Chapitre 34

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                                                  Alessia
             
Alvize vient de sortir de la chambre il y a à peine quelques minutes et déjà il me manque. J'ai un mauvais pressentiment qui ne veut pas me lâcher.
Depuis qu'il a lu un message sur son téléphone son attitude a changé immédiatement. Ses yeux hurlaient toute la tristesse, et la détresse, que mes mots ont provoqué. Et puis, ses iris hazels se sont transformés et c'est de la rage qui transparaissait. Il m'a dévisagée comme si c'était la dernière fois qu'il le contemplait. Comme s'il voulait imprégner mes traits une dernière fois.
Je n'ai rien loupé de la confrontation entre mon bel italien et mon frère, ni de la mine de patibulaire de ce dernier.
Cependant, entre Charlotte qui me posent tout un tas de questions, qui m'osculte, et les deux policiers qui viennent d'arriver, je réfléchirai au départ précipité d'Alvize plus tard. Même si cela me contrarie de ne pouvoir l'appeler, ou lui envoyer de messages, je dois me concentrer sur les questions qui me sont demandées. Pas facile entre les maux de tête, la fatigue, la descente d'adrénaline. Mais je m'y emploie en étant la plus précise possible, et je ne n'ai rien raté des coups d'œil que se lançaient les deux hommes, quand j'ai évoqué le 4X4 noir qui nous a suivi en jouant aux autos-tamponneuses avec nous. Terzo n'a pas retenu un juron, et Charlotte a poussé cri de frayeur. J'ai compris qu'ils savaient des choses, voir des soupçons, mais qu'ils les ont gardés pour eux... à moi de creuser avec la complicité de mon mec.
Enfin ça, c'est s'il réapparaît. J'ai confiance, il ne va pas s'échapper.

Une heure plus tard, un cerveau en compote, une promesse de passer déposer plainte et signer ma déposition au commissariat, une inquiétude grandissante d'être sans nouvelle de mon petit ami, un Terzo ultra protecteur, et une grand-mère qui l'est tout autant, il ne m'a jamais autant tarder d'être à nouveau seule. Apparemment le moment n'est pas encore venu.

— Bon, j'ai pu discuter avec le médecin qui a suivi ton dossier, mia cara, entame Charlotte quand elle revient du couloir, et tu vas pouvoir sortir. Rien ne justifie qu'il te garde en observation vingt quatre de plus. Tous les examens et analyses sont bons.
— Aucune inquiétude à avoir, Lissia.

Si, ai-je envie de répliquer, l'absence soudaine et énigmatique d'Alvize. Mais je garde cette réflexion pour moi. J'interrogerai mon frère, peut-être en sait-il plus.

— Je vais me faire un plaisir de veiller sur toi, se gausse mon frangin d'un œil malicieux.
— J'ai trop de chance, réponds- je en le levant les yeux au plafond.

J'entends à ma meilleure amie pouffer avant de soupirer. Et il est temps pour elle de partir. Notre étreinte est remplie de tendresse et de maladresse. Je lui fais comprendre que je suis désolée, elle me murmure que tout ira bien, et surtout que je ne recommence pas à lui donner une telle frayeur. Les cheveux blanc très peu pour elle. Comme souvent elle me redonne le sourire malgré la situation tragique.

Une fois Rose sortie, ma nonna me précise :

— Je vais contacter une infirmière pour qu'elle vienne changer ton bandage à la villa, ajoute ma grand-mère, ignorant la proposition de « sur protection » de son petit fils. Les points vont se résorber tout seuls, seulement je serais rassurée qu'elle les vérifie quand même.

Je fixe mon portable, écran noir, moral en berne et propos acerbes qui hante et mon cerveau.

— Tant mieux ! je n'en peux plus de cette odeur d'hôpital, sans parler de leur fringues...minimalistes.

Je tente l'humour, Charlotte sourit, mais c'est un de ceux qui sont tristes. Elle a eu peur pour Alvize et moi, ainsi que mon frère, qui s'est donné pour mission de ne pas s'éloigner de plus d'un mètre. Et je m'en veux de leur avoir causé cette peine alors que l'on vient d'enterrer son mari et notre nonno.

— Je suis désolée, nonna, de t'avoir de nouveau plonger dans...
— Chut, ma chérie. Tu n'es pas responsable de cet accident... ni Alvize. Mais c'est vrai, dès que ton frère m'a prévenue, j'ai maudit le sort qui s'acharne sur notre famille. J'ai l'impression que depuis le décès de Ricardo des évènements malveillants s'enchaînent.

Mon frère et moi nous jetons un regard sans équivoque. Je n'avais pas le lien, mais entre la sortie de prison du paternel d'Alvize, et son étrange découverte : sa liaison avec Aurora, ses menaces sur son fils... ils sont tous reliés par un fil. Je ne saurais dire qui en tient le bout et les agitent comme si nous étions ses marionnettes.

