Dix minutes de retard.
Dix minutes à tergiverser sur le bienfait de mes cachotteries à Alessia.
Dix minutes à mettre au point une surprise afin qu'elle me pardonne.
Dix minutes à rassembler mes idées et les mettre dans l'ordre.
Bref. Mon cerveau est aussi radioactif qu'une centrale nucléaire.
Je pousse la porte du bar miteux où je dois rencontrer mes deux poulets préférés, le moral en berne, les nerfs à vif, et la compromission de mes actes futurs sous terre.
Tout va bien dans le monde d'Alvize, fils d'un avocat véreux et d'une pute.
Je salue vaguement la serveuse, lui commande un double expresso, ignore son sourire libidineux et traverse l'établissement jusque dans le fond où se concentre une estrade, un billard et un mur de cibles pour fléchettes qui ont vu des jours meilleurs.
Je m'assieds sur la banquette en sky, à la propreté douteuse, et qui a dû voir autant de culs que Rocco Siffredi, en face de Ruffo et Abano les deux Carabiniers qui m'observent. Pour le premier avec l'air du Ravi de la crèche, et l'autre, son éternel air acariâtre qui ne le quitte jamais.
— Tu as du retard...
— Non je ne suis pas enceint.
Ma connerie ne fait rire que moi. Les deux me fusillent du regard.
— Ok. Excusez- moi, un contretemps de dernière minute.
Alessia ? un contretemps ?
On progresse dans la goujaterie.
— Alors, reprend Abano, le plus massif des deux et aussi le moins sympathique, qu'est-ce qu'il y a de si urgent...
Il s'arrête dans sa phrase quand la serveuse dépose mon café sur la table et semble attendre quelque chose en retour.
Ruffo lui fait signe de déguerpir d'un mouvement de main, elle accompli un demi tour non s'en nous balancer un regard noir.
— Vous saviez pour Aurora et mon géniteur ?
Je pose la question, parce qu'il faut bien commencer par un sujet. Et celui-là est le moins périlleux de tous.
Le silence qui s'abat à notre table est parlant.
— Vous étiez au jus, donc.
— Ecoute, Alvize, reprend Abano, en s'adossant contre la banquette, depuis le temps que l'on est impliqué dans les affaires de ton père, les découvertes ont été nombreuses... et pas toujours très étonnantes. On a constaté qu'elle se rendait à la prison pour des visites régulièrement. C'est ce qui nous a mis la puce à l'oreille.
Le découvrir a été un choc, mais en avoir confirmation et depuis toutes ses années est un uppercut dans l'estomac. Comment ais-je pu me faire avoir si facilement ? Comment n'ais-je fais pour ne rien voir ?
— Mais encore ?
J'ai comme un mauvais préssentiment en réalisant ce qui m'attend.
— Et toi ? Quand et comment as-tu appris la relation entre la fille Russo et Mattia ?
Bon, pour le moment je n'en saurait pas plus.
Répondre à une question par une autre. Simple et efficace.
Je me mets à leur raconter ma rencontre avec mon géniteur au restaurant. Je n'omets rien. De là où tout à commencé à cause des amours tumultueux entre lui et la mère d'Alessia et Terzo, mais qui a choisi le fils De Luca, de ses sous-entendus sur l'accident des parents de mes amis, qui finalement n'en est certainement pas un, ses révélations sans aucune retenue sur son motif de prendre De Luca Couture avec mon aide. J'enchaîne avec ma course poursuite, ce qui les fait grogner à cause de mon imprudence, pour enfin découvrir que mon père est un queutard, se tapant des nanas de vingt ans plus jeunes. Et je termine par l'aveux de ma belle italienne, la rencontre du Russe avec Alessia il y a quatre ans. Celle qui a signé notre séparation n'étant que des pantins entre les mains de marionnettistes. Au fur et à mesure de l'avancement de mon récit, les réactions divergent, étonnement, placidité, colère.
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Mi Amore
RomanceAlessia est forcée de revenir dans son pays natal, au bord du Lac Majeur, pour enterrer son grand-père Ricardo De Luca. Après des années passées à Londres à étudier à la London Collège of Fashion, Alessia va devoir faire face à la douleur de la pert...
