Avant dernier chapitre, ensuite l'épilogue, et Alvize et Alessia vont voguer vers leur avenir.
Alessia
Penchée sur ma table de travail en pleine création d'une robe cocktail pour la future collection automne/hiver, je me n'aperçois pas de suite que quelqu'un a envahi mon espace. Ce n'est que, quand des lèvres et un parfum, si reconnaissables, mélange de tabac et de lavande, qui flatte ma nuque, que je redresse la tête. Je me laisse aller à cette douce parenthèse, au plaisir de retrouver mon bel italien, même si je suis impatiente de connaître tous les détails de son entrevue avec l'autre salope. Aucun de mes messages n'a eu de réponse. Mes ongles n'ont pas aimé et je dois être à un taux de caféine au-delà du raisonnable. Heureusement que la cheffe du flou et notre brodeur m'ont tenu concentré une bonne partie de la matinée.
Quand je les ai croisés dans l'escalier, mon coeur à fait une embardée et mon estomac un looping. C'est pour cela que mon regard ne s'est pas détourné de mon objectif, j'ai dû tenir bon quand ses doigts ont frôlé ma peau. Sinon je risquais de commettre une grosse erreur. Du style la pousser dans l'escalier, seulement les conséquences auraient été désastreuses. Pas sûre que les réseaux de ma nonna soient assez étendus pour me sortir de là et m'éviter la prison. Et puis si elle s'en sortait, j'étais bonne pour être sa voisine de cellule. Merci mais non merci.
— Alessia ?
Son timbre éraillé parsème des frissons à l'endroit où ma peau est à découvert.
Alvize fait pivoter mon fauteuil afin que je lui fasse face, m'obligeant à poser le crayon sur le croquis.
— On va devoir aller voir ton frère... et Charlotte aussi.
Son air grave, ses yeux perforant les miens, ne donnent pas d'autre choix que de l'écouter et d'obéir.
Ses paumes se posent sur mes joues, ses lèvres effleurent les miennes.
— Je suis désolée, mi amore...
Et je comprends. Je comprends que tous ses soupçons étaient fondés. Finalement ils en ont les preuves... Des larmes commencent à s'accumuler au bord de mes cils, quand j'imagine mon pauvre grand-père pousser son dernier souffle à cause d'une garce qui l'a empoisonné, tout ça pour servir son amant, qui par jalousie voulait faire payer Ricardo et récupérer sa maison de couture. Parce qu'il n'a pas pu avoir la fille qu'il convoitait, ma mère. Alvize s'agenouille à ma hauteur, ses bras entourent ma taille, son front se pose sur mon ventre, mes doigts s'accrochent à ses cheveux, je dois m'ancrer à quelque chose, sinon je tombe. Je baisse mon visage contre sa clavicule et je fonds en larmes. Je déverse tout. Tout ce que je retiens depuis des semaines, des jours, tout ce mélange. Je brûle intérieurement, les flammes lèchent mes veines, et dans un moment de délire incendiaire, je tente de repousser Alvize. Je veux me lever, le frapper, l'insulter, car c'est lui qui nous a présenté Aurora, c'est lui qui a entretenu une liaison avec elle durant des années, c'est lui aussi qui...
— Calme toi, mi amore.
Alvize emprisonne mes poignets entre nous, bloquant toutes tentatives d'éborgnements ou de castration. Son nez caresse ma joue, sa bouche souffle de mots rassurant aux notes d'amour inconditionnel. Je m'abandonne, me laisse bercer, mes nerfs se calment, mon discernement revient petit à petit.
— Je suis là, Al. Lâche prise si tu en as envie, mais reviens moi, ne renonce pas à nous. On arrive au bout.
Mes yeux fondent dans les siens, je tire sur mes bras afin qu'il me libère.
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Mi Amore
RomansaAlessia est forcée de revenir dans son pays natal, au bord du Lac Majeur, pour enterrer son grand-père Ricardo De Luca. Après des années passées à Londres à étudier à la London Collège of Fashion, Alessia va devoir faire face à la douleur de la pert...