— Je ne supporterai pas d'en perdre un autre membre. J'espère que la police va retrouver ce chauffard.

— J'en doute, nonna, intervient Terzo en passant un bras sur mes épaules afin de me serrer contre lui. Le mec ne s'est même pas arrêté, et des fourgonnette blanche dans Milan, c'est comme chercher un défaut sur un modèle de chez De Luca. Impossible à trouver.

Cette fois-ci nos sourires sont nécessaires.
Mes yeux fixent le paysage par delà la fenêtre. Le jour est levé. Le temps est à l'orage. En parfait accord avec mon humeur.

— Va te préparer Lissia, Rose t'a préparé des vêtements. Et ensuite nous partons pour Stresa.Ton frère nous y conduit.

Voilà le seul endroit où je souhaite être. A part dans les bras d'Alvize, évidemment, mais comme il brille par son absence... je n'ai pas le choix de ma destination. Retrouver mon lieu favori, ma maison, ses odeurs, son paysage, mon lac...
J'obéis à Charlotte et part m'enfermer dans la salle de bain. Je me hâte de me changer. Rose a géré niveau fringue. Jean, sweat de mon mec, son odeur est présente et me réconforte, et baskets. Mon reflet dans la glace, quand je me coiffe, n'est pas folichon, mais je suis en vie, alors les bleus et les ecchymoses sont un moindre mal.
Il me tarde de déserter cet endroit, et de pouvoir être libre de contacter Alvize, afin qu'il m'explique qu'elle mouche l'a piqué de déguerpir comme un voleur.

Quelques heures plus tard, assise dans le Riva qui nous mène sur l'île, je prends le temps de savourer le vent qui balaye mon visage, les gouttelettes d'eau qui le frappe. Je revis, respire de nouveau. Je penche la tête en arrière, lève les bras, hurle, j'entends le rire de mon frère qui se moque de moi, ainsi que celui de notre homme à tout faire. A voir sa mine, quand je suis apparue sur le quai, je n'ai pas eu besoin de décodeur pour comprendre qu'il est contrarié, voir en colère de ce qui m'est arrivée.

— Au fait, Alissia, tes amis sont partis ce matin.
Je me redresse afin de porter attention à ce que m'explique ma grand-mère.
— Ils voulaient passer te rendre visite à l'hôpital, mais ils ne pouvaient pas décaler leurs vols. Ils t'ont écrit un petit mot de remerciement que j'ai laissé sur ton bureau dans ta chambre.
C'est vrai qu'avec cet accident Eleanor et Harry m'étaient complètement sortis de l'esprit. Je les ai carrément abandonnés hier soir pour partir avec Alvize.
— Ne t'en fait pas soeurette, me rassure Terzo, j'ai envoyé Gigio les récupérer à leur hôtel ce matin, après qu'il soit venu ici prendre leurs valises, et il les a ensuite déposé à l'aéroport.
— Merci. J'ai un peu honte, je n'y pensais plus.
Mon frère ricane.
— Avec ce que tu as vécu, c'est normal. Et puis ils sont assez grands et savent se débrouiller. Ils sont restés au bar tous seuls hier soir après ton départ. Les deux étaient pas mal occupés, si tu vois ce que je veux dire, souffle-t-il contre mon oreille afin que je sois la seule à entendre.
— Je vous bien, oui, fais- je en souriant. Cela dit, je leur téléphone dès que possible.
Mon frère se redresse en entrelaçant nos doigts.
— Tu sais ce qui a pris à Alvize de partir comme...
— Non ! Me coupe-t-il en contractant la mâchoire. J'espère simplement qu'il ne va jouer au connard avec toi. Je le lui ai bien fait comprendre.
Ça je n'en doute pas une seconde. Même si ce n'est pas à lui de lui secouer ses attributs si jamais il merde. Surtout pas par culpabilité.
— Ouais.
Le reste du trajet nous sommes tous les trois plongés dans nos pensées.

Allongée sur le lit de ma chambre d'adolescente, je profite d'être seule pour essayer de joindre Alvize, et comme je m'y attendais, tous les appels sont renvoyés sur sa messagerie. mes SMS restent muets de réponses. Au bout de dix appels vocaux et autant d'écrits, je décide d'abandonner. Il est clair qu'il ne souhaite pas me parler. Pourquoi ? Je vais tout faire pour le découvrir, quitte à aller chez son père. Mon coeur commence à montrer des signes de tristesse, la douleur est aussi intense que si l'on me le déchirait en deux parties. Quant à mon moral, il atteint la limite de la déprime.

Qu'est-ce que tu fabriques, Alvize Toscanelli ?
Je te jure sur ce que j'ai de plus cher que, si tu as disparu parce que tu t'en veux, je te ligote au lit, et te persécute jusqu'à ce que tu me rendes grâce. Et j'ai des ressources...

Mi AmoreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant