Chapitre 38

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                                                                                   Alvize


Plus tôt dans la matinée, appartement d'Alvize.

Je termine de boutonner ma chemise quand des coups portés contre la porte d'entrée me surprennent. Je fixe les chiffres sur mon réveil et lève un sourcil en avisant l'heure trop matinale pour avoir un visiteur. Sauf que les coups s'intensifient m'obligeant à lâcher ma tâche et descendre ouvrir avant que mes voisins appellent les flics pour tapage diurne.

— C'est bon, j'arrive, fais-je en déverrouillant la serrure et en ouvrant le battant.

Je n'ai pas le temps de réaliser quoi que ce soit que je me prends un poing dans la tronche. Je me retiens tant bien que mal à l'encadrement afin de ne pas m'effondrer comme une merde sur le sol. Putain. Terzo n'y est pas allé de main morte. Je secoue la tête un rictus au coin des lèvres. C'est de bonne guerre.

— Ça te fais rire salopard ?

Je me redresse en le fusillant du regard, tout en massant ma mâchoire, mais cette fois-ci, ce sont mes côtes qui essuient sa fureur. Je grogne, "un bordel" pare le prochain le coup au cas où. Terzo est conscient que m'avoir eu par surprise est un avantage pour lui, car en corps à corps il ne me battra pas. Mes cours d'aïkido depuis mon adolescence me donnent l'avantage.

— Deux c'est bon, le troisième je risposte, Terzo, l'avertis-je.

Indifférent à ma menace, il me bouscule pour passer et je ne m'aperçois seulement quand il me dépasse que sa sœur est là. Nos regards se croisent, plongent au plus profond de notre âme. Ses iris brillent non pas de chagrin, seulement de colère, des cernes mangent son joli visage. Tout ça est de ma faute. Je m'étais juré de ne plus la faire pleurer...

— Bon, vous bougez ! s'impatient mon ancien pote depuis le salon où il tourne en rond pareil un poisson rouge dans son bocal.

Alessia et moi sursautons, comme si la voix de Terzo était une télécommande qui sert à remettre en route notre capacité à nous animer.

— Après toi, lui dis-je en me décalant sur la gauche.

Elle ne répond rien, entre, je remarque ses poings serrés, m'enivre de son parfum quand elle me frôle. Les effluves fleuries sont le chemin qui mène aux souvenirs des moments que nous avons partagés ici, il n'y a pas si longtemps. Et je les suis à m'en faire mal à la tronche. Et quand je l'entends inspirer une fois qu'elle arrive dans la pièce principale, je ne suis pas le seul à me les remémorer. Mes yeux la suivent toujours quand elle se déplace jusque dans la cuisine, je la vois ouvrir la porte du congélateur, attraper une poche de glace. Malgré moi je ne peux retenir un sourire devant son empathie à mon égard, et le connard qui vit en moi depuis mon spectacle d'hier balance un crochet du droit dans ma tronche. Je ne mérite pas sa gentillesse, mais comme je suis un enfoiré je vais l'accepter.

— Al c'est bon ! s'insurge son frère quand il comprend son intention. Son côté voyou est visible à l'œil nu maintenant. Plus de faux semblant ou de tricherie. Tel père, tel fils.

Il crache ses mots en me toisant.

Je me crispe face à la comparaison, mais j'encaisse sans broncher.

Alessia souffle en roulant des yeux, ne tient pas compte de l'injonction de son frère et me tend la glace sans un mot, ni un regard.

— Merci.

Nos doigts s'effleurent quand je saisis la poche, un frisson me parcourt et ce n'est pas dû au froid. Je sens ma belle italienne se tendre et retirer vivement sa main sans se soucier de savoir si je tiens ce qu'elle me donne ou pas. Je n'attends pas pour plaquer le froid sur ma mâchoire et patiente que l'un ou l'autre veuille m'expliquer ce qu'ils foutent ici. Mes côtes me font souffrir, cependant je n'en montre rien.

Mi AmoreOù les histoires vivent. Découvrez maintenant