Alessia
Il est déjà tard quand je déserte les locaux de De Luca Couture, après une journée bien remplie, et surtout avec la fierté du travail accompli.
Toute ma collection a été adoptée, et j'ai pu sélectionner les tissus avec la responsable du flou, pris rendez-vous avec Georgia la couturière en chef, et renvoyer l'autre pétasse dans le seul endroit où elle devrait vivre, les enfers. Au moins elle m'a laissé tranquille le reste du temps, et je ne l'ai pas recroisé de la journée. Ce n'est pas bon signe, mais Terzo m'a signifié son licenciement prochain. Il l'avait prévenu, ainsi qu'Alvize, qu'au moindre faux pas envers moi, sans motifs valables, j'entends, il la dégage.
Elle a abusé bien trop souvent de la générosité de mon frère et de la culpabilité d'Alvize pour tisser sa toile. Elle se pense intouchable, le vent vient de tourner. Il y a un proverbe qui dit : Chi la fa l'aspetti. On récolte ce que l'on sème. Et je pense qu'elle a assez de réserve pour toute une vie.
Même si je me frotte les mains de cette décision, un mauvais pressentiment ne veut pas me quitter depuis qu'Alvize m'a appris pour elle et son père... je ne crois plus aux coïncidences. Et les deux ensembles, c'est la perversité du diable et la cruauté de Lilith réunis.
Je déboule dans la rue avec ce nœud au ventre, et la tête ailleurs, quand un appel de phares me fait lever la tête. Je fronce les paupières en regardant dans la direction de la voiture, quand un beau spécimen en costume, taillé sur mesure, bleu marine sur une chemise blanche, se détache de l'obscurité tel un ange, seulement éclairé par un halo de lumière venant du lampadaire.
Alvize se tient droit, jambes et bras croisés, appuyé contre la carrosserie de sa Maserati Levante, son regard fixé dans ma direction.
Je me statufie, ignorant quel comportement adopter alors qu'il m'a laissée en plan chez lui ce matin. Mais le mâle alpha agit pour moi en se décollant d'un coup de rein tout en passant une main dans sa tignasse malmenée.
Est-ce que je trouve cette attitude sexy ? Assurément.
Est-ce-que l'acrimonie que je ressens envers lui fond comme une glace entre les mains d'un bambin ? Malheureusement oui.
Mais...
— Pourquoi hésites-tu, bébé De Luca ?
Peut-être parce que je suis amère de ta fuite de ce matin sans explication valable.
Alvize se tient face à moi. Son parfum envahit l'air ambiant, je m'abstiens de renifler comme une camée, voire une tarée.
— Hésiter, à quoi Toscanelli ? me reprends-je en reprenant contenance.
En essayant du moins.
Le bel italien fronce les sourcils comme s'il voulait lire en moi.
— A venir vers moi ? à sauter dans mes bras ? à m'embrasser sauvagement ? Coche la case qui te convient, ou les trois même, ça me va.
A mon tour de croiser les bras contre ma poitrine, mouvement qui distrait ses yeux des miens, pour les poser sur l'encolure en V de mon pull en cachemire.
— Mon regard est plus haut, Alvize...
La fin de ma phrase meurt sur mes lèvres dès qu'il amorce un pas de plus, remet une mèche échappée de ma queue de cheval derrière mon oreille, et qu'il pose la paume de sa main libre contre ma joue. Mon visage s'incline automatiquement.
Aucune volonté de résistance.
— Quel est le problème tesoro ? fait-il en accédant à ma remarque de relever ses yeux pour les planter dans les miens.
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Mi Amore
RomanceAlessia est forcée de revenir dans son pays natal, au bord du Lac Majeur, pour enterrer son grand-père Ricardo De Luca. Après des années passées à Londres à étudier à la London Collège of Fashion, Alessia va devoir faire face à la douleur de la pert...
