'as déjà dragué plein de mecs en couple, et avec Nina ça vous faisait marrer. Fais pas semblant d'être la reine de la droiture morale.
— Je fais semblant de rien du tout, mais là franchement tu t'inventes des trucs. Toi aussi ça te faisait marrer quand on parlait des gars en couple. Et puis, en fait, si tu veux tout savoir, j'étais prête à te la laisser, Justine. C'est elle qu'a décidé de rompre.
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L'amie de mon ami
Romansa[romance lesbienne] Charlotte trône au sommet du lycée et endosse son rôle de peste populaire à la perfection : elle enchaine les soirées, les prétendants, et martyrise ses camarades sans se préoccuper de blesser qui que ce soit. Quand son meilleu...
